[1] A ce qu'on en dit, je n'ai pas pu le vérifier sur pièce. Mais il s'agit en tout cas de la plus haute réalisée, si on passe quelques exceptions historiques (un ton plus haut, dit-on).
La parole a ceci de fabuleux qu'elle crée le réel. C'est pourquoi la découverte du pouvoir du mensonge par les enfants est toujours une grande expérience : ce qui n'est pas vrai peut être tout aussi convaincant que le vrai, et pas seulement dans le domaine de la narration fictionnelle[1].
Or, les capacités cognitives limitées de l'être humain lui demandent, afin d'être informé de la marche du monde, de recourir à une médiation, que ce soit via le bouche à oreille ou les médias. Ces médiateurs, même en les supposant à la fois fiables et de bonne foi - ce qui n'est pas nécessairement évident -, créent de la vérité à partir de leur seule parole : si on leur accorde crédit, ils créent ce qu'ils énoncent, démiurges nouveaux.
On l'avait déjà relevé lors d'une réalisation particulièrement audacieuse de ce nouveau paradoxe du menteur, dont les implications sont tout à fait maîtrisées par le personnel politique : ce que je dis est vrai du fait même que je l'énonce, même si c'est faux.
Plus récemment, nous revenions aussi sur plusieurs de ces usages, notamment autour du changement et de la fiction institutionnelle.
A présent, un petit exercice très simple sur l'actualité.
Mise à jour de la brève monographie sur Elzbieta Szmytka , autour de l'écoute de son Lucio Cinna. Confirmation de la dichotomie impressionnante de ses talents selon les langues pratiquées. [Edit : Justement, conversation chez Bra aujourd'hui autour de Lucio Silla par Murray/Cambreling...]
Il n'est pas dans notre cahier des charges de sélectionner des interprétations d'oeuvres célèbres, chacun se fraie un chemin à son goût dans ces contrées incontournables.
Toutefois, petite entorse en guise de disque du jour, tant l'entreprise force l'admiration à tout point de vue.
Faute de temps, voici une traduction sur coin de table, proposée en guise de dépannage ce soir il y a quelques minutes (apparemment pas de traduction française sur la Toile). Je fournis la partition de la mélodie de Schubert correspondante, en téléchargement libre.
Voilà longtemps que nous n'avions proposé par ici une petite Revue de Toile.
La dernière fois, souvenez-vous, c'était début mars, et nous nous penchions sur la figure obligée du changement et son triple paradoxe : être un homme nouveau mais montrer ses états de service, avoir des projets mais surtout régressifs, faire des propositions qui ne doivent surtout pas être appliquées.
Nous ne devions en théorie pas parler politique en ces moments agités, où le clivage semble anesthésier l'esprit critique des meilleures têtes. De plus, il n'est nullement dans l'intention de CSS d'exercer sa puissante influence sur qui que ce soit.
Toutefois, nous cédons. Pour deux raisons principales.
- D'abord à cause de l'abondance tentante de matière première, qui conduirait à une dangereuse saturation de nos archives. (Et nous souhaitons sans trop de hâte être expulsés par notre prestataire de services.)
- Ensuite et surtout, parce qu'il ne nous sera pas nécessairement loisible de publier ces remarques plus tardivement.
A toutes fins utiles, vu la période, et pour m'éviter les colleurs d'affiches (et de procès d'intention) plus ou moins virtuels, je précise tout de même qu'il sera très difficile de déduire les bulletins déposés ou refusés de ces considérations. Parce que personne ne représente les idées de CSS (qui songe sérieusement à un groupe parlementaire unitaire, avis aux lecteurs réguliers), et surtout parce que la rédaction de CSS ne se détermine pas en fonction des discours tenus, ni même des idéologies.[1] Notre boulot est de les regarder, pas de les prendre au sérieux, voyons.
Notes
[1] [Oui, CSS se la joue centriste, mais ça ne durera pas longtemps comme vous le verrez.]
CSS vous fournit cette semaine le traditionnel opéra du samedi.
[version cadres pressés]
Une vraie rareté, indisponible depuis quelques lustres - si elle a jamais été publiée officiellement - à savoir la Loreley de Mendelssohn, ébauche d'un opéra sur un livret d'Emanuel Geibel.
