Carnets sur sol

dimanche 21 janvier 2007

Notule Le saviez-vous ?

Grâce à une mésaventure désormais un peu célèbre, Carnets sur sol est seul site au monde à être référencé pour la requête " Les cornistes de l'ONBA ". [L'ONBA [ 1 ] étant tout à fait innocent de cette situation, je m'empresse de le préciser.] Notes [ 1 ] Orchestre National Bordeaux Aquitaine, qui assure l'ensemble du…

jeudi 18 janvier 2007

Notule Enregistrements, domaine public - I - Robert SCHUMANN, Dichterliebe Op.48 (Gérard Souzay, Alfred Cortot)

Depuis le 1er janvier de cette année est dans le domaine public cet enregistrement de 1956, pas extrêmement connu. Il s'agit du second Dichterliebe enregistré de Cortot, après celui de 1935 avec Charles Panzera. La rectitude sonore de Gérard Souzay y trouve plus sa place que dans ses Schubert, et le rubato…

jeudi 18 janvier 2007
mercredi 17 janvier 2007

Notule Robert HOLL - liedersänger, liederkomponist

Plus le temps passe, et plus je m'attache à Robert Holl. Je me suis longtemps demandé - et je persiste à le faire - pourquoi, sans cesse distribué dans les rôles de basse les plus prestigieux de l'oratorio et du répertoire wagnérien à Vienne et Salzbourg, il rencontrait un tel succès auprès des plus grands chefs (Abbado, Harnoncourt, Boulez, Barenboim...), à part pour son étonnante solidité. La voix reste très ingrate, même si on s'aperçoit en regardant le texte, au lieu de contempler sa rustique barbe, que l'interprétation n'est pas dénuée d'intérêt.

Et au fil du temps, la familiarité, l'attachement naissent pour ce chanteur qui ne fascinera jamais les magazines par la brillance de son timbre et l'éclat de son aigu[1]. Une certaine musicalité, avec l'accoutumance, se révèle. Et aussi, lorsqu'on y regarde de plus près, une caractéristique assez admirable : il est l'un des seuls wagnériens aujourd'hui a pouvoir chanter correctement le lied, sans l'écraser sous un volume immense, un timbre dur et des flots d'approximations dans l'intonation. Sans être l'interprète ultime du lied[2], il y développe des qualités de musicalité tout à fait estimables, et son Winterreise que je louais abondamment pour l'accompagnement de Naum Grubert, n'est pas dénué de vertus, à défaut d'être fortement séduisant.[3] A défaut d'être séduisant, peut-être ; il s'agit cependant d'une valeur sûre en termes de musicalité.

Mais je découvre qu'il est également compositeur de musique pour piano et... de lieder ! Et quels lieder ! Dans la droite lignée des viennois décadents de la première moitié du vingtième, une engeance qu'on croyait disparue avec Krenek. On sent bien que la Seconde Ecole de Vienne est passée par là dans certaines discontinuités, certains sauts d'intervalles généreux, certaines 'antithèses' radicales d'accords successifs ; toutefois, le discours demeure tout à fait tonal et lisible, sombre mais juste raisonnablement sinistre. Très bien écrit pour la voix, à ce que l'on devine (je ne dispose pas encore des partitions), mais avec un piano d'une éloquence qui rappelle Medtner, Langgaard ou les meilleurs Korngold et Schreker. Robert Holl ose de superbes interludes au coeur même de cycles (mis à part le prélude et postlude des Poèmes de l'Intermezzo de Heine par Ropartz, je ne connais guère d'audaces de ce type dans un genre où le texte commande) ; il ne s'agit vraiment pas d'un chanteur qui écrit, mais bien d'un compositeur en tant que tel.

Je vous livre celui-ci, qui m'a particulièrement enthousiasmé :

mercredi 17 janvier 2007

Notule Le saviez-vous ?

Le très relâché Youpieeee mène vers ce lieu très sérieux où la cravate est de rigueur - Carnets sur sol . Vexant.

mercredi 17 janvier 2007
mardi 9 janvier 2007
mardi 9 janvier 2007

Notule Nouvelle section

Je tâche de traiter d'une façon distincte les sujets selon les sections auxquelles ils sont destinés ; j'ignore si cela est vraiment lisible pour le lecteur, aussi je le précise ici : une section Carnet d'écoutes vient d'être ouverte pour les commentaires d'écoute plus brefs, plus informels, que j'écarte usuellement…

mardi 9 janvier 2007

Notule Index alphabétique

Répertoire alphabétique des principaux noms propres et sujets abordés.

La fonction recherche en haut à droite du carnet (opérationnelle pour les billets seulement, pas pour les commentaires) permet ensuite de retrouver aisément l'article recherché (patronyme + mots-clefs de la note).

Pour une classification plus chronologique, on peut se reporter à l'index thématique.

Encore incomplet.

mardi 9 janvier 2007

Notule Index thématique

Chocs esthétiques, Emerveillements et langue, Oeuvres et genres (Opéra), Oeuvres et traductions (Lied), Oeuvres (Musique intstrumentale), Oeuvres (Littérature), Oeuvres (Pictural), Portraits (Compositeurs), Portraits (Interprètes), Discographie, Comptes-rendus, etc.

On peut également se reporter à l'index alphabétique.

Complété petit à petit. N'est donc pas constamment à jour.
dimanche 7 janvier 2007

Notule Partitions, domaine public - II - Franz Peter SCHUBERT, An Herrn Joseph von Spaun (lied)

On a plusieurs fois insisté dans ces pages sur l'étrangeté de ce lied aux contre-ut (les seuls écrits dans cette forme lied par Schubert), une lettre mise en musique sur un schéma d'opéra seria : recitativo accompagnato véhément (couronné, ici, d'une périlleuse cadence écrite), suivi d'une forme vive et vocalisante,…

samedi 6 janvier 2007

Notule Partitions, domaine public - I - Jean-Baptiste LULLY, Cadmus & Hermione

A tout seigneur, tout honneur ; inaugurons cette série par la première tragédie lyrique, Cadmus et Hermione de Lully, dont le site des bibliothèques municipales de Versailles nous propose un manuscrit (très lisible). La chose est d'autant plus précieuse qu'on ne dispose au disque que de la vieille version Leppard, pas…

samedi 6 janvier 2007

Notule Nouvelle section - Téléchargement gratuit d'enregistrements libres de droits (mp3), partitions gratuites

Certains enregistrements, certaines partitions sont désormais libres de droit, et ne sont pas pour autant bien diffusés. C'est pourquoi je propose une section "Musique, domaine public", dans laquelle j'indiquerai régulièrement des liens ou proposerai du matériel que je mettrai moi-même à disposition. Ce sera aussi…

samedi 6 janvier 2007
samedi 6 janvier 2007

Notule L'honneur est sauf

Sot que j'étais, moi qui me désespérais avant-hier ! Me voici septième entrée sur Brescello à cause de la glorieuse pétition que nous avions lancée ici même.

jeudi 4 janvier 2007

Notule Le disque du jour - XIV - Quatuors de Kurtág (les Microludes), Hakola, Heininen (et Koskinen)

C'est l'écoute des excellents quatuors de Leon Kirchner qui m'en rappelle le souvenir.

Un vieux compagnon de route, ce disque du quatuor Avanti!, issu de la formation à géométrie variable du même nom. Cette fois-ci, rien moins que Sakari Oramo au violon I. Chez Ondine.
Non pas qu'il ait été publié il y a fort longtemps, mais j'y reviens régulièrement.



Au programme ?

Quatre quatuors présentés dans un ordre à peu près chronologique, et surtout de la pièce la plus longue à la plus brève.

jeudi 4 janvier 2007

Notule Beauté de la fanitude

Je reçois sur cette plate-forme beaucoup de visites en provenance de requêtes "David Le Marrec", à fondement plus ou moins curieux et plus ou moins bienveillant (j'ai mes sources), d'autres sans doute - n'en doutons pas - à caractère plus fondamentalement favorable.

Mais je n'avais jamais relevé ceci, qui est terriblement vexant.

Un belge fou est arrivé ici par trois fois [...]

jeudi 4 janvier 2007

Notule Sur la forme de la campagne internet du Parti Socialiste

Sur la nature de la campagne électronique, un support de réflexion sur le statut des différents discours de la propagande électorale, appliqués à la Toile.

Le sujet est fourni par Koztoujours qui s'indigne de la nature de la campagne au PS, et a surtout le grand mérite d'être l'un des rares à signaler l'existence de ladite campagne, quelle qu'elle soit.

La structuration de leurs méthodes de campagne me semble en effet nouvelle, et intéressante à observer.

Commentaire, qui comme toujours dans la section Revue de Toile, s'intéresse à la place du langage plus qu'au contenu politique lui-même. [La politique se trouve par principe dans la maigre section H.S. de Carnets sur sol. ]

lundi 1 janvier 2007

Notule Hindemith petit farceur

Hindemith est réputé pour sa sinistrose, aussi bien dans sa première façon postromantique décadente que dans ses oeuvres de maturité, d'un contrepoint aussi rigoureux qu'austère.

Dans le premier cas, le pathos plus que la fougue, la noirceur plus que le progressisme. Dans le second, l'application plus que l'ivresse, la conformité plus que la surprise.




Pourtant.

lundi 1 janvier 2007
jeudi 28 décembre 2006

Notule Charles TOURNEMIRE


1870 (Bordeaux) – 1939 (Arcachon)


Charles Tournemire est surtout connu pour sa musique pour orgue, et pourtant, il a réellement écrit, et dans un volume a peu près égal, pour tous les genres. [mode biographique on] Contemporain de Louis Vierne et de Guillaume Lekeu, il a été l’élève de César Franck et a succédé comme organiste a Gabriel Pierné. [/mode biographique]


1. Musique pour orgue

L’œuvre pour orgue est en effet écrasante, et a pour mérite non négligeable, dans le recueil L’Orgue Mystique, de proposer la musique des 51 messes de la liturgie catholique.

