Carnets sur sol

samedi 14 décembre 2024

Anniversaire Christie

Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 14 décembre 2024. Version d'origine.

Ces jours-ci, trois salles francilienne et un label célèbrent en grande pompe le quatre-vingtième anniversaire de William Christie.

Et cela me pose un problème.

Je commence par vous montrer la façon dont cela est formulé.



1. Les salles & le label

À la Philharmonie de Paris, on lui souhaite son anniversaire.

Dans le programme de salle, Olivier Mantei, le directeur de la maison, énonce un éloge très bien calibré, centré sur le collectif, n'insistant pas particulièrement sur le chef – une démarche je salue, au sein de cette notule où je vais surtout me récrier.



À l'Opéra Royal de Versailles, même titre, mais assorti d'une notice hagiographique, vantant son merveilleux caractère : personnalité flamboyante. Certes, quand on connaît la personnalité du patron de Château de Versailles Spectacles, on n'est pas fondamentalement surpris de ce choix éditorial.



À l'Opéra-Comique, Les Feſtes d'Hébé de Rameau sont données lors d'une série qui comprend la date de son anniversaire… et là, attention, il faudra montrer son respect : dress code chic et même, sur la page de réservation, tenue de fête exigée.

La formulation de la présentation, régénérer l'amour et stimuler la jeunesse, me laisse particulièrement perplexe sur le choix des mots.



Pour finir, Harmonia Mundi propose un récital chambriste l'appelant par son diminutif et proposant, en illustration, un gros plan soulignant le regard directement tourné vers les Muses, pour ne pas dire le Paradis où ses interprétations nous plongent.



2. L'œuvre de l'homme

Les salles, le label font une gentille communication pour un vieil homme qui a beaucoup œuvré pour le répertoire baroque, qui fait déplacer un public plus nombreux que la plupart des autres chefs d'ensemble, on lui souhaite son anniversaire avec quelques mots gens, c'est vraiment ce que la musique peut faire de mieux, abolir les distances entre les hommes, permettre l'empathie par-delà les générations et les statuts, favoriser une communion générale entre musiciens de haut niveau et public bienveillant. Qu'y a-t-il à redire à cela ?

Ce que j'ai à redire, c'est que l'on sait.

Et si moi, un pauvre mélomane du rang, je sais, qu'on ne me fasse pas croire que les salles et le label ne savent pas.

Chaque musicien qui s'exprime sur Christie souligne, dans des termes diversement diplomatiques, sa grande dureté humaine. Et au delà. Ces choses-là sont publiques, depuis des années.

https://www.theartsdesk.com/classical-music/interview-william-christie

Par exemple cet article de Libération de 2003 (!) qui rapporte (vu par le journaliste, pas un bruit de couloir) que Christie embrasse ses musiciens sur la bouche avant de commencer une répétition – je veux bien qu'ils soient tous amis et consentants, mais mis en parallèle avec la violence de ses relations de travail, voilà qui ne met pas à l'aise.

https://www.liberation.fr/portrait/2003/03/27/bien-baroque_459748/

Autres types de témoignages, recueillis dans un journal vendéen (tenu par des journalistes, pas juste un fanzine) qui s'intéressait en 2021 à la résidence artistique de Christie, et où des artistes s'expriment à visage découvert.

Pour ce dernier point, Hugo Reyne a depuis donné des détails publics (notamment sur sa page Facebook), ce qui a entraîné des débats avec d'autres anciens membres du milieu baroque français, d'accord ou pas d'accord entre eux, mais qui concordent globalement sur la dureté de Christie dans les rapports humains. La plainte d'Hugo Reyne n'a pas été instruite car les faits étaient prescrits en 2020.

Ainsi Christopher Bayton, l'ancien délégué général des Arts Florissants, cité dans l'article et très en colère contre Hugo Reyne, tout en défendant absolument Christie, évoque l'atmosphère de travail. [La conversation est publique mais éprouvante à lire, les échanges sont très violents.]

Évidemment, des personnes qui ont fréquenté les Arts Flo m'ont raconté d'autres colères ou humiliations auxquelles elles ont assisté, auxquelles je crois parce que je fais confiance à ces personnes, mais que je n'ai aucun moyen de vérifier concrètement – et dont je n'ai certainement pas un souvenir assez précis pour les relayer ! Le milieu (que je ne fréquente pas assidument mais croise quelquefois) bruisse aussi d'accusations plus graves, que je n'ai, pour le coup, aucun moyen de vérifier. Tout cela pour dire que ce ne sont pas des articles qui apparaissent comme une surprise ou comme une cabale : Christie est connu pour être désagréable – le mot « odieux » revient souvent dans les articles ou les récits oraux.



3. La conduite des programmateurs

Où veux-je en venir ?