Il en avait été question dans les longues discussions consécutives au compte-rendu de Sylvie Eusèbe sur la Messe en si par Minkowski. Aussi, si ce peut être utile à des lecteurs de passage, en voici le récapitulatif, légèrement étoffé. Côté chant, on parle de voix naturelle pour une voix : a) Qui n'est pas travaillée…
L'adresse figure depuis longtemps en lien, mais je m'aperçois que tout le monde ne la connaît pas. Essais, correspondance, livrets, et plusieurs articles sur lui. Le tout en anglais. Une excellente ressource facile à consulter. Parce qu'en toute franchise, vous ruiner pour lire du Wagner, CSS ne vous le conseillerait…
C'est officiel, CSS lit dans le marc de café. Il y a cinquante jours, nous disions . La figure imposée que tous les journalistes ont en vain cherché : le changement . Il y a six mois, nous disions . Décompte de l'Apocalypse. Il y a un an, nous disions . Limbes temporels. Tarifs préférentiels pour les lecteurs assidus.
On lit régulièrement des commentaires défiants face à la prononciation à la française, partiellement ou intégralement, des oeuvres religieuses du domaine français.
On peut, par goût, défendre l'un ou l'autre, mais voici (très succinctement !) quelques éléments pour répondre aux questionnements les plus courants.
Chers candidats, la droite et la gauche, ce n'est pas tout à fait la même chose ; revenez à vos fondamentaux idéologiques, sinon vous risquez y perdre votre âme. Olivier Pastré , économiste, ce matin sur France Culture. Je ne pensais pas qu'il était encore possible de dire ça. Parce que ça ne me semble guère…
Dietrich Fischer-Dieskau avait publiquement regretté qu'on ne fasse guère appel à lui, une fois mis un terme à sa carrière lyrique, comme chef d'orchestre, activité dont il espérait occuper sa retraite.
On pouvait entendre quelques secondes d'une Rhénane de Schumann pas spécialement originale ou convaincante dans un documentaire qui lui était consacré.
On se souvient aussi des propos peu amènes d'Otto Klemperer, qui l'avait jadis dirigé chez Bach.
Aussi, lorsque l'occasion de l'entendre intégralement s'est présentée, nous avons accouru.
Nous vous présentons le petit dernier (latest plutôt que last, si possible) des
comptes-rendus de Sylvie Eusèbe.
Paris, Salle Pleyel, vendredi 06 avril
2007, 20h.
Georg Friedrich Haendel :
Marc Minkowski : direction ; Les Musiciens du Louvre-Grenoble.
La Beauté (Beltà) : Olga Pasichnyk (soprano)
Le Plaisir (Piacere) : Anna Bonitatibus (mezzo-soprano)
La Désillusion (Disinganno) : Nathalie Stutzmann (alto)
Le Temps (Tempo) : Stefano Ferrari (ténor)
Dans la catégorie : amusement devant le saupoudrage culturel des 'élites'.
Je ne ferai pas la facilité de relever les citations inutiles, pompeuses et inévitablement erronées de Jean-Louis Bourlanges - agrégé de lettres il y a longtemps - dans l'émission L'Esprit Public, c'est une part amusante du phénomène : toujours avoir dans sa besace des arguments d'autorité, généralement déconnectés de leur contexte, au risque de se tromper lamentablement. Faillibilité et insistance plutôt attendrissantes.
Ce matin, notre manuel de savoir-étaler (la confiture) vous met en garde contre :
Le faux ami
Laurent Wauquiez était l'invité des Matins. D'une aisance au demeurant sympathique malgré ses légères poussées de xyloglossie juvénile, il dit incidemment, pour imager son discours :
Et voyons à présent l'incarnation de ces
éléments dans la phrase 'philosophomorphe' de
Hölderlin.
Drin in den Alpen
ists
noch helle Nacht und die Wolke,
Freudiges dichtend, sie deckt drinnen das gähnende
Tal.
Dahin, dorthin toset und stürzt die scherzende Bergluft,
Schroff durch Tannen herab glänzet und schwindet ein Strahl.
Langsam eilt und kämpft das freudigschauernde Chaos,
Jung an Gestalt, doch stark, feiert es liebenden Streit
Unter den Felsen, es gärt und wankt in den ewigen Schranken,
Denn bacchantischer zieht drinnen der Morgen herauf.
Denn es wächst unendlicher dort das Jahr und die heilgen
Stunden, die Tage, sie sind kühner geordnet, gemischt.