Ces œuvres ont un parfum mystérieux, mues par quelque force intérieure, regorgeant de surprises, de petites voix incidentes qui apparaissent et disparaissent. Véritablement de la belle musique.

Cette œuvre a été enregistrée en nombre, et je recommande l’intégrale de Georges Delvallée (label Accord, 10 disques à tarif honnête), qui fait par ailleurs référence, ou les anthologies du même qu’on doit trouver.



2. Musique de chambre (piano seul, petits ensembles)

Beacoup de pièces pour piano, des pièces caractéristiques aux noms évocateurs, des feuillets d’album.
De la musique de chambre où, à part « Pour une épigramme de Théocrite » (trois flûtes, deux clarinettes et harpe), les effectifs sont tout à fait traditionnels.

La musique pour piano seul (peut-être d’un intérêt limité), n’a à ma connaissance guère été enregistrée. Impossible de l’affirmer avec certitude, une pièce est si vite glissée dans un programme, et je pense bien que cela doit exister, mais je n’ai jamais pu mettre repérer de musique de chambre de Tournemire (piano solo compris), contrairement à Franck ou Vierne, en dehors du disque INA-Mémoire vive, épuisé depuis longtemps.




3. Musique vocale (hors symphonies)

De nombreuses mélodies un peu pittoresques, beaucoup de Samain (l'auteur de Polyphème, repris et coupé pour façonner l’opéra de Jean Cras) et de Verlaine.

Aussi l’étrange Fresque du Saint Graal pour orchestre et chœur de femmes invisible. Plusieurs opéras : Le Sang de la Sirène, Nittetis, Les Dieux sont morts, Trilogie mi-orchestrale Faust/Don Quichotte/Saint François d’Assise (vers l’Idéal, naturellement), La Légende de Tristan.

Il y a bien sûr la partie plus franchement religieuse : un Pater noster dédié à Widor, la mise en musique des Psaumes LVII et XLVI, une Apocalypse de saint Jean (triologie sacrée en trois partie), La Douloureuse Passion du Christ (oratorio pour chœur, sept coryphées, grand orgue et orchestre), Il Polverello di Assisi (« Le petit pauvre d’Assise », cinq épisodes lyriques en sept tableaux), sans parler de sa Sixième Symphonie sur laquelle je m’empresse de revenir plus loin.

En dehors de la mélodie « Sagesse » Op.34 sur texte de Verlaine (par Bernard Plantey et Henriette Puig-Roget, disque épuisé INA-Mémoire Vive), aucune de ces œuvres n’a jamais été enregistrée.


4. Musique symphonique

Quelques poèmes symphonies en dehors des huit symphonies qui sont elles aussi mal connues. 1ère « Romantique », 2e « Ouessant », 3e « Moscou », 5e « De la Montagne », 7e « Les Danses de la Vie », 8e « Le Triomphe de la Mort » (titre ambigu, tout de même !). Elles ont été, comme en attestent les numéros d’opus, composées dans une quasi-continuité.

Toutes ont été enregistrées par Antonio de Almeida et l’Orchestre Symphonique d’Etat de Moscou (label Marco Polo), en dehors de la Sixième, dont il existe une version dirigée par Pierre Bartholomée à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Liège, le Chœur Symphonique de Namur, le Chœur Polyphonia de Bruxelles et le Chœur de Chambre de Namur (ces deux derniers dans la notice, et ces trois derniers dirigés par Denis Menier).
Avec Daniel Galvez-Vallejo en soliste et Luc Ponet à l'orgue : chez Valois (difficile à trouver, du moins à prix honnête), et une réédition plus récente, dont je m’aperçois seulement de l’existence, chez Naïve.

Incontestablement, ces œuvres ne jouent pas dans la même catégorie que leurs contemporaines de Roussel ou Ropartz ; celles de Tournemire sont beaucoup plus inventives quant à l’orchestration, beaucoup plus complexes du côté des textures.

Je ne les commente pas toutes, aussi je le précise en début de paragraphe pour les Première, Troisième, Sixième et Huitième que j'aborde.


    4.1. La Première Symphonie, « Romantique » Op.18


Commentaire DLM

Composée en 1900, bien plus tôt que les autres, elle est sans doute la plus séduisante, en quatre parties traditionnelles (le deuxième mouvement étant le Scherzo) avec des miroitements qui laissent entendre la filiation debussyste, mais aussi des rythmes plus déhanchés comme pouvaient en écrire Bizet ou Ravel, et une charpente qui dans les tutti paraît plus nettement bruckerienne.
Pour autant, cette variété est d’une grande grâce. Au fond, on peut penser assez nettement à Weingartner, mais la symphonie me semble mieux construite et plus riche dans le cas de Tournemire, avec des couleurs tout à fait imprévues. Chaleureusement recommandé.


Couplée avec la Cinquième dans le disque Marco Polo.


    4.2. La Deuxième Symphonie, « Ouessant »

L'oeuvre est dédiée « A Mme Charles Tournemire ». Déjà une grande forme de cinquante minutes, composée de 1908 à 1909 ; le compositeur en explique la genèse (c'est le cas de dire) : « Cette oeuvre a été inspirée par le fantastique d'Ouessant. Elle tend à la glorification de l'Éternel. »


    4.3. La Troisième Symphonie Op.43, « Moscou »


Commentaire DLM

Cette symphonie en mouvement continu (1912-1913, inspirée par la tournée de concerts en Russie de Tournemire) exploite, comme celle de Franck, un motif unique qui parcourt longuement toute l’œuvre. Avec le même risque de lassitude (ici évité), elle réussit à mon sens mieux que Franck, ne serait-ce que par l’invention de l’orchestration, pas très orthodoxe et sans doute inspirée par sa pratique d’organiste plus que par les traités en vigueur. Belle œuvre.


Couplée avec la Huitième dans le disque Marco Polo. Voir plus bas.


    4.4. La Quatrième Symphonie Op.44

Vous percevez à présent à quel point tous ces numéros d'opus sont proches. Composée exactement à la même époque que la Troisième, cette oeuvre est conçue comme une collection de « Pages Symphoniques », censées « exlater la poésie de la Bretagne ».


    4.5. La Cinquième Symphonie Op.47

1913-1914. Sans précision sur le programme, on s'accorde pour y reconnaître des éléments alpestres et c'est pourquoi elle est parfois surnommée « De la Montagne ». Dans la tonalité significativement bucolique de fa majeur (je ne vous fais pas l'outrage de vous rappeler Vivaldi, la Pastorale & Cie), elle est dédiée, comme la Deuxième, à sa femme.


    4.6. La Sixième Symphonie Op.48

Il s’agit, de son propre aveu, de « la première de mes œuvres de guerre ». Composée de 1915 à 1918 (oui, longuement car nécessairement entre deux séances d’organiste si pas de mobilisation). Elle emploie un ténor solo, des chœurs en grand nombre, un grand orgue et un grand orchestre.

Commentaire DLM

L’œuvre se fonde très largement sur les chœurs, et le ténor n’intervient que dans la seconde moitié de la seconde partie de l’œuvre, peu avant la conclusion. Les deux parties cumulées durent un peu moins d’une heure.
Le livret est rédigé par Tournemire lui-même, d’après les psaumes de Jérémie, Esaïe, Osée et Jean. Toute l’œuvre est conçue en tension autour de ces textes, avec de grandes ponctuations orchestrales dans le goût d’un Déluge de Saint-Saëns un peu plus instable harmoniquement. La couleur de l’ensemble rappelle considérablement, en réalité, les cantates du Prix de Rome de Ravel. A la fois cette limpidité encore romantique du propos, et une forme d’intranquillité latente, qui peut se déchaîner à tout instant – exactement comme lorsque le Barde porte-glaive interrompt le badinage insensé de Braïsyl. On y retrouve le même ton, le même lyrisme – et même des accents de Daphnis, lorsque, au terme de l’œuvre, le chœur perd le langage, ne poussant plus que des « a » extatiques dans le tonnerre de décibels de la fin.

Les deux parties, chacune divisée en plusieurs sections, telle une symphonie, mais sans aucune interruption à l’intérieur de chacune d’elles, développent comme souvent dans la musique symphonique de Tournemire des motifs répétés cycliquement et déformés, à la manière de César Franck, mais avec une subtilité et une grâce tout autres – et pas seulement du côté de l’orchestration. Quelques interludes déploient des miroitements debussystes saisissants qui attestent du cheminement (certains motifs sont même proches de Petrouchka, mais c’est à Daphnis qu’on pense le plus volontiers) vers la Huitième Symphonie, de ton bien plus spécifiquement français que les précédentes
La première partie contemple la dévastation du pays, tandis que la seconde emploie une traduction française du célébrissime psaume De profundis clamavi, où l’espérance en ce Dieu qui sauva déjà Israël est proclamée. Passée la moitié de la seconde partie, le ténor entre pour confirmer cette espérance en prononçant des paroles du Christ : « Je suis venu dans le monde, moi qui suis la lumière », et achevant ainsi : « Je vous donne la paix, je vous donne ma paix », le tout ponctué (et conclu) par des glossolalies en « a » du chœur.

L’œuvre, si on passe sur des mesures finales tonitruantes qui évoquent du Mahler mal compris, est très bellement orchestrée, avec des recherches de couleur, dans les modes de jeu des cordes (beaucoup de surprises écrites en pizzicato), dans l’usage colorant des bois, dans la présence très important des cuivres pour des configurations dynamiques piano. Au milieu de la seconde partie, une impressionnante apparition subito de l’orgue alors que l’orchestre se réduit et que semble s’ouvrir un abîme – ou s’illuminer le Ciel.
Le ton est farouchement épique, avec la déploration collective et combattive de la première partie « Nous souffrons au dedans de nos cœurs », mais aussi les interludes passionnés de Seconde Partie, qui disposent, avec un langage plus « moderne » cependant, du souffle des meilleurs passages du Roi Arthus de Chausson – un Chausson qui a entendu Richard Strauss.
Le mélange d’affliction et de combattivité – plus que de religiosité – qui parcourt l’œuvre lui donne une saveur toute particulière, et le relief procuré par l’ajout des chœurs et du sens est tout à fait délectable. Les interludes orchestraux, eux aussi, tirent toute leur force de ce contexte en exploitant un lyrisme qui, paradoxalement, transparaît moins dans les parties chantées.