Je sais l'importance d'un chef, la façon dont il peut transfigurer un collectif de musiciens, la part qu'il a, surtout dans ces ensembles constitués d'intermittents, dans le choix du répertoire. Christie, même s'il ronronne depuis une bonne quinzaine d'années, ressassant toujours les mêmes œuvres qu'il a exhumées depuis des décennies, a eu une part éminente dans la redécouverte du répertoire baroque, en particulier français. Certains enregistrements ont vieilli, mais l'ensemble a longtemps été (c'est moins le cas désormais) à la pointe de la musicologie, a formé des générations de musiciens et surtout de chanteurs aguerris à la juste déclamation – vous pouvez regarder les meilleurs chanteurs baroques, ils ont pour la grande majorité débuté avec les Arts Flo avant de partir (pour des raisons que l'on comprend en lisant la presse) vers d'autres ensembles. À une époque, une spécialiste de la déclamation XVIIe formait les chanteurs, et le résultat s'entendait. (Prenez des vedettes comme Véronique Gens ou Stéphanie d'Oustrac.) La classe de Rachel Yakar était même une institution où l'on formait les chanteurs qui entraient dans le réseau des Arts Flo.
À plus petite échelle, depuis une vingtaine d'années, le Jardin des Voix poursuit cet esprit de donner toutes les armes stylistiques aux meilleurs talents de leur génération (de Mauillon à Yoncheva !).

Tout cela, il ne s'agit pas de le nier. Je ne réclame pas non plus l'exclusion de William Christie, aucune décision de justice n'a été prise contre lui – même si, à titre personnel, je pense qu'un chef qui ne respecte pas humainement ses collaborateurs n'a pas de raison d'être toléré, fût-il performant professionnellement. Et je ne demande certainement pas la dissolution ou l'éviction de ce formidable ensemble que sont Les Arts Florissants – dont les musiciens ont eu le courage d'endurer le comportement du patron pendant des années !

En revanche – et c'est là que ce situe mon inconfort –, les salles, qui savent tout cela, et sans doute bien plus que moi, pauvre mélomane qui ne vois que l'endroit du décor, ont une responsabilité dans leur communication.

Est-il vraiment nécessaire de promouvoir la personnalité d'un chef dont on sait très bien que les méthodes ne sont pas correctes ? C'est aussi le 45e anniversaire des Arts Florissants ; ne pouvait-on pas vendre des places de concert sans insister sur le nom d'une personne dont on sait qu'elle abuse de son pouvoir ? Étant-on obligé de le présenter comme un généreux « stimulateur de la jeunesse » ? D'afficher son portrait géant, doux et aimant sur des disques ? C'est récompenser la méchanceté (dans le meilleur des cas) et surtout lui donner davantage d'influence, empêcher ceux qui souffrent de ses agissements de parler. Parce qu'il devient une icône, un objet saint.

Ce faisant, Mesdames les salles, non seulement vous fermez les yeux sur les abus qui ont lieu, je suppose, dans vos murs (j'imagine qu'il ne se comporte pas différemment lorsqu'il est en répétition à la Philharmonie…), mais de surcroît vous contribuez à renforcer la possibilité de ces abus et l'impossibilité pour les victimes de se défendre. Alors que vous savez.

Le pire dans tout cela, parce qu'on connaît un peu la communication des salles, c'est que je devine que ce choix n'est pas une prise de position pour la présomption d'innocence étendue hors des tribunaux ou la primauté de l'Art, seule valeur d'importance en ce bas-monde – je sais cela dit que ces visions seront défendue par une partie des mélomanes. Non, cette communication, c'est le choix de la flemme. Mettre le nom d'une vedette, ça fait vendre tout de suite des billets, hop, salle pleine, on peut s'occuper des autres concerts, et ça fait du bien aux finances.

Cela m'attriste, je l'admets.



4. Et moi

Quant à moi, je n'ai pas le pouvoir de nous débarrasser des chefs toxiques. On a dû attendre la maladie pour écarter Barenboim qui, de même, était depuis longtemps connu comme un infâme tyran dont la prétention excédait de beaucoup son empathie et son talent.

Mais je n'aime pas être le témoin passif de ces choses ; en tant qu'humain, on est témoin de choses, on ne peut pas faire semblant que rien ne se passe, acheter sa place, faire un compte-rendu élogieux, et se dire que ce n'est pas de notre ressort. Ou plutôt, on peut, mais on ne devrait pas. (Ou du moins, parce que je n'entends dicter sa conduite à personne, j'estime que je ne devrais pas.)

J'ai donc pensé, depuis des années, au plus évident, le boycott. Mais boycotter seul des salles pleines, à part me priver moi de beaux concerts potentiels (les fois où ça ne ronronne pas dans le même répertoire, parce que ce n'est quand même plus tout à fait l'ensemble à la pointe du répertoire et de la musicologie, même si le niveau technique des musiciens y est vertigineux), cela ne produirait que peu d'effet. Et ne parlons pas de ne plus écouter des disques en flux ou que je possède déjà. Effet nul, sauf possiblement sur moi.