Dennoch merket die Zeit der Gewittervogel und zwischen
Bergen, hoch in der Luft weilt er und rufet den Tag.
Jetzt auch wachet und schaut in der Tiefe drinnen das Dörflein
Furchtlos, Hohem vertraut, unter den Gipfeln hinauf.
Wachstum ahnend, denn schon, wie Blitze, fallen die alten
Wasserquellen, der Grund unter den Stürzenden dampft,
Echo tonet umher, und die unermeßliche Werkstatt
Reget bei Tag und Nacht, Gaben versendend, den Arm.
Là dans les
Alpes,
c’est encore nuit claire et le nuage,
Poétisant du joyeux, il couvre au-dedans la
vallée béante.
Deçà, delà, tempête et s’abat le vent de la
montage, le bondissant,
Abrupt par les sapins vers le bas scintille et se
perd un rayon.
Lentement se hâte et lutte le Chaos qui frissonne joyeusement,
Jeune de stature, et pourtant fort, il fête un
amoureux différend
Entre les rocs, il fermente et vacille dans les barrières
éternelles,
Car plus bachique s’étire au-dedans le matin
vers le haut.
Car elle croît plus infiniment là-bas l’année et
les saintes
Heures, les jours, sont plus audacieusement
ordonnées, mêlés.
Et pourtant il marque le temps, l’oiseau de tempête, et entre
Monts, haut dans les airs, il séjourne et
appelle le jour.
A présent aussi s’éveille et regarde dans les
profondeurs, au-dedans, le village
Sans crainte, familier de ce qui est haut, entre les
pics amont.
Pressentant croissance, car déjà, comme des
éclairs, tombent les vieilles
Cascades, leur fond sous les chutes
s’élève en vapeurs,
L’écho résonne alentour, et l’atelier immense
Lève jour et nuit, distribuant
présents, le bras.
(Trad. François
Fédier)
Il est en
effet récurrent chez Hölderlin – et cette première
section de Heimkunft ne
fait pas exception à la règle – que le propos soit
structuré selon des
articulations logiques, certes floues, mais qui évoquent
la
démonstration
philosophique plus que l'esquisse poétique. Le plus
évident est l'usage causal
et parallèle des deux «
denn », en début de
vers (v.8-9), raisonnement
par induction
assez rare en poésie, surtout de façon aussi
ordonnée, comme un souci
d'explication méthodique de ce réel – fût-il
poétique. Dans le même ordre, deux
« und » du
texte (v.1, v.9), ceux qui coordonnent deux
propositions, semblent
investis eux aussi d'une valeur logique, consacrant à chaque
fois deux plans de
représentation, le second se superposant au premier. Sans
revêtir la forme
argumentative, qui se méfie de l'addition simple, on trouve
pourtant ici une
association qui dépasse le simple ajout linéaire :
une
hiérarchie de
représentation, un ordre est signifié par cet emploi
singulier de la
coordination. «
Dennoch » (v.11) exploite, lui, une forme
quasiment concessive,
accordant au paysage un caractère plus tourmenté que ne
pourrait le laisser
entendre la description abstraite, paisible et hardie des monts.
Ailleurs, il
pourrait être entendu comme une relance narrative (c'est dans cet
esprit que le
traduit François Garrigue), mais sa succession aux
éléments logiques de la
phrase précédente laisse entendre une poursuite du
raisonnement, où les
précédentes assertions se nuancent et se complexifient. Car c'est
presque une forme dialectique
qu'emprunte le poème autour de
cette figure du
Gewittervogel qui assombrit le
tableau lumineux initial pour, lorsqu'il
rufet
den Tag, ouvrir sur une nature large et généreuse – Wachstum
ahnend,
gaben versendend...Cette allure philosophique du texte n'est pas
étrangère, bien entendu, à cette certaine
abstraction du paysage, comme happé
par les concepts.
Ce soir, au menu des réjouissances, une bande radio du soixante-quinzième anniversaire de Nikolaus Harnoncourt (1997). A la tête du Chamber Orchestra of Europe et du Choeur Arnold Schönberg, il dirige Alfonso und Estrella de Schubert, avec entre autres : Luba Orgonasova, Endrik Wottrich, Thomas Hampson, Alfred Muff,…
L'éclat de rire du jour : L'art n'y a peut-être rien perdu de majeur, comment savoir ? La plupart de ses œuvres ont disparu. Mais ce n'est pas la question. Les trois phrases consacrées à la musique d'Alma Schindler-Mahler-Gropius-Werfel, dans la biographie de Françoise Giroud : Alma Mahler ou l'Art d'être aimée (1988).
