Leitmotive de PELLÉAS – 49 – V : Sibelius et le Dies iræ
Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol
Ce quarante-neuvième épisode inaugure le dernier acte ! On y rencontrera le motif de Mélisande déformé (notamment pour l'évocation de la mort ou de l'enfant), le motif de Pelléas, des retours de la Tour / les cheveux (dont bien un motif ou moi qui surinterprète des concordances trop ténues ?), des accords aux couleurs sibéliennes, des couleurs plus Rimski-Korsakov, et même quelques accords similaires au Sacre du Printemps !
C'est parti.
¶ Pourquoi dis-je que cet acte cinq est faible ? Dramatiquement d'abord : tout est déjà joué, on regarde mourir Mélisande. Et de façon assez conventionnelle, une malade dans son lit qui meurt de rien du tout, vraiment un délire XIXe assez commun (et assez peu trépidant), je vois ça comme un trop cousin de l'érotisation des noyées… Le seul moment vraiment marquant est le viol de toutes les décences par Golaud dont, une fois de plus, l'égoïsme est pleinement à hauteur d'homme, par rapport à toutes ces figures un peu impalpables qui l'entourent. (Donc d'autant plus crédible, d'autant plus accessible à chacun, et d'autant plus terrifiant. Personne ne veut être le Golaud de l'acte V, personne ne peut se penser comme potentiellement le Golaud de l'acte V.)
Et puis l'orchestration, plus de fondu de cordes, même si cela miroite au gré de fragments.
Mais, si je suis honnête, à la lecture de la version piano, je trouve au contraire que l'acte V regorge de choses somptueuses, dont le caractère dramatique morne et l'orchestre plus lisse m'avaient détournées. Au piano, c'est même l'un des actes les plus satisfaisants à jouer, moins de figures étranges, plus de continuité, on a des harmonies extraordinaires plein les doigts.
¶ Je fais aussi un petit retour sur les motifs et l'ordre de composition réel des actes, si vous en voulez une version écrite, allez voir par ici :
http://carnetsol.fr/css/index.php?2025/07/27/3368-les-leitmotive-elusifs-les-formules-purement-musicales-de-pelleas .
¶ Dès le Prélude, donc, le motif de Mélisande, mais dénervé (en notes à valeurs égales), et rabougri (intervalle d'un demi-ton au lieu d'un ton). C'est là aussi qu'on entend le motif de la fontaine calme / des cheveux, en tierces ralenties, qui sonnent très sibéliennes ainsi, et encore plus pour les grands accords de La appoggiaturés (une note est décalée dans l'accord et ne se résout jamais). Le motif de Golaud, aussi, dans un balancement plus ample que d'ordinaire (valeur courte de 1/3 et non 1/4).
¶ Très vite, après « j'ai tué sans raison », les battements de l'Anneau.
¶ Pas mal de trouvailles autour de l'évocation de Mélisande, son motif lorsque Golaud dit « ils s'étaient embrassés comme des petits enfants », suivi de celui de Golaud lui-même, versant menace, dans les basses « et moi, moi tout de suite !… ». Elle est aussi tissée, à un moment, avec le Dies iræ (la Séquence tirée du Requiem).
¶ Le motif de la fontaine est retravaillé (comme rappelé dans la notulette accompagnant l'épisode précédant, les motifs dans Pelléas changent mélodiquement, rythmiquement, harmoniquement, orchestralement… parfois même tronqués) et évolue harmoniquement, en lien avec « le soleil qui se couche », comme des miroitements de lumière sans cesse changeante. Un peu de gamme par tons aussi.
Moment : V, du petit prélude à la fenêtre ouverte sur le soleil couchant.
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Série consacrée à la structure en leitmotive – ou pas ? – de Pelléas & Mélisande de Debussy.
La playlist leitmotive :
https://www.youtube.com/watch?v=6Y7cjhnU96g&list=PLLNKbb6ITxkMB_RGdSw4Jlg8678p7nXAZ&index=2&ab_channel=Carnetssursol
Les notules autour de l'œuvre – les dernières abordent précisément cette question des motifs récurrents : http://carnetsol.fr/css/index.php?Autour-de-pelleas-et-melisande .
Écrit par DavidLeMarrec , dans Les vidéos de Carnets sur sol