Je me suis donc rabattu sur la seule chose que je pouvais faire : parler. Donner la possibilité à chaque mélomane de savoir ce qu'il en est, et de pouvoir ensuite décider lui-même s'il veut quand même aller au concert, hurler son admiration sur les réseaux. Chacun est ensuite libre, mais comme cela, on ne se laisse pas abuser par la communication des salles et des maisons de disques. Et, potentiellement, on diminue le caractère intouchable de la figure et préparons le terrain de l'écoute pour le jour où certains diront ouvertement ça suffit.

Je ne puis faire mieux que cela, à mon échelle microscopique, mais c'est le vœu que j'ai fait. Je m'y suis tenu depuis quelques années, et la publicité éhontée de la Philharmonie, de l'Opéra Royal, de l'Opéra-Comique et d'Harmonia Mundi à l'occasion de cet anniversaire ont constitué le supplément urticant qui m'a conduit à passer à l'écrit. Foin des ragots, des bruits de couloir : rien que des choses on the record, par des artistes et compagnons de route qui s'expriment en leur nom propre, et qui convergent pour dresser un portrait qui me fait penser qu'on ne devrait pas ériger des statues à Christie (et à pas mal d'autres). Ces articles étaient noyés dans un flot hagiographique qui rend difficile de les retrouver, j'ai fait le travail pour quiconque veut lire, ainsi chacun sait et peut agir selon sa propre ligne de conduite.

D'une manière générale, de toute façon, je pense qu'il est imprudent de mettre son admiration au service de gens dont on ne connaît qu'un fragment : on peut louer une réalisation (tel disque, tel concert) sans louer aveuglément la personne qui les met en œuvre, et qui ne le mérite pas. Pis, votre admiration pourrait constituer une immunité pour maltraiter son entourage.

J'ai conscience qu'on n'a pas envie d'y penser lorsqu'on s'immerge dans la musique, et croyez bien que l'expérience m'a appris à ne surtout pas chercher (si j'avais pu ne jamais savoir pour Robert King…), mais enfin, lorsqu'on cherche en plus à nous les maquiller comme des prix de vertu, il y a un moment où la vilenie est du côté de la communication autant que des faits.

Et c'est pour cela que j'ai senti comme important de prendre de mon temps pour que le public ne soit pas abusé par une communication délibérément trompeuse de la part de ceux qui vivent de la promotion du produit Christie.

17 roulades

Charles Teissier — 15 décembre 2024

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Personnellement je n'ai jamais été <em>fan</em> de qui que ce soit, mais je refuse symétriquement de condamner qui que ce soir <em>en bloc</em>... Parce que des Christie (et a fortiori des Roth), il y en a sans doute eu beaucoup parmi ceux dont je ne voudrais pas me passer aujourd'hui...
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Cela dit je comprends et partage pleinement ton point de vue (j'ai essayé de <em>liker</em> ton article, mais j'ai l'impression que tout est fait pour me dissuader... Je vais retenter quand même...)
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David Le Marrec — 15 décembre 2024

Tu auras vu que je ne condamne certainement pas en bloc. D'ailleurs j'ai écarté des articles (notamment un portrait du Guardian) à charge que je trouvais médiocre, qui se contentaient de relever des détails, de faire des sous-entendus (parfois homophobes d'ailleurs)… Le but n'est pas d'amasser tout ce que je peux, mais vraiment de donner une image plus précise du personnage que le communication des vendeurs de musique veut nous faire imaginer.

Une fois qu'on sait, chacun peut agir comme il l'entend, il n'y a pas de règle universelle en la matière. Mais c'est important de savoir, et de ne pas être abusé par les articles sur le « personnage flamboyant » (dixit France Musique aujourd'hui…) qui cherchent surtout à vendre la soupe.

(Tu as bel et bien réussi à liker ! Bravo, &amp; merci surtout.)