Côté interprétation, on est surtout stupéfait par la clarté de la diction d’un chœur épique aux voix presque naturelles, peu vibrées, mais parfaitement en ton. L’intelligibilité, sur un texte pourtant arrangé par Tournemire, est quasiment totale, et c’est là un tour de force qu’on se plaira à louer encore et encore.
L’enthousiasme insufflé par Pierre Bartholomée est tout à fait communicatif, et nous lui en rendrons grâce, surtout que l’Orchestre Philharmonique de Liège semble parfois un peu prudent dans une partition totalement méconnue et manifestement difficile pour lui.
Comme Daniel Galvez-Vallejo a vite perdu sa voix à la douceur inimitable ! Ici, le timbre est assez nasal, un peu aigre, mais on retrouvera toujours la fraîcheur de ton qui le caractérise immanquablement.
Résultat parfaitement enthousiasmant. Chapeau et grand merci à la curiosité des interprètes !


(chez Valois)


(chez Naïve)


La suite.
mercredi 27 décembre 2006

Notule Suppressions

Depuis quelques jours, apparaissent sur la liste de liens des sites qui ne sont absolument pas des 'voisins' ou même des sites extérieurs qui citeraient CSS . Ce n'est pas bien grave, mais la masse devient telle qu'il n'est quasiment plus possible de lire les adresses réelles - c'était la solution que j'avais retenue…

mercredi 27 décembre 2006

Notule Paradoxes (apparents) de la morale électorale

Certaines considérations sur la présence de J.-M. Le Pen à l'élection présidentielle, depuis fin 2001, reviennent sans cesse, en permanence contradictoires et volontiers moralisantes. J'y reviens en examinant de plus près le paradoxe en présence. Premier élément, Le Pen est l'Antéchrist (si j'ose dire), un Hitler en…

vendredi 22 décembre 2006
lundi 18 décembre 2006
dimanche 17 décembre 2006

Notule Requête horrible

Quelqu'un est arrivé sur ce billet avec la requête "fait divers horrible", précisément, billet qui arrive en tête des moteurs de recherche (!). Je gage que l'heureux visiteur n'a pas été déçu du voyage, un peu à la manière de ces jeunes gens qui, se rendant au cinéma, optèrent pour le "film d'aventure" de Benoît…

samedi 16 décembre 2006

Notule Jakob Lenz de Wolfgang Rihm

Rappel : La radiodiffusion devrait se faire ce soir sur France Musique[s]. L'heure et l'ordre de diffusion ont été modifiés, mais la pièce n'est théoriquement pas déprogrammée. Diffusion aux alentours de 21 heures. Vous pouvez l'écouter en mp3 ici . Pour une introduction à l'oeuvre, on peut lire cette note . La pièce…

samedi 16 décembre 2006
samedi 16 décembre 2006

Notule Verdi en français - (Jérusalem, Les Vêpres Siciliennes, Don Carlos et autres bricoles)

Encore une fois, c'est sur demande que j'ai produit cette introduction informelle à l'oeuvre française de Verdi. Présentation très succincte des oeuvres, et rapide présentation discographique, ce qui explique le ton un peu pressé, un peu à l'emporte-pièce. Je le produis néanmoins ici, à titre indicatif.

Je renvoie aussi, pour complément, à Wagner en français et à un commentaire de l'état de Rigoletto après traduction.


Pour la petite histoire, Verdi est le compositeur le plus enregistré, devant Wagner, Mozart & Puccini (ex aequo), Donizetti (!), Richard Strauss, Haendel, Bellini.

Etait posée la question des opéras français (à mon humble avis les meilleurs) de Verdi. Très meyerbeeriens, et d'ailleurs Les Vêpres ont été écrites par Scribe, et Don Carlos en partie par Du Locle (également librettiste du Sigurd de Reyer, oeuvre que les habitués de CSS connaissent bien).


1. Les trois oeuvres françaises de Verdi

Jérusalem est un rifacimento (une refonte) d'I Lombardi alla prima crocciata, avec toute la musique de circonstance et les grandes scènes dramatiques réclamés par le genre du Grand Opéra à la française. Persistent les airs à cabalette, mais le style n'est plus du tout donizettien, on regarde plus vers Halévy, disons. [Mais du bon Halévy.]

Les Vêpres siciliennes, titre déjà ironique, sont dans la veine du meilleur Scribe (texte d'Eugène Scribe sur une révolte historique, à la façon des Huguenots ou du Prophète), avec un équilibre dramatique parfait. Verdi tire tout le nécessaire de la succession de Meyerbeer quant à l'économie dramatique au sein de chaque acte, économie d'habitude bien plus transversale pour travailler sur le drame dans son ensemble, et non sous forme d'actes-miniatures. De l'excellente musique aussi.

Don Carlos, bien évidemment, mérite le détour. Sur un livret de Camille du Locle et Joseph Méry, d'après Schiller. L'original français dispose d'une introduction (choeur des bûcherons et grand ensemble, avec superposition du choeur des chasseurs qui ouvre les versions italiennes en cinq actes) et d'un grand ballet (où Eboli échange son costume avec la Reine, au III). Sans parler de la déploration sur le choeur de Posa, qui reprend le merveilleux Lacrymosa du Requiem. Le duo Philippe/Posa, modifié en son milieu, moins chromatique et moins vocal, se fonde plus profondément sur le dialogue, le protocole, que sur les violentes réclamations politiques de Posa. La fin débouche pianissimo dans le choeur des moines.

Les Vêpres siciliennes et Don Carlos sont les deux seules oeuvres à avoir initialement été écrites pour la scène française (Jérusalem répondait à une commande de "la grande boutique", mais n'est qu'une refonte).

Il existe aussi des versions françaises des opéras les plus célèbres de Verdi. On en trouve volontiers des partitions, plus infidèles au texte que les Wagner, souvent revus avec une petite connotation moralisante, voire bigote (Rigoletto, Traviata sous le titre de Violetta...). Certaines sont contemporaines de Verdi. Celle du Trouvère par exemple, avec des danses ajoutées, comme ce fut le cas pour Macbeth. On trouve au disque le Trouvère (Dynamic, mal chanté et mal capté) et un très beau Rigoletto (J. Etcheverry, Massard, Vanzo, Doria).

jeudi 14 décembre 2006
jeudi 14 décembre 2006

Notule A la découverte du LIED, un mode d'emploi - I - Définition, caractéristiques, débuts

J'ai tout récemment été sollicité pour une présentation de la forme lied. La définition choisie a été "la mélodie d'expression allemande", qu'on peut à l'envi préciser, mais qui a le mérite de limiter efficacement le sujet. Présentation du genre, caractéristiques, styles, oeuvres majeures et pistes discographiques.

Ce peut toujours être utile à des visiteurs de passage. Et aussi fournir matière à discussion pour les habitués, sur les caractéristiques des compositeurs, par exemple.

Un premier jet un peu touffu pour une initiation, mais le propos (écrit dans l'urgence de la demande impérieuse) s'adressait à des mélomanes avertis qui souhaitaient une vue d'ensemble du lied.

Bref, je vous propose cette série.



Je commence par des définitions, qui peuvent être utiles - voire être débattues.
Je poursuis par l'étude des styles propres aux grandes figures du lied. Il y a des choses qui peuvent être profitables ou non, selon votre degré de familiarité avec ce répertoire. Dans le cas de paragraphes avec trop de références précises pour le débutant, je l'ai signalé, vous pourrez y revenir plus tard si vous le souhaitez.

J'ai prévu d'aborder plus loin :
- le mode d'emploi d'écoute
- les oeuvres majeures
- des pistes discographiques
        => pour la découverte
        => les pépites.

Naturellement, si des choses sont obscures ou pas encore expliquées, je répondrai bien volontiers.


Préalable :

[J'ai placé les références discographiques entre crochets.]

Je précise aussi que je vais beaucoup parler de lieder de type :
- strophique : un seule musique est utilisée pour les différents couplets ;
- varié thématiquement : des thèmes peuvent revenir, mais pas à l'identique ;
- récitatif : on épouse la déclamation parlée, dans l'esprit du récitatif d'opéra ou en épousant la littéralité poétique.

Je vais citer beaucoup de titres pour guider ceux qui connaissent déjà quelques oeuvres, ou pour donner des idées d'illustration musicale des indications que je peux donner. Il n'est pas indispensable de les connaître pour suivre le propos.

La note.
jeudi 14 décembre 2006
lundi 11 décembre 2006

Notule Concert Bach/Saint-Saëns du 1er décembre 2006 (John Nelson, Nathalie Stutzmann)


Un compte-rendu de Sylvie Eusèbe.

Paris, Cathédrale Notre-Dame, vendredi 1er décembre 2006, 20h.

Concert, J. S. Bach : Cantates BWV 51 et 147, C. Saint-Saëns : Oratorio de Noël

Ensemble orchestral de Paris ; John Nelson, direction ;
Liliana Faraon, soprano ; Clémentine Margaine, mezzo-soprano ; Nathalie Stutzmann, contralto ; Leif Aruhn-Solén, ténor ; Henk Neven, baryton ;
Jean-Michel Ricquebourg, trompette ; Maîtrise Notre-Dame de Paris ; Lionel Sow, direction de chœur.

samedi 9 décembre 2006

Notule Durty spoiling

C'est en début de concert qu'Inger Södergren a joué les trois Klavierstücke . Entracte entre les deux sections du Schwanengesang , ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise idée. Oui, le concert n'est pas fini, mais on a ses sources.

vendredi 1 décembre 2006

Notule Wolfgang RIHM - Jakob Lenz, opéra - une présentation - d'après la représentation du 14 novembre 2006 à Bordeaux


La dernière représentation, celle du 19 novembre, sera diffusée le 16 décembre sur France Musique[s], couplée avec la Florentinische Tragödie de Nancy (K. Karabits/V. Le Texier).


