Carnets sur sol

samedi 14 décembre 2024

#40 Entendre l'orgue de la plus belle église de Francilie

Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 14 décembre 2024. Version d'origine.

Voilà un moment que je voulais entendre l'orgue de mon église francilienne préférée : Saint-Thibaut-de-Marly – qui a la propriété singulière d'appartenir à la paroisse de Marly tout en étant sise sur le territoire du Pecq.

À l'intérieur, sa flèche se cambre et se torsade (les lates de bois sont posées de façon oblique), si bien qu'on ne peut en voir le bout que de derrière l'autel, tout au fond, comme une promesse d'élévation proprement infinie. À la fois très sobre et extrêmement impressionnant physiquement.

Programme transversal autour de quelques piliers du répertoire d'orgue, pas forcément si souvent joués au demeurant : Bruhns (Prélude en mi mineur), Bach (deux chorals, une Fantaisie & Fugue), Grigny (récit de tierce en taille), Balbastre (variations sur Joseph est bien marié), Messiaen (Dieu parmi nous), une étrange conclusion avec la propre transcription de l'organiste d'Asturias d'Albéniz, et en bis un choral de Brahms (Herrliebster Jesu).

L'organiste, Mélodie Michel, franco-états-unienne, est élève du CNSM et habite Le Pecq depuis son jeune âge – elle connaît bien l'orgue pour s'y être exercée dans ses jeunes années !

Bonheur incroyable que d'être présent dans cette église, par ailleurs remarquablement éclairée le soir, pour l'entendre sonner ; peu de réverbération, mais suffisamment pour ne permettre le fondu attendu dans cette musique – ce n'est pas l'éteignoir de l'auditorium / studio de Radio-France.

La jeune organiste a été adorable et pédagogue, précisant ce qu'il fallait entendre dans chaque pièce avant son exécution ; pour autant, je n'ai pas été très convaincu, les phrasés m'ont paru vraiment carrés, même lorsqu'ils respectaient l'inégalité à la française, sentant davantage l'exactitude que l'abandon.

J'avais lu la nomenclature de l'orgue avant de me déplacer et je n'ai donc pas été surpris : malgré son allure monumentale, séparé en deux parties derrière l'autel, comme rompu par un foudre surnaturel, il s'agit en réalité bel et bien d'un orgue de chœur, aux possibilités limitées. Bien qu'harmonisé en tempérament inégal (mais permettant de jouer à peu près tout le répertoire), le son en est assez standard, rien de très dépaysant à signaler.

Mais moment privilégié et très beau programme, que j'ai eu beaucoup de joie à entendre, merci à elle.

3 roulades

Jacques Saury — 14 décembre 2024

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<p>Cette double conclusion, Albeniz et le <em>bis</em>, Brahms est en effet très curieuse et même incongrue.<br>Comment un tempérament inégal (et lequel ?) peut-il permettre de jouer tout le répertoire ?</p>
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David Le Marrec — 14 décembre 2024

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<p>Bonne question en effet ! À l'origine l'orgue était harmonisé avec un tempérament inégal de Kellner (le compositeur), mais pour élargir le répertoire jouable, il a été repensé, lors du relevage, avec un tempérament Reinhardt 1723. Pourquoi ça permet de jouer à peu près tout le répertoire ? Tout simplement parce qu'il est légèrement inégal, les écarts ne sont pas gigantesques d'une tonalité à l'autre. </p>
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Jacques Saury — 14 décembre 2024

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<p>merci 👍</p>
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