#42 Concerto pour alto (et sans violons) de Schnittke
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 14 décembre 2024. Version d'origine.

Programme très original (et technique) du Philharmonique de Radio-France : on débute par la densité harmonique très intense du funèbre D'un soir triste de Lili Boulanger. On finit par la Troisième Symphonie de Prokofiev, dans une lecture plus mesurée que démesurée – une de ses symphonies que j'aime le plus au disque, mais ce soir en salle, je retrouve l'impression que me laissent la plupart des oeuvres de Prokofiev, comme un affect mêlé et unique, malgré la grande variété des atmosphères et procédés. Peu de chose se produit en moi, c'est ainsi. (C'est un peu mieux avec le programme et la tension vocale, lorsque ces mêmes thèmes sont employés dans L'Ange de Feu, d'où la symphonie est en partie tirée.)

La grande expérience résidait donc dans le Concerto pour alto de Schnittke, une expérience sonore proprement inouïe, avec des alliages jamais entendus ailleurs.
On se prend sans cesse à chercher d'où proviennent ces sons nouveaux, sorte de fond d'orgue (en réalité quelques cordes qui reprennent en décalé les notes émises à l'alto, sur des nuances infimes), ces alliages étonnants (il est donc possible de faire jouer une section de trombones pppp), des timbres inédits (la contrebasse solo suraiguë qui émet un son de bois soufflé), ou encore la section de cuivres qui imite à la perfection un immense glas !
Antoine Tamestit y est comme toujours impressionnant de beauté sonore, d'engagement total, dans un répertoire toujours hardi. (Il est même contraint de se réaccorder en vitesse pendant un tutti d'orchestre, je n'avais jamais vu ça !)
On est fasciné par tout ce qui se passe, au sein d'une atmosphère comme suspendue, où le temps ne semble plus avoir de pertinence, où chaque détail apparaît et miroite successivement, comme hors du monde. Énorme impression ; l'œuvre, déjà très belle au disque, gagne très significativement à être entendue en salle !

Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (concerts)