1. Wolfgang Rihm et Jakob Lenz


1.1. Wolfgang Rihm

Jakob Lenz
s'inspire de la folie du dramaturge, telle que mise en scène par Georg Büchner.

Il s'agit d'un opéra de chambre en 13 tableaux, créé à l'Opéra de Hambourg le 8 mars 1979, une pièce du jeune Wolfgang Rihm, depuis devenu une figure majeure et peu contestée de la musique contemporaine internationale[1], aussi bien du côté des radicaux qui goûtent sa personnalité et sa violence que de celui des tenants de la continuité musicale, qui y trouvent une musique pulsée, remplie de références, délimitée, intelligible.
C'est ce double aspect qui porte, précisément, tout l'intérêt du compositeur. Beaucoup de disques ont été publiés, je tâcherai, à l'occasion, de proposer une discographie sélective et commentée.

On reviendra plus loin sur les caractéristiques musicales de son écriture, par le truchement de Jakob Lenz.

Mais on ne peut que se réjouir de l'idée de faire vivre une pièce de qualité déjà créée, plutôt que de soutenir la fuite en avant des créations mortes-nées, parfois commandées au même créateur !  Même si, en l'occurrence, il s'agit plutôt d'éviter de creuser le gouffre déjà abyssal des finances de l'Opéra - l'oeuvre a déjà été payée, le matériel existe, et ne restent que les droits à acquitter.


1.2 Jakob Lenz

Le livret de Michael Fröhling s'appuie sur la pièce de Georg Büchner, et développe le cheminement vers la folie de Lenz.

Jakob Michael Reinhold LENZ (1751-1792) est assez peu connu en France, bien qu'il ait été l'un des fondateurs du Sturm und Drang et un grand artisan, avec Goethe, de la renaissance shakespearienne. Son oeuvre et sa vie se démarquent par une grande radicalité, que ce soit dans la dureté de la critique sociale, dans son individualisme revendiqué et absolu, dans son refus de transiger... Au lieu, comme bien d'autres, de suivre une évolution vers le classicisme, façon Goethe, vers un affinement des techniques après divers essais fiévreux, tel Schiller, Lenz reste toute sa vie attaché au même absolu, ce qui lui vaut bien entendu un rejet assez total, y compris en amour - et c'est tout cela qui le mène au délire de persécution qui fait l'objet de la pièce, puis de l'opéra.

A noter, l'opéra ne s'achève nullement avec la mort de Lenz, mais avec l'état irréversible de folie et l'éloignement des dernières âmes compatissantes. Historiquement parlant, au terme d'une douloureuse errance européenne, il fut retrouvé mort dans une rue de Moscou.


2. Distribution


Jakob Lenz (baryton dramatique) : Johannes M. Kösters
Père Oberlin (basse profonde) : Gregory Reinhart
Kaufmann (ténor de caractère) : Ian Caley

Orchestre National Bordeaux Aquitaine (ONBA),
Membres du Choeur de l'Opéra National de Bordeaux,
Jeune Académie Vocale d'Aquitaine issue de "Polifonia Eliane Lavail",
dirigés par
Olivier DEJOURS.

Mise en scène : Michel Deutsch (philosophe)
Décors, costumes : Roland Deville
Lumières : Hervé Audibert

Nouvelle coproduction, avec l'Opéra National de Nancy et de Lorraine.


3. La représentation

3.1. Texte et mise en scène

Le rideau s'ouvre, en silence, sur une scène nue, et l'on devine, en voyant entrer les enfants, combien la mise en scène sera pauvre, gauche et peut-être pénible. Si on échappe au troisième travers et aux provocations superflues, les deux premiers qualificatifs sont hélas bien justes.

Texte difficile à mettre en scène que celui qui développe l'observation d'un seul objet : la folie du personnage principal. Scéniquement, deux personnages se succèdent, les figures d'amis. Le père Oberlin, basse profonde, pasteur qui recueillit Lenz et toujours à sa recherche pour le ramener vers le sentier de la maison, de l'autre, de la vie. Et Kaufmann, plus cassant mais tout aussi compatissant, qui le sauve du suicide sans écarter une lecture cynique de l'état de décrépitude de l'ami ; c'est à lui qu'est confié le soin d'emporter Oberlin dans la lumière, loin de Lenz, disparaissant aux yeux de Lenz dans la ténèbre - pour mieux l'y abandonner.
Les autres incarnations scéniques, notamment la bien-aimée Friederike - partie intégrante des choeurs avec un seul court vrai solo -, ainsi que les choeurs mixtes (et, au moins partiellement, les choeurs d'enfants), relèvent de l'imaginaire de Lenz, se tenant ici à l'arrière de la scène, sur les côtés, et toujours séparés de lui par quelque accessoire (tronc, chaise, lit...).

Les costumes de Roland Deville campent un XVIIIe sobre, plutôt aisé pour Oberlin et surtout Kaufmann, et populaire pour les choeurs. Le plateau est nu à l'extrême, juste quelques acessoires pour marquer des pôles scéniques : le baquet, le tronc, le lit. Tout juste changera-t-on le lit de place dans les premiers tableaux. La direction d'acteur, elle aussi, est réduite autant que possible : les chanteurs, talentueux acteurs, sont fichés dans une partie du décor, et font usage de leur visage - et surtout de leur excellente diction. Le résultat scénique est tout de même décharné et figé. Qu'en faire d'autre, je ne sais, véritable gageure que de servir un tel texte, mais les couleurs complaisamment grisâtres des décors, les souillures aux vêtements de Lenz tiennent alors lieu de présence scénique. A choisir, une mise en espace sans costumes aurait été tout aussi agréable, surtout qu'on ne constate aucun jeu avec la lumière logiquement crue, mais fort peu variée.
Sans être grotesque, gauche ou indigne (en partie grâce à l'excellence des chanteurs acteurs, semble-t-il), cette mise en scène n'était ni très efficace, ni très esthétique, ni très signifiante. Encore une fois, la pièce n'était pas un cadeau pour un metteur en scène, qui a au moins le mérite d'éviter l'histrionisme gratuit et les relectures absconses, à défaut d'échapper tout à fait à un statisme pas très informatif.

Le livret reprend l'idée assez éculée, entre le dix-neuvième (vision esthétisante) et le vingtième (vision apocalyptique), du poète maudit, du créateur incompris qui sombre dans la folie, etc. Rien de bien neuf, et pour résultat une simple exposition d'états psychologiques contradictoires, sans lien logique - jusque là tout va 'bien', si j'ose dire - ni dramatique. C'est sur ce dernier point que le bât blesse.
La pièce, qui dure environ quatre-vingt minutes, se maintient jusqu'à l'heure dans une progression dramatique crédible, avec une folie qui se déploie, depuis l'égarement initial, les disparitions, puis les délires, jusqu'à l'impossibilité de vivre et le suicide empêché. Jusque là, tout fonctionne à peu près. La trame est plus que mince : Lenz se trouve déjà largement instable aux débuts de la pièce, et la fin l'abandonne avant même la mort. Mais une certaine progression, une logique, non pas à la folie, mais au drame, est sensible. Les vingt dernières minutes, en revanche, plongent dans l'incohérence la plus intégrale, entre rémissions dissimulées et crises incomprises. Le rideau tombe sur les cris répétés de Lenz : "Lo-gi-que ! ... Lo-gi-que ! ...", comme il aurait pu le faire un quart d'heure auparavant, un quart d'heure plus tard : une fois que la mort de Friederike avait été rêvé, il ne restait plus aucun mystère au spectateur, plus aucun enjeu psychologique à percer ou à suivre, si ce n'est le développement, incohérent, impénétrable, de la folie.

On peut trouver la sorte de nécessité qui pousse tout le drame de Wozzeck exagérée et artificielle, mais on peut également trouver ici le lien logique ténu. Et sans la virtuosité dans l'absurde d'un Aperghis.
D'autres que moi (enfin, un, celui dont il est question à la fin) ont trouvé la chose séduisante, et je les comprends aisément, si peu que la folie soit un objet de fascination ou d'intérêt. Je n'ai aucune idée de la fidélité du rendu psychologique, en revanche.


Montrer les poètes, les musiciens, les artistes, les philosophes au théâtre est à mon sens, à moins d'une solide intrigue (de type philosophique et autobiographique dans le Torquato Tasso de Goethe, de type imitatif et de construction presque vaudevillesque dans le Corregio d'Adam Oehlenschläger), d'une intrigue qui dépasse l'oeuvre, qui ait un intérêt en soi, une erreur. Quelle efficacité dramatique peut avoir la vie d'un poète qui fait ? Quel intérêt esthétique a-t-on a utiliser sa vie plutôt que son oeuvre ?  Cette espèce de narcissime, ou de philosophie à bon compte, est assez irritante lorsqu'on voit le résultat - et toujours autant à la mode, si j'en crois les programmations, on est censé venir voir Bacon comme on venait jadis voir les aventures Giulio Cesare. Sauf que, dans le cas de Bacon ou de Lenz, ce n'est pas un prétexte, mais vraiment une réflexion proche du solipsisme.

C'est en cela, qu'en somme, ce manteau dérisoire et souillé, principal outil de scène, tentative de rythmer les tableaux, s'insère très bien dans l'absurdité dramatique développée par le livret. Dans cette multitude de tableaux minuscules et contradictoires, de nature assez kurtágienne, en somme.
La seule image à retenir l'attention, qui frappe inévitablement, malgré sa démesure, est l'image du cri immense et assourdissant, sur tout l'horizon - le silence. Les dernières minutes, pesantes dans leur exposition forcenée d'un délire sans coordination dramatique, sont ainsi sauvées par le choc de cette formule, inversant de façon si terrifiante le monde réel.


