Disparition de Carnets sur sol
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (disques), le 13 avril 2025. Version d'origine.

C'est confirmé, mon hébergeur a détruit l'intégralité de la base de données du site.
J'ai à peu près tout en double, mais tout remettre en route et en forme prendra beaucoup de temps. En particulier pour certaines tables dynamiques de la base SQL, générées avec des utilitaires qui ne sont plus en ligne depuis 10 ans, comme l'antispam ou les multicatégories, je ne sais pas comment je refais ça. En attendant je publierai les annexes Wordpress, qui se révèlent salutaires…
Il serait plus simple de reprendre à zéro s'il n'y avait le (bon) référencement et 3000 notules d'archive. Les textes, les images et les sons ne sont pas perdus, mais réinjecter prendra (beaucoup) de temps.
Mon histoire
En réalité, lorsque j'ai débuté avec Free, j'ai bidouillé à la main, l'été où j'ai eu mon bac, un premier site consacré à mes écoutes au disque et en concert. C'était le début de la démocratisation des pages perso, et je faisais un test – je notais beaucoup sur du papier.
Puis j'ai entendu parler des blogues – que je me suis obstiné à appeler, jusqu'à aujourd'hui où ils sont devenu tellement marginaux que plus personne ne comprendrait, « carnets de Toile ». C'était, je crois, sur France Culture, une émission où était invité Daniel Schneidermann, dans mon souvenir… Par curiosité, j'ai regardé ce qui se faisait de mieux – Dotclear et Wordpress étaient assez équivalents à l'époque, avec une communauté francophone plus dynamique sur le premier, et des gens que je connaissais qui en faisaient partie. J'ai donc passé quelques heures à opérer un test technique par curiosité, et à ma grande surprise, alors que la belle arborescence d'un site traditionnelle me paraissait infiniment plus rationnelle, j'ai trouvé la forme diarisée extrêmement stimulante. Carnets sur sol est progressivement devenu ma première zone d'expression.
Au départ donc, utiliser un service gratuit était logique, d'autant que les services payants étaient plutôt chers – et je ne voulais pas de solution intermédiaire, fournie par un propriétaire verrouillé qui pouvait fermer à tout moment, comme TypePad. Pour faire un test, autant m'appuyer sur la prestation gratuite de mon fournisseur d'accès.
Cependant Carnets sur sol a pris une place imprévue dans ma vie – le nombre de rencontres étonnantes et d'accès prestigieux que ça m'a valu, sans que je demande rien ! –, et le site a grandi, a fini par être référencé en quantité d'endroits : sites d'université (à partir de cours de profs), sites d'ensembles musicaux, répertoire numérique de la BNF… si bien que son référencement est devenu assez bon, et qu'une partie de son public, certes moins importante avec l'évolution des supports, arrive via les moteurs de recherche.
À l'acmé de l'ère des carnets de Toile, ce micro-site de niche tournait tout de même à 500 visiteurs uniques par jour en moyenne. (C'est la moitié aujourd'hui, réelle baisse depuis que l'Internet propriétaire des réseaux sociaux a vampirisé toute l'énergie de la Toile.)
Obsolescence
Devant les pannes à répétition de Free, j'ai souvent voulu changer d'adresse, mais je me suis heurté à la perte de temps d'un tel transfert, pour de toute façon déplacer un site dont les spécifications techniques sont déjà obsolètes.
En effet, la version 2 de Dotclear m'imposait d'abandonner mon habillage, c'était beaucoup de temps en perspective pour retrouver quelque chose de similaire. Et je me moquais un peu d'être à la pointe, tant que ça fonctionnait.
Depuis, la directive européenne 2009/136/CE imposait d'inclure une fenêtre flottante pour recueillir le consentement pour les cookies, ce que je n'ai pas su faire.
Puis ce fut le lecteur de sons, un utilitaire libre qui était alors à la point, en flash, depuis totalement abandonné en raison des implications de sécurité – à tel point qu'aucun navigateur ne permet plus de les lire, et que je suis obligé de les remplacer manuellement lorsqu'un lecteur me demande les extraits sur tel article.
Et, à présent, la norme https ; faute de la respecter, certaines configurations, notamment en entreprise, rendent impossible la consultation de CSS.
Surtout, partir, ou même remplacer les liens unitaires de chaque article conduirait à un déférencement, c'est-à-dire à la perspective d'abandonner l'essentiel de la visibilité extérieure des publications, qui n'atteindraient plus que la communauté déjà constituée. Je le vois pour les annexes sur Wordpress, qui n'ont pas du tout les mêmes statistiques et ne sont lus que lorsque je pousse leur publication sur les réseaux.
Tout cela pesé, j'ai donc pris le parti de continuer chez Free, en sachant fort bien que leur fiabilité était mince, et que leur indifférence, contrairement à un hébergement professionnel (que j'étais tout prêt à payer), était absolue en cas de panne. Le seul truchement d'aide qu'on peut avoir est d'aller fouiner sur les Newsgroups, dans les tréfonds de l'Internet parallèle oublié pré-Web-2.0, où les administrateurs donnent les informations, et où une communauté (d'oisifs ?) oriente ponctuellement les utilisateurs déboussolés. Il n'existe pas de support technique.
Depuis quelques années par ailleurs, le service était meilleur, et je m'étais résigné à conserver la vieille adresse operacritiques.free.fr malgré l'acquisition du domaine carnetsol.fr – qui sert simplement de redirection, et que je voulais diffuser avant un éventuel déménagement un jour.