Quelques repères dans la semaine sur France Musique[s], cachés à des heures inhabituelles. Cette liste est rendue possible par la vigilance généreuse de l'ange tutélaire de Bourgogne.
Etant demeuré interdit devant le sens très relatif de la pédagogie de la Cour de Cassation en la matière, je m'en tiens pour l'instant à la vieille application des droits d'auteurs.
La Cour de cassation a jugé que la période de 70 ans retenue pour l’harmonisation de la durée de protection des droits d’auteur au sein de la communauté européenne couvrait les prolongations pour fait de guerre, sauf dans les cas où au 1er juillet 1995, date d’entrée en vigueur de la directive, une période de protection plus longue avait commencé à courir, laquelle est alors seule applicable.
La liste des touristes en temps réel a été suspendue, si ce n'est supprimée, par mes soins. Une difficulté technique en est la cause, mais elle servait aussi très largement aux spammeurs. On se reportera donc aux liens fournis pour cerner les lieux de bonne fréquentation.
L'émission Karambolage sur Arte proposait une définition étonnamment exacte et éloquence de la Sehnsucht , qui force l'admiration. Je vous la fais donc partager. Nostalgie tournée vers le futur et mêlée d’avance d’un regret pénible. Bettina Wohlfarth dixit . J'ajouterais même qu'il s'agit d'un Désir déjà nostalgique…
A la suite de l'interrogation de Bra , j'ai mis à jour la petite note sur la différence entre castrat, contre-ténor et haute-contre . La chose n'est pas toujours bien expliquée, alors que les différences sont simples et imparables. J'y ai ajouté quelques repères plus synthétiques, de façon à aider à la mémorisation.…
L'émission d'Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l'Histoire , proposait il y a quelques semaines une émission consacrée au sujet de l'internationalisation et de la médiation culturelles aux dix-neuvième et vingtième siècles. Le sujet a déjà été abordé sur Carnets sur sol : un peu précisément avec l'étude de la…
Nous avions achevé la tirade de Pelléas qui, en somme, brasse à nouveau des motifs déjà connus - l'occasion de faire le point sur quelques-uns que nous n'avions pas encore abordé en profondeur.
A présent, la tirade de Golaud, plus féconde dramatiquement.
Nous reprenons paisiblement le fil de notre série, plus loin dans le drame - il y a tellement de choses à traiter, autant aller au plus brûlant.
Comme précédemment, lecture suivie agrémentée d'extraits non publiés dans le commerce.
Résumé de l'action : Après un étrange badinage avec Mélisande au balcon - qui y perd ses colombes, deux références (presque) innocentes, bien sûr -, Pelléas, surpris par Golaud, le suit dans un étrange rituel initiatique, suspendu à son bras au-dessus d'un gouffre quasiment sans fond.
Evidemment, la portée symbolique de la scène (III,2) réside dans la mise en évidence des relations de confiance chancelantes, et dans l'abîme mortel qui s'ouvre à la moindre rupture. L'étrange ligne de Golaud qui crie sur Pelléas apeuré, suspendu au-dessus du néant, les à-coups de l'orchestre, qui semble tanguer, l'écriture uniquement dans les graves confèrent à cette scène son caractère assez énigmatique et troublant, vraiment sur le ton de l'initiation.
La scène 3 de l'acte III s'ouvre sur une terrasse au sortir des souterrains. Entrent Golaud et Pelléas.
En écho à notre série autour du lied, qui est demeurée jusqu'à présent aux portes de Wolf, je vous propose par anticipation cette interprétation de lieder de Hugo Wolf qui réunit Elisabeth Schwarzkopf et Wilhelm Furtwängler, en concert à Salzbourg le 12 août 1953.
Olivier Pastré ce matin sur France Culture : Le sommet du G8 a une fois de plus stigmatisé le Yuan. Perso, j'aurais plutôt dit crucifié . La question reste entière au sujet de ce que cela signifie. Après écoute de la chronique intégrale , on s'aperçoit que cela veut dire "suggéré de réévaluer" (un synonyme évident que…