On le voit, je ne saurais me prononcer au juste sur la valeur de ce texte et de cette mise en scène - et là n'est pas mon but, simplement d'en rendre compte. La langue en est très simple, tout à fait compréhensible pour les germanistes moyens même sans surtitres. Pour ne pas les voir, se placer au paradis vu le taux de remplissage à la première et les tarifs plus avantageux en cas d'opéra contemporain (c'est-à-dire sans public) demandait de toute façon une grande dose de bonne volonté. (sans compter d'autres charmants imprévus)

3.2. La musique de Rihm

Elle est la grande héroïne de la soirée. La crainte était, dans un ouvrage aussi ancien, d'avoir affaire à quelques expérimentations plus ou moins âpres, plus ou moins heureuses. On aurait pu rencontrer les masses hostiles de Hamletmaschine, aussi. Surtout sur ce texte plus que difficile. Il n'en est rien, et le langage est déjà aussi diversifié qu'aujourd'hui. Rien ici des déchaînements percussifs, de l'écriture vocale héroïque et stable, presque verdienne, du souffle épique des choeurs dans Die Eroberung von Mexico (« La Conquête du Mexique »), rien non plus de la folie des quatuors, du climat désolé, quasi 'winterreisien' de son trio Fremde Szenes, nous sommes dans un tout autre registre, plus proche de sa musique pour ensemble (comme Jagden und Formen, rendu célèbre par sa diffusion dans la collection « grand public » 20/21 de DG) et surtout des grandes pièces orchestrales ou, parfois, des Hölderlin-Fragmente (non enregistrés à ma connaissance).
La différence réside en réalité dans le degré de complexité, bien moindre ici que dans sa période plus récente, ou un contrepoint clair apparaît souvent.

Dans un moule formel plus traditionnel, en somme, mais avec les caractéristiques qui font toutes sa valeur, nous retrouvons ici Rihm. Avec une pièce parfaitement aboutie et style qu'il développera de façon encore plus impressionnante par la suite - mais qui ne souffre d'aucune verdeur dans Jakob Lenz. 

Die Eroberung von Mexico Jakob Lenz Wolfgang Rihm La Conquête du Mexique
Die Eroberung von Mexico, formidable opéra chez CPO.
[Attention, le livret n'est pas fourni, ce qui est plutôt fâcheux.]


Un des charmes de Rihm, outre la richesse de son langage, la beauté de ses textures, la force de son son, l'invention motivique et particulière rythmique, merveilleuse, est qu'il tient à employer une écriture pulsée. On dit souvent que la musique contemporaine est incompréhensible parce qu'elle n'est pas mélodique (le fameux 'argument' du sifflotement), voire parce qu'elle n'est pas harmonique (du moins dans le sens classique) - mais l'obstacle le plus réel n'est-il pas l'absence de repère pulsé ?  Après tout, la musique électronique populaire, qui connaît de grands succès auprès de populations pas nécessairement lyricophiles ou classicomanes, n'est elle non plus guère passionnante mélodiquement. De même, le minimalisme fascine surtout par son pouvoir rythmique - pour de bonnes ou de mauvaises raisons, et sur quels critères, c'est une autre affaire.
En tout cas, force est de constater que le repère rythmique - et c'est déjà le cas en partie chez Bruno Mantovani - donne une intelligibilité surprenante au propos, et procure indubitablement un véritable plaisir à l'écoute. Et ici, dans Jakob Lenz, la conduite du drame impose une simplification du langage qui le rend encore plus direct, peut-être moins raffiné, mais toujours immanquablement esthétique et efficace simultanément.
Tout y est pulsé, jusqu'au martellement. De longues séquences sont marquées sur chaque temps, aux timbales, sans effet d'emphase, mais comme un soutien à la compréhension, un repère instinctif sur lequel vient s'inscrire l'ensemble de l'écriture - tout de même pas si simple - de Rihm.

La composition de l'orchestre n'est guère excentrique, et son usage non plus : orchestre traditionnel, peu nombreux (le fosse de Bordeaux est de toute façon minuscule, mais elle ne débordait pas), avec un clavecin, et peu de percussions, hormis une cloche[2]. Les traditionnelles timbales sont utilisées, mais sans effets particuliers, les cordes sont largement utilisées non vibrato, les accents varésiens aux cuivres[3], peu de Flatterzunge et autres détournements sonores aux bois - tout cela concourt à donner une image plutôt classique, quasiment "contemporain-premier-vingtième" à cet orchestre.
L'écriture demeure fondée, comme si souvent, sur cette écriture boisée et dense, où les bois, puis les cuivres dominent le spectre sonore, lui donnent sa coloration si spécifique, une sorte de choral au milieu de l'orchestre. Souvent la progression se déroule par accidents, petits sauts, blocages ; le tremolo est souvent le moyen de la tension. Bref, des outils simples, directs, efficaces. Evidemment, le résultat est moins saisissant que le tellurique Eroberung von Mexico et ses pôles de percussions fous, le début manque un peu de nerf et d'urgence dramatique, mais force est de le reconnaître : la pièce est soutenue de bout en bout par cet orchestre attentif, cette musique intelligemment commentatrice et protagoniste. Une fois l'immersion réalisée (l'accroche est un peu douce), la fascination est sans partage, décidément.

L'écriture vocale, quant à elle, fait le choix, mais distinctement du lyrisme héroïque de l'Eroberung, de se tenir le plus près possible du texte. Des sauts d'intervalle étranges, mais jamais démesurés, toujours dans une tessiture où le spectre phonétique demeure aisément compréhensible - l'action est intelligible sans surtitres, grâce qui plus est au grand soin des interprètes. Bien entendu, on y trouve des effets - qui peuvent également évoquer Kurtág, mais que Rihm ne devait alors connaître - bien typique des expérimentations contemporaines, mais prévues (et réalisées) avec parcimonie et goût : tremblements, fausset, ribatuto, sprechgesang, mélodrame. Les tessitures sont beaucoup exploitées dans le grave, dans la partie naturellement exploitée par la voix parlée. De même, les merveilleux mélodrames[4] s'insèrent avec une grande simplicité, sans le moindre histrionisme expressionniste - simplement la parole à nu, lorsqu'on ne peut plus la chanter.
Tout cela, en somme, rappelle furieusement l'esthétique dépouillée, proche de l'aphasie, des Hölderlin-Fragmente[5]. Une grande simplicité dans les lignes, avec en ligne de mire l'esthétique du parlando, sans viser non plus l'ostensoir à braillements.
Une demie-teinte intelligemment pensée, qui donne le texte avec vie et gourmandise. Il ne faut pas y attendre un lyrisme développé ni un laboratoire vocal débridé, simplement un service du texte avec les moyens du temps, et la réussite en est fort belle.

La suite : références et échos dans la musique de Rihm, interprétation, autres remarques futiles. (Avec de jolies images de partitions malheriennes dedans, si vous êtes sages.)
Mahler Deuxième Symphonie Jakob Lenz Wolfgang Rihm onzième
dimanche 26 novembre 2006

Notule Mieux servi que par soi-même

Cette réflexion me vient à l'écoute de la version française de Salome, réalisée par Richard Strauss sur le texte original d'Oscar Wilde, en arrangeant sa propre partition. Il en existe un seul enregistrement, de bonne facture, mais l'oeuvre en elle-même constitue une déception.

Cette seule version au disque (1990), d'assez mauvaise réputation (et difficile à trouver), est dirigée par Kent Nagano à la tête de l'Opéra de Lyon :

Salomé Richard Strauss Hofmannsthal Kent Nagano .

L'interprétation est, contrairement à ce qu'on peut entendre ici ou là, d'excellente facture :

Salome : Karen Huffstodt
Herodias : Hélène Jossoud
Herodes : Jean Dupouy
Jochanaan : José van Dam
Narraboth : Jean-Luc Viala

Le français de tout à fait bon niveau, y compris pour Karen Huffstodt, assez compréhensible eu égard aux difficultés de diction que posent les lignes vocales.



Pourtant, cela fonctionne mal, et place ce chef-d'oeuvre plutôt au niveau d'une pièce de grand intérêt que d'un pilier indispensable du répertoire. Pour deux raisons.

  1. D'une part, la prosodie française de Richard Strauss est mauvaise. Le rythme des mots se perd, les syllabes prennent trop de poids, les accentuations tombent à côté des effets musicaux.
  2. D'autre part, les rafistolages musicaux sont très peu heureux. Les rythmes dansants deviennent bancals, les lignes vocales sont étêtées, le cheminement orchestral se fait hésitant, répétitif, pesant.

Nullement au point de rendre l'oeuvre laide ou méconnaissable, mais même pour le locuteur francophone, on perd singulièrement en plaisir. Le dentelé de la langue allemande, les effets choisis, les fulgurances, tout est comme atténué, étouffé.

C'est pourquoi, moi qui suis pourtant très friand des adaptations, je ne recommande pas vraiment ce disque et cette découverte.

Tout simplement, j'en pense qu'il est tout à fait possible de jouer Salome en français, mais sur la musique originale de Strauss, et le texte adapté par des francophones. Oui, l'aval du compositeur, et même ses louables efforts ne sont pas ici les meilleurs garants de la qualité. J'avais déjà souligné à quel point, en respectant tout à fait la musique, on pouvait obtenir des résultats étonnants de fidélité à l'original et d'efficacité dans la langue d'arrivée - avec Victor Wilder et Charles Nuitter chez Wagner, par exemple.

Lire la suite (extrait et commentaire).
samedi 25 novembre 2006

Notule Meyerbeer et le pompiérisme

Le commentaire sur Hérold me fait réaliser[1] que ce carnet, ô honte suprême, ne dispose toujours pas d'une entrée monographique Meyerbeer. Parons au plus pressé.