Sauvegarder et restaurer
La justification de l'administrateur : « Nous mettons le maximum en oeuvre pour avoir un bon équilibre entre la performance et la tolérance aux pannes mais ça n'est jamais infaillible. »
(Dis comment tu fais des économies sur la sécurité sans dire que tu fais des économies sur la sécurité.)
Je n'ai pas de sauvegarde très récente – choix personnel, si je dois sauvegarder tous mes enregistrements sonores, tous mes supports, je passerai trop de temps de ma vie à jouer au Fafner qui veut tout garder plutôt qu'à découvrir de nouvelles choses. C'est une voie que j'ai suivie depuis longtemps, à l'époque où il m'a fallu arbitrer entre dupliquer et classer mes disques durs pendant mes journées de loisir, ou à faire d'autres choses plus utiles.
Pour autant, les textes sont en sécurité : ils existent en double soit sur WordPress, soit en html sur mon PC, souvent en copie également sur un serveur, et par ailleurs la Wayback Machine me permet de ne pas avoir à effectuer les réajustements qui arrivent presque toujours, directement dans la fenêtre de publication, entre le fichier html et la notule finalement affichée – encore plus vrai pour les exports depuis WordPress, qui réclament un véritable travail de mise en forme, puisque WordPress utilise, de façon absurde, sa propre variante html. (Là aussi, c'était un test qui a fini par s'étendre, et je me retrouve un peu embêté.)
Ainsi, si aucun texte ne sera perdu, il est probable que j'aie des dizaines de notules à remettre en ligne, et que, comme lors de précédentes restaurations, tous les diacritiques soient corrompus et qu'il faille les réencoder, portion de table par portion de table, dans la base MySQL – un travail très fastidieux où la moindre erreur détruit l'ensemble du site.
Beaucoup de travail, donc, pour des choses déjà diffusées, et alors que bien des projets se bousculent – je manque de temps pour monter les derniers déchiffrages, pour finir les notules-éditoriaux sur les saisons prochaines, l'offre discographique, les enjeux de la formation supérieure pour jeunes chanteurs… Et bien sûr tout le travail de présentation d'œuvres méconnues, l'envie aussi de me plonger dans l'influence du Freischütz sur toute la musique qui a suivi, de Mendelssohn à Tchaïkovski, sur les leitmotive dans l'acte III de La Walkyrie, dans Pelléas ou Arabella…
Je vais sans doute continuer, dans le même esprit, à donner la priorité à la publication du neuf, et étager sur le long terme la restitution des anciennes notules et, peut-être, le changement de logiciel et le déménagement.
Pas de panique à bord, mais de gros travaux assez pénibles et chronophages.
Ma vie
Je devais partir pour mes récurrentes et salutaires marches solitaires, et hésitais déjà à franchir le pas vu la quantité de travail qui m'attend par ailleurs – mon excellent day job, mais aussi un concert à préparer pour le 1er juin ! –, il est possible que cet événement diffère grandement mes projets vacanciers.
En réalité , et j'en suis le premier surpris car nous sommes toujours la première mesure de nous-mêmes, j'ai été bien plus affecté cette semaine par les rapports multiples de crimes contre l'humanité et d'abus sur mineurs que par la chute de CSS… (Mais comme j'ai fait vœu d'en dire le moins possible ici pour ne pas ajouter aux malheurs du monde, vous me lirez seulement me plaindre de l'impermanence du monde SQL.)
Bilan
Au terme d'une douzaine d'heures à tenter toutes les combinaisons en mon pouvoir pour restaurer la base, je me heure toujours au même problème insoluble : même après avoir rétabli les mots de passe (changés par l'hébergeur suite au crash), je semble ne plus avoir les autorisations pour connecter la base de données dynamique aux pages fixes du site.
Je viens d'épuiser toutes les pistes accessibles à mon niveau d'informatique ; les directives que je lis demandent ensuite d'utiliser de multiples utilitaires que je ne maîtrise absolument pas, et le problème semble de toute façon exister très en amont, puisqu'il m'est impossible de me connecter avec ce mot de passe pourtant réinitialisé à certains services directement sur le site de l'hébergeur.
À moins que quelqu'un ne me vienne en aide, je ne pense pas pouvoir débloquer ça après avoir méthodiquement essayé chaque champ des fichiers où pouvaient apparaître ces mots de passe et autorisation. Bidouiller au delà dépasse complètement ma compréhension des choses, et je trouve encore une fois plus intéressant de produire que de récupérer. Dommage tout de même pour les éléments pédagogiques entassés au fil des années. Je le vois pour 1 jour, 1 opéra, reporter du travail déjà existant ne me passionne pas assez pour que j'investisse du temps à remettre en forme ailleurs les peu ou prou 3000 notules du site défunt.
Si jamais quelqu'un souhaite m'aider, voici le problème que je rencontre :



Un petit regret tout de même de l'époque où je codais tout el site moi-même à la main (du simple html en cadres) et où je n'étais pas dépendant de technologies que je ne maîtrise pas. (Je crois cependant que personne ne lirait plus un site de type web 1.0, sans parler du référencement, de l'impossibilité d'accueillir des commentaires…)
En attendant
… Vous pouvez retrouver (ce qui reste de) CSS sur les différentes annexes (concerts, disques, notules, promenades, 1 jour 1 opéra…) et les réseaux : https://linktr.ee/carnetsol .
Et pour les archives, merci Wayback Machine, l'essentiel reste accessible pour l'éternité.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (disques)