Je reproduis ici une vieille contribution à ce sujet (2004), que je n'avais jamais reportée, mais qui a le mérite de clarifier certaines idées reçues. Il faudra que je fasse de même avec Furtwängler, à l'occasion. J'ai très légèrement toiletté le texte d'origine.
Il existe aussi une synthèse plus vaste, mais il faudrait que je relise ça avant publication.

Notes

[1] Vilain anglicisme peut-être, mais décidément plus joli que me fait (me) rendre compte que.

samedi 25 novembre 2006
samedi 25 novembre 2006

Notule Le disque du jour - XIII - Debussy joue Debussy

Je ne goûte que peu la plupart des versions sur le marché des pièces pour piano de Debussy, qui recèlent pourtant de petits bijoux.  Avec des souvenirs particulièrement terrifiés de pianistes excellents par ailleurs, mais assez étrangers à cette esthétique - tel Krystian Zimerman.
Si, tout de même, le souvenir des beaux phrasés de l'Isle Joyeuse par Eugen Indjic (2003) - sans doute parce qu'alors baigné dans l'univers chopinien, le ton de cette lecture m'a plus aisément séduit. Par ailleurs, certaines similitudes dans la sobriété, dans un son de tissu plus que de minéral, avec le disque du jour.

claude_debussy_isle_joyeuse_eugen_indjic.jpg

 


Le disque du jour ?

Ceci :
.
La seconde Arabesque. Vous noterez l'attention portée la basse, soit délicatement déposée, soit légèrement décalée par rapport à la main droite, dans le but d'obtenir des climats très précis.

On connaît fort bien les enregistrements laissés par Rachmaninov, mais Debussy ?  Car Debussy a joué pour des rouleaux perforés de pianos automatiques, ce qui rend possible une restitution certes imparfaite, mais dans un son irréprochable. Et la surprise joue à plein : la restitution, si elle n'a pas le poids du toucher exact ou le legato parfait des exécutions in vivo, n'en demeure pas moins excellente - bien supérieure à ce que laisse deviner un rouleau sonore des premiers temps de l'enregistrement musical.

debussy_joue_debussy.jpg

Si je recommande le disque par Debussy lui-même, c'est que l'interprétation en est remarquable - sinon, très honnêtement, la curiosité de l'authenticité se lasse bien vite. On échappe à ces lectures façon diamant, régulières, froides, étincelantes. Ici, au contraire, le toucher est feutré, le ton intimiste, les phrasés et les nuancés irréguliers - ce n'est pas un concertiste professionnel, mais un "amateur" plus qu'éclairé qui intervient. Loin de s'attarder sur la perfection des traits virtuoses, exécutés de façon un peu globale, c'est sur l'harmonie que porte l'effort, sur la stylisation des motifs, la mise en valeur des voix, des échos, des structures à l'oeuvre dans la pièce.
Et une simplicité exceptionnelle, dépourvue d'épate. Il n'est que de constater le tempo très modéré et la façon très stable des Arabesques, nullement aquatiques ou supralegato, morceaux charmants quoique superficiels que l'on entend habituellement.
Dans le même temps, un ton de conversation de salon, une proximité bonhomme de cette musique qui touche plus qu'elle n'impressionne.

C'est, au final, l'interprétation à laquelle je reviens le plus volontiers. Elle propose une véritable redécouverte de ces pièces rebatues - et une redécouverte plus précieuse que la découverte, à mon goût.

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samedi 25 novembre 2006
vendredi 24 novembre 2006

Notule André MARKOWICZ, 23 novembre 2006

Assisté ce jeudi à la "table ronde" présidée par André Markowicz autour de la "lecture engagée que constitue la traduction".

L'occasion pour moi de recommander chaleureusement son travail.


1. La conférence.

La communication en question ne se voulait pas une démontration universitaire, mais plutôt un témoignage. Pas de thèse particulière, mais des considérations sur la traduction, sur sa pratique, sur ce qu'elle implique, met en jeu et, surtout, sur l'impérieux sens du détail.

André Markowicz, de langue maternelle russe, et est connu, par ici, pour avoir traduit en français tout le théâtre de Tchekov (en collaboration avec Françoise Morvan), tout Dostoïevski, tout le théâtre de Gogol, et à présent, entreprendre tout Shakespeare - sans compter l'incontournable Onéguine de Pouchkine. A ce qu'il en dit, il dispose de cinq ou six versions alternatives pour chaque intégrale, dont certaines publiées en doublon.

L'approche, dépourvue de plan, se faisait par digressions qu'il ne clôturait jamais, et s'achevait abruptement, sans conclusion ni retour sur les considérations antérieures. Un témoignage, simple, concret, vraiment pas une démonstration à thèse.

Mais un témoignage absolument confondant. D'abord par un vrai sens de conteur ; ensuite par un propos absolument passionnant.


2. Quelques axes du propos

Des choses tout à fait essentielles ont été abordées. Elles n'ont rien d'extraordinaire en soi, mais les réponses qui leur sont données par André Markowicz - et surtout leur manifestation concrète dans son travail - laissent plus qu'admiratif.

Quelques problèmes fondamentaux. Qu'est-ce qu'une traduction, quelle est sa visée ? Prenons un texte versifié, par exemple une pièce de Shakespeare.
Il n'est pas possible de la traduire en prose, on en perdrait toute la musicalité qui en fait la valeur. [Ces traductions, pour la plupart, sont en effet d'un commun terrible et ne conservent plus que la trame charmante des comédies. Toute la qualité de la langue disparaît.]
Il n'est pas possible de conserver le mètre original, le pentamètre iambique ici. Cette forme ne signifie rien aux oreilles françaises ! [En outre, je la crois assez difficile à mettre en place avec l'accentuation fixe française.] Aucun lien culturel ne peut être établi avec une telle forme pour les lecteurs.
Il n'est pas possible de le traduire en alexandrins, car le pentamètre iambique a été choisi par Shakespeare dans un esprit opposé à celui de l'alexandrin. C'est un vers heurté [souvent irrégulier chez lui, qui plus est], violent, découpé, tout le contraire d'un ronronnement à douze syllabes.
Il faut[1] donc versifier lorsqu'il y a versification sous peine de tomber dans la platitude, ne pas adopter le mètre original s'il n'a aucune signification dans la langue d'arrivée, et pour finir ne pas employer le mètre attendu dans la langue d'arrivée s'il n'est pas conforme à l'esprit du mètre original.

Le point fondamental est 'bien entendu' qu'il faut rendre au lecteur non pas un résultat le plus proche possible (André Markowicz récuse la notion morale de fidélité), non pas le plus beau possible, mais produire le même effet sur le lecteur que le texte original. Immense tâche, que, le plus souvent, il accomplit sans la moindre contorsion du sens...

La conférence prend toute sa valeur dans les exemples très précis qui émaillent son discours, sur le détail de la langue des auteurs et de la technique de rendu.

  • Les mille façons de demander le sel à sa mère, en russe.
  • La solution pour exprimer dans la phrase "le train est arrivé" l'attente du locuteur. Elle s'exprime par l'antéposition du train, en russe, mais en français. Avec la solution, en définitive "il est arrivé, ce train", qui présente tout de même une nuance familière à l'écrire absente du russe, mais qui offre une vraie porte de sortie. Et ce type d'interrogations sur chaque phrase.
  • Les grandes démonstrations sur les vers de Shakespeare : le seul vers faux de Hamlet, les très nombreux vers faux (pentamètres à six accents) d' Othello, la signification du décalage, depuis le microscopique, dans la langue, entre Hamlet et Macbeth - qu'il interprète comme un Hamlet à front renversé, où le Verbe, au lieu d'être incarné au théâtre dans le théâtre comme la parole divine, trompe sans cesse[2].

On parvient à l'issue de cette conférence avec l'impression que ce propos improvisé aurait aussi bien pu être tout autre, mais on le pressent tout aussi passionnant.


3. Lectures recommandées

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Notes

[1] André Markowicz a bien insisté sur le fait qu'il apporte un fonctionnement personnel et ne prétend en aucun cas le conseiller et encore moins l'imposer.

[2] On pourrait bien sûr en discuter à l'envi, puisque la parole est justement ce qui abuse Hamlet dans les propos choisis du spectre et saisit Claudius à tort ou à raison ; mais les raisons avancées sont étayées et fortes, et constituent une voie de lecture cohérente en elle-même.

jeudi 23 novembre 2006

Notule Mise à jour, 'erreurs orthographiques usuelles'

Les entrées 17 à 20 sont désormais disponibles. Au menu : chaotique ou cahotique ? tout + adjectif + nom féminin état/Etat, église/Eglise, opéra/Opera, océan/Océan [au secours.] la gent

samedi 18 novembre 2006

Notule Mise à jour - Sigurd d'Ernest Reyer (1884)

Le billet initial a été complété, précisé et amendé : liste complétée des oeuvres ; leur disponibilité ; précision du synopsis selon le découpage de la partiton (effectué en confrontant deux exemplaires [ 1 ] ). J'en rappelle l'adresse . Notes [ 1 ] Car nous nageons dans le luxe documenté.

vendredi 17 novembre 2006

Notule Requêtes insolites - du ventre

Je n'aurais jamais cru cela ! La requête "google.fr recette meringue", effectuée sur un moteur fourni par Google ( voir ici ), place Carnets sur sol en quatrième place ! Et le pire dans l'affaire ? C'est qu'on trouve bel et bien la recette de la meringue sur Carnets sur sol .

jeudi 16 novembre 2006
lundi 13 novembre 2006

Notule Franz SCHUBERT, de Métastase à la sérénade napolitaine - II - L'incanto degli occhi (D.902 n°1, Op.83 n°1)


**
Gerald Finley, Graham Johnson (volume 36 de l'intégrale des lieder de Schubert chez Hyperion)


Texte Metastasio
Traduction DavidLeMarrec
Da voi, cari lumi,
dipende il mio stato ;
voi siete i miei numi,
voi siete il mio fato :
a vostro talento
mi sento cangiar.
Ardir m'inspirate,
se lieti splendete ;
se torbidi siete,
mi fate tremar.
De vous, chers astres,
dépend mon sort ;
vous êtes mes dieux,
vous êtes mon destin :
à votre aspect
je vais changeant.
Vous m'inspirez courage,
quand vous brillez joyeux ;
quand vous êtes assombris,
vous me faites trembler.


1. Contexte

Pour la petite histoire, il existe une fantaisie, sous-titrée Ghiribizzo vocale, de Paganini (Catalogue Heyer, H.999), sur le même texte.

Contrairement au Traditor deluso, oeuvre qui succède directement à celle-ci dans l'ordre de composition, et publiée simultanément, sous les mêmes numéros Deutsch (902) et opus (83), le texte de cette mélodie est tirée d'un seul ouvrage, de l'acte II d'Attilio Regolo de Piero Metastasio.

Attilius Regulus, Marcus de son prénom, est bien évidemment, comme c'est l'usage dans ce type de tragédie, un personnage historique. Il est consul romain en 267 avant notre ère, et assure alors la conquête de Brindisi qui achève la prédominance de Rome sur la péninsule italienne.
Les faits qui nous intéressent sont plus tardifs. En 256, il est élu pour la seconde fois consul, durant la première guerre punique, et se fait battre par Xanthippe - le fameux[1] mercenaire chef des armées carthaginoises.
Fait prisonnier, il est envoyé par Carthage en tant que prisonnier sur parole, pour négocier à Rome une trêve, ou à tout le moins un échange de prisonnier. Une fois sur place, il exhorte le Sénat à ne rien concéder et, malgré les prières qui lui sont adressées, retourne à Carthage conformément au serment prêté, où il sera torturé et mis à mort. Son exemple, évoqué comme symble de courage, de vertu, de foi donnée, nous est parvenu par deux sources :
  1. Cicéon, De Officiis, III, 99sq ("Traité des devoirs")
  2. Tite-Live[2], livre XVIII (nous ne disposons que d'un résumé)



2. Situation

Inutile d'ajouter qu'on a ici affaire, sur le plan textuel, à une représentation tout à fait sérieuse, des faits aussi tragiques qu'exemplaire. Et c'est ce que fait largement sens ici, dans les orientations de la mise en musique.

Comme d'habitude, la tragédie invente un entourage à des personnages légendaires ou historique - ce qui n'est pas nié par les Anciens est possible. Ici, Metastasio invente donc Licinio, tribun de la plèbe, amant d'Attilia, la fille de Regolo. C'est à lui qu'est dévolue la tirade mise en musique par Schubert.
Celle-ci fait suite à la parole accablée d'Attilia :

Que' rimproveri acerbi mi trafiggono il cor.
("Ces âpres reproches me transpercent le coeur.")

Licinio lui promet cependant la grâce de Regolo, et l'air isolé par Schubert est à considérer dans ce contexte très sérieux, annonçant une confrontation au destin, comme le Parto de Sextus[3], en quelque sorte. Attilia reste affligée après ce départ, en méditation sur la fortune changeante.

**
Joyce Di Donato dans "Parto" de La Clemenza di Tito vue par Mozart, à Genève cette année (direction Christian Zaccharias) .




3. Brèves précisions sur le texte.


Tout d'abord, d'une belle densité, comme toujours dans la langue de Métastase : un verbe plus infinitif ou un adjectif, et le tour est joué. Ce qui entraîne parfois des ambiguïtés, comme on avait pu le signaler jadis. Ici, le sens est assez limpide.

Précision d'usage, lumi ("lumières") est un terme employé de façon poétique, pour désigner les yeux.[4] C'est pour cela que j'ai suggéré la traduction "astres", qui est plus conforme à ce qu'on attendrait en français, tout en conservant parfaitement l'esprit du texte italien. Cela dit, dans une traduction complète d'Attilio Regolo, ce choix me semblerait peu explicite - on pourrait aisément l'entendre au premier degré -, et il faudrait alors trouver une autre solution.
Mais pour nous, la présence de commentaires nous épargne ce casse-tête.

En outre, le terme d'astres permet une évocation de l'environnement païen, de la conception du destin, de la présence de divinité. Et ces astres voilés, fussent-ils des yeux, offrent une prémonition de l'issue : Licinio qui parle ici ne peut sauver Regolo, les craintes [des yeux] d'Attilia sont fondées. Car le choeur du peuple de Rome, chez Métastase, annoncera triompher pour Regolo, mais par le seul souvenir - on est loin de certains lieti fini métastasiens qui sont parfois commentés comme artificiels psychologiquement.

Pour la petite histoire, les allemands ont un équivalent exact du terme italien, il suffit de penser à Hofmannsthal :

denn als sie mein Weib geworden war,
da stieg Zorn in mir auf
gegen den Falken,
daß er es gewagt hatte,
auf ihrer Stirn zu sitzen
und zu schlagen
ihre süßen Lichter !

(c'est-à-dire : "ses douces lumières", donc : "ses doux yeux")




4. Choix musicaux de Schubert

L'incanto degl'occhi - Metastasio - Schubert

Il est entendu, nous sommes dans un air galant si l'on veut, mais avant tout inséré dans un contexte tragique. Lorsqu'on voit la façon qu'a Schubert de traiter, exactement à la même époque, Il traditor deluso, petit pastiche ébouriffant d'une scène-type de seria, on ne peut qu'être frappé par le caractère de pure sérénade que prend ce texte de Métastase sorti de son contexte, un badinage charmant et sans conséquence. Une parole de Don Giovanni plus qu'une allégeance d'amant de serio fidèle jusqu'à la mort - ou même jusqu'au déshonneur, tel le Sextus de la Clemenza.

Par ailleurs, la pièce n'est pas ici jouée allegretto comme indiqué - s'agirait-il donc plutôt d'une indication de caractère ?
Il est vrai que l'accent britannique de Finley rend la chose encore plus exotique et extérieure (ce n'est nullement péjoratif, simplement un parti pris interprétatif tout à fait légitime). A noter que dans l'intégrale Fischer-Dieskau/Moore, le piano est encore plus tendre (joliment, au demeurant), et l'accent du chanteur tout de bon déformé. Ce n'est donc pas une conception isolée qui vous était proposée en extrait.
En cela, on est tout à fait dans le sens de l'écriture italienne imparfaite de Schubert - comment peut-on accentuer correctement ce numi, sur le sol grave pour la syllabe accentuée, et avec ce saut de dixième vers l'aigu pour la syllabe faible, noté qui plus est crescendo ?  Pour ma part, je tâche de résoudre la chose en ignorant le crescendo et en chantant le si le plus doucement possible, afin de respecter un peu plus naturellement la prosodie. Mais, si on veut réellement respecter Schubert, il faudrait le prononcer à l'allemande - nous sommes en plein dans les paradoxes de l'authenticité : que faire des défauts de conception originaux de l'oeuvre d'art ?

On peut tout de même nuancer cette perception, car, assez intrigué, je vois plusieurs issues.


4.1. La sérénade ?

La plus évidente serait bien entendu d'admettre le caractère de sérénade d'un texte de Métastase tiré hors de son contexte. Mais pas nécessairement, puisque parmi les Métastase de Schubert, d'autres sont nettement fidèles à l'esprit du texte d'origine (quitte à opérer certains traficotages), comme par exemple Pensa, che questo istante D.76, ou même Non t'accostar all'urna D.668 n°1. Cela reste néanmoins tout à fait possible, on a vu précédemment que Schubert n'avait pas de scrupules à sectionner des textes, à les détourner de leur contexte et de leur emploi originaux, même s'ils conservent, in fine, un caractère similaire à l'original. En outre, les trois autres Métastase D.668 (Guarda che bianca luna !, Da quel sembiante appresi, Mio ben ricordati) sont, eux tout à fait explicitement de type sérénade.

Quelques détails tout simples du texte musical parlent dans ce sens.

La voix de baryton-basse, d'abord : la ligne vocale est écrite directement en clef de fa, ce qui est exceptionnel chez Schubert, écrivant pour généralement sa voix de ténor ou pour des voix plus abstraites de sopranes et, même dans les pièces les plus basses (Der Tod und das Mädchen, Grenzen der Menschheit. Cette tessiture est en outre inhabituelle pour un rôle d'amoureux constant, et se trouve généralement dévolue aux rôles de séducteurs insincères ou violents, ou aux barbons - cela déplace donc plus l'esthétique du côté de la sérénade badine, des serments emphatiques à comprendre au second degré, comme le langage fleuri d'une séduction plus commune.

De même, l'écriture rythmique, parfaitement régulière, quasiment dépourvue d'accidents (en réalité, Schubert ne peut pas s'empêcher de varier le rythme obstiné de la basse, comme vous pouvez le voir), évoque peu les véritables affres de la passion.

L'écriture harmonique
, quant à elle, ménage des « surprises » parfaitement prévisibles, en rien schubertiennes. Comparez avec les épisodes de Die Nacht (et même au sein de ceux-ci) ou, de façon encore plus saisissante, avec les éclairages soudains de Ihr Bild (Schwanengesang n°11) : dans la pièce qui nous occupe, la modulation a une fonction beaucoup plus convenue de renouvellement, et n'évite pas, par ailleurs, l'effet de ressassement (qui plus est en réutilisant immédiatement la moindre trouvaille).

Metastasio Schubert Réutilisation immédiate des matériaux modulants. Metastasio Schubert


4.2. Un vrai pastiche, trahi par l'interprétation galante ?

J'entrevois cependant une autre solution, qui ne figure pas dans les deux seuls enregistrements réalisés, à mon connaissance, de cette pièce.

Si l'on en vient à marquer un rien plus la basse du piano, pas de façon brutale, mais légèrement menaçant, la couleur peut en être modifiée, avec un rappel du destin tragique sous les ornementations stylistiquement attendues. Cette potentialité est confirmée par la basse rampante des "contrebasses" à la fin de la pièce, un effet du dispositif tragique. da voi cari lumi dipende il mio fato
Oui, par exemple dans la musique funèbre. On peut penser à l'Héroïque parmi d'autres exemples :
Marche Funèbre Marcia Funebre Héroïque Eroica Ludwig van Beethoven Symphonie n°3 3rd Symphony .

En outre, le seul tempo peut modifier bien des choses quant à la perception de la pièce. Le tempo andante con moto adopté par les deux seules versions discographiques de la pièce donne ce caractère paisible de contemplation amoureuse nonchalante. Mais, en tentant le tempo allegretto tel qu'écrit, on s'aperçoit de l'erreur !  Tout s'éclaire : l'empressement qui en naît préfigure le départ de Licinio - c'est le Parto de Sextus dans la Clemenza, c'est la diligence amoureuse au service de la bravoure, et non plus le galant badinage. On quitte la relative mièvrerie entre la sérénade hypocrite de Don Giovanni et la rêverie creuse de Don Ottavio, on aboutit à un personnage beaucoup plus conforme au seria. Certes, il est traité avec le caractère si continu, si peu conflictuel de la musique de Schubert, et nous n'aboutissons pas à de grands contrastes, ni à une fresque d'un relief particulier - ce qui peut prolonger l'impression initiale de galanterie. Mais ainsi exécutée, la pièce prend sa place pleine et entière de pastiche seria, et non plus du détournement ingénu qu'on pouvait y voir - détournement d'autant plus étonnant que la synthèse de deux textes distincts donnait un résultat très cohérent dans Il traditor deluso, composé exactement au même moment !  Dans un tout autre genre, le troisième du groupe, Il modo di prender moglie, était lui aussi parfaitement crédible en pastiche du morceau de caractère.

On peut aussi noter que le rythme n'est pas si régulier qu'il y peut paraître, avec des brisures du 3+1 en 2+2. Ce peut être pendant des transitions instables :
Métastase incanto da voi cari lumi
ou pendant le petit interlude qui survient à l'issue de l'exposition :
cari lumi Schubert.
Ces raffinements, ces variations infimes créent ces irrégularités qui font échapper à toute monotonie, qui créent le trouble, qui maintiennent l'intérêt pour une pièce en définitive sérieuse. Ou plutôt, pour être plus exact, qui imite plaisamment le seria, sans le détourner vers un autre genre.

L'harmonie mouvante, elle aussi, participe d'un genre plus noble que la ritournelle populaire. Dans l'exemple de la réutilisation des matériaux, on remarquera qu'outre la petite variation mélodique, on a bifurqué en quelques mesures de la tonalité de la bémol à la tonalité lointaine de sol. Redonnons l'illustration :
Metastasio Schubert Réutilisation immédiate des matériaux modulants. Metastasio Schubert.

Pour finir, les ornementations variées lors des reprises, sous forme de diminutions[5], rappellent tout à fait les procédés de l'opera seria. Certes, l'ambiguïté réside dans ce ton dépourvu de tout pathétique, sorte de regard amusé et distancié d'un jeune romantique sur une tradition baroque déjà lointaine, et qui aimait à présenter les pires affres de l'âme humaine sous un jour, plus riant et harmonieux, que le romantisme, qui ouvre un début de voie à la déconstruction du discours musical au profit de l'expressivité - qui occupera largement le vingtième siècle -, perçoit comme étrange, presque pittoresque.
Car c'est plus là, malgré l'harmonie employée, Haendel que Jean-Chrétien Bach qui semble affleurer dans l'esprit presque détaché de la pièce. Non pas que ce soit le cas dans l'esprit de Schubert, mais une grande tendresse, une certaine fascination semble voisiner avec une distanciation, un sentiment d'étrangeté.

Lire la conclusion de l'article (et la partition pour trancher).
L
vendredi 10 novembre 2006
vendredi 10 novembre 2006

Notule Nouvelles requêtes insolites

Tout webmestre qui se respecte s'amuse régulièrement des requêtes inattendues qui aboutissent à son petit empire, et je ne fais pas exception à la règle. Est arrivé aujourd'hui ici même un être plus ou moins vivant, par la requête suivante : "Sol Belle Meuniere". Deux choses l'une. Soit il s'agit d'un admirateur…

mercredi 8 novembre 2006

Notule Bruno MANTOVANI, un premier opéra - L'Autre côté

Sur un livret de François Regnault, d'après Alfred Kubin.

Bruno Mantovani a tenu parole - et ses commanditaires aussi. Voilà bientôt cinq années qu'on attendait ce premier opéra en gestation, malgré la prolixité assez exceptionnelle de ce tout jeune compositeur à peine trentenaire (né en 1974). Ma liste jadis exhaustive de ses partitions publiées doit comporter bien des lacunes deux ans après l'avoir établie...




1. Quel opéra ?

Cet opéra est conforme à ce qu'il avait annoncé. Bruno Mantovani avait, fort sagement à mon sens, répété que l'opéra, pour fonctionner, ne devait pas être le lieu des expérimentations (qui mettent en danger, je crois, l'efficacité finale de l'oeuvre). Il y déploiera donc simplement ce qui est son langage, et c'est ce que l'on constate à l'écoute de la diffusion radio, religieusement reçue ce lundi 6 novembre dernier.

Son langage simplement, mais quel langage ! C'est le meilleur de Bruno Mantovani qui est convoqué dans L'Autre côté, opéra assurément viable, disons-le d'emblée, et que je me précipiterais volontiers pour voir, en salle, à la première occasion.
Son travail a toujours été intéressant, mais particulièrement depuis 2001, l'époque où il s'est véritablement révélé à mes oreilles un très grand compositeur - comme le plus génial de mes contemporains, parmi ceux que je connais à ce jour.




2. Les matériaux à l'oeuvre


Un bref extrait de L'Autre côté.

Cet opéra fait un usage abondant et heureux de mélodrames[1], ou de lignes très récitatives, avec tout de même plusieurs sections lyriques - mais dans la même proportion, pour donner une idée, qu'on aurait dans une tragédie grecque, c'est-à-dire assez minoritaires.
Cette caractéristique, qui place très en avant le texte (très majoritairement compréhensible, contrairement à tant de créations contemporaines aux sauts d'intervalle impossibles et à l'orchestration démesurément disposée), ajoutée au sujet de type fantastique, fait donc furieusement penser à la Juliette de Martinů, autre chef-d'oeuvre.
C'est là une minutie qui n'étonne que médiocrement de la part de Bruno Mantovani, assurément !


Un extrait de la Juliette de Martinů.

L'opéra de Bruno Mantovani fait donc plutôt appel à l'esthétique déployée dans ses dernières pièces, comme Troisième Round[2], les Sette Chiese (2002), Mit Ausdruck (2003, concerto pour clarinette basse et grand orchestre) ou les Six Pièces pour orchestre (2004).
On y retrouve beaucoup de points communs (que vous pouvez vérifier dans l'extrait proposé par mes soins) :

  • la même plasticité dans le propos musical, à chaque instant d'un grand relief, constellé de transitions subtiles fondées sur les parentés de texture. Le discours évolue ainsi, progressivement, sans fin, et de façon tout à fait clairement sensible, presque physique, tactile ;
  • l'usage de percussions boisées qui ont pour effet de donner l'impression, malgré la complexité du propos, d'une pulsation claire - la complication disparaît, la richesse demeure aisée à saisir ;
  • des couleurs pianistiques très spécifiques, utilisant souvent des micro-intervalles avec un grand bonheur, propice aux atmosphères éthérées (de même pour les bois) ;
  • des cuivres volubiles et incisifs, agissant souvent en rafales, qui utilisent le meilleur de la tradition de jeu héritée de Varèse, qui colorent et dynamisent sans cesse le discours.



La suite ici.

Notes

[1] Textes parlés sur musique de scène.

[2] Paru dans son second disque publié, un disque vraiment intéressant, écrasé par l'ombre de cette pièce admirable.

samedi 4 novembre 2006

Notule Les dainas pourraient-ils pousser en sol français ?

Madame de Véhesse nous invite à la découverte des dainas lettons, fleurs de poésie à quatre pétales.

Voilà qui est à ajouter à ma liste de pages en ligne à consulter sur les pays baltes, assurément.




Quant à Gilles, qui y est depuis belle lurette sur les excellents conseils de Philippe, il nous révèle que les Lituaniens sont les premiers ivrognes d'Europe - bien devant les Slovaques, ce que je n'aurais jamais cru[1].
Cependant, beaucoup semblent abstinents. Promesses d'ivrognes, cures de désintoxication, peur des "vrais Lituaniens", ou contraste impressionnant entre les sobres absolus et les trous profonds ? Je ne sais.




J'ajoute, dans la série Les pays baltes et moi, que j'ai pu mettre la main sur un ouvrage tout à fait digne d'intérêt sur la littérature lituanienne :

Littérature lithuanienne, Jean Mauclère, Editions du Sagittaire, collection "Panoramas des littératures contemporaines", Paris 1938.

Bien entendu, l'ouvrage n'échappe pas à plusieurs difficultés :

  • le caractère légèrement hagiographique, la culture lituanienne étant supérieure pour tout un tas de raisons (notamment l'ancienneté, la difficulté et la "pureté" de sa langue) ;
  • l'absence de textes pour étayer la présentation, le but étant de produire une histoire générale, mais le résultat demeurera un peu obscur au grand public ;
  • l'absence de textes traduits commercialisés (surtout en bilingue, ce qui me semble nécessaire, vu le décalage linguistique à la fois important et relatif) dans lesquels le lecteur émoustillé puisse se plonger.

Néanmoins, l'étude présente en elle-même un véritable intérêt, et si vous mettez la main dessus (en bibliothèque, ou chez des bouquinistes), j'en recommande la lecture. La découverte d'un monde est assurée pour les euroblasés !




La suite : Ecrire Lit(h)uanie.

Notes

[1] Qui n'a pas reçu de coup de fil nocturne d'amis slovaques opérant une soirée absinthe ne sait pas ce qu'est l'ivrognerie.