Charles Teissier — 15 décembre 2024

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<p>Tout à fait ! J'ai écrit ce commentaire un peu rapidement, mais je voulais surtout exprimer mon accord avec ton antépénultième paragraphe : j'ai toujours trouvé aberrant et pernicieux l'amour inconditionnel des fans pour leurs idoles (à tous les niveaux et dans tous les domaines, des élèves populaires dans les collèges jusqu'à Taylor Swift, sans même parler des politiciens présents et passés...), tout comme la haine et le rejet aussi inconditionnels pour des personnages jugés "mauvais" — les uns comme les autres servant d'exutoires à de drôles de sentiments extrêmes envers des inconnus, que beaucoup semblent avoir besoin d'éprouver...</p>
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<p>Et il me semble qu'aujourd'hui, l'opinion publique est singulièrement portée et encouragée à condamner intégralement des personnes pour des comportement jugés inappropriés ou toxiques — ce qui peut être parfaitement justifié dans certains cas, beaucoup plus discutable dans d'autres (j'ai tendance à revenir souvent à celui de François-Xavier Roth car il me semble emblématique, celui de Christie étant bien sûr très différent) ; inversement, certaines "stars" sont aimées et respectées absolument comme des sorte de saint(e)s, comme si ces être humains-là ne comportaient aucune zone d'ombre (et je ne parle même pas de ceux chez qui les pires tares et avanies se transforment en vertus supra-humaines, car il y a ça aussi)...</p>
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<p>Je sais que la fameuse "séparation de l'homme et de l'artiste" est une question plus brûlante que jamais, que nombreux sont ceux et celles qui ne veulent même plus en entendre parler... Je suis confus d'admettre que ça ne peut pas être mon cas, ne serait-ce que par honnêteté vis-à-vis de moi-même : il se trouve (malheureusement) que trois des compositeurs qui me sont le plus chers (peut-être même <em>les Trois</em>) furent respectivement un type imbuvable, un égocentrique hautement toxique et une infâme crapule proto-nazie, et je n'ose même pas imaginer les mœurs de certains de ceux que j'écoute en ce moment...</p>
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<p>Je sais aussi que c'est un problème insoluble, car s'il est clair que les gens qui pourrissent la vie de leur entourage (même restreint) <em>devraient</em> être mis hors d'état de nuire, cela doit-il, peut-il même passer par une neutralisation et une mise au rencard totale de tout ce qu'ils sont et font ? Si ç'avait été le cas pour ceux que j'ai évoqués, leur musique n'existerait pas — même chose évidemment pour nombre d'écrivains, peintres, cinéastes etc. —, on sait bien cela, et le problème semble donc venir de ce que les œuvres d'art sont produites par des humains : faudrait-il faire table rase du passé, et déléguer désormais tout le domaine artistique (et pas seulement lui d'ailleurs) à l'I.A. ? Parce que si l'on veut ne donner leur chance qu'à des individus sans tache, on risque fort de faire chou blanc (et en attendant, les idoles d'aujourd'hui risquent toujours de devenir les repoussoirs de demain, une fois le doigt mis et les projecteurs braqués sur un nouveau genre de saloperie — dans une sorte de tuilage sans fin plutôt désespérant et légèrement dérisoire, génération après génération)...</p>
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Charles Teissier — 15 décembre 2024

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<p>(J'ai conscience d'être parti assez loin de Christie, mais en l'occurrence je suis frappé de la différence de traitement entre lui et certains autres – Roth bien sûr, mais aussi dans d'autres domaines –, en regard de ce dont ils se sont respectivement rendus coupables...)</p>
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David Le Marrec — 15 décembre 2024

Je pense que c'est à la fois très humain et très dangereux – du moins pour l'adoration, parce que l'exécration se justifie en bien des instances, pour des gens dotés de talent et/ou de pouvoir, et pour qui l'on a bien trop d'indulgence.

Je ne dirais pas condamner intégralement (et ce n'est d'ailleurs pas ce que j'ai fait ici), mais plutôt établir une hiérarchie dans les aspects d'une personnalité : pour ma part, j'estime que quelqu'un qui n'a pas les qualités humaines élémentaires à la vie en société peut être écarté à bon droit des postes de pouvoir. Il ne s'agit pas de juger moralement les personnalités, ni même de les empêcher de travailler ; simplement, lorsqu'ils occupent des postes de pouvoir et en abusent, de leur retirer cette facilité à jouer de l'emprise.

C'est effectivement dommage pour Roth qui, en l'état de ce que l'on sait, n'était pas le plus prioritaire à écarter (et qui pour nous, mélomanes, avait une place singulière en matière de propositions originales)… mais il a mal agi et il n'est pas injuste que ses subordonnés soient protégés de ses mauvais comportements. A fortiori en travaillant dans un ensemble d'intermittents, totalement dépendants dans sa volonté « artistique » (donc inattaquable), ils étaient sans protection. Je trouve ça bien qu'on ne laisse pas passer, même s'il n'était clairement pas le plus toxique du panier.

Hélas, des chefs comme Christie font tellement peur que, même après sa mort, ça ne parlera probablement pas tout de suite. (Et puis tout le monde veut conserver un peu de la lumière de l'avoir approché, je pressens qu'on se disputera plutôt la filiation pour des raisons de surface professionnelle.)

La séparation de l'homme de l'artiste est un peu une arnaque morale, qui sert beaucoup aux méchants… Ensuite, évidemment, chacun d'entre nous le pondère comme il le veut – pour ma part, j'écoute quand même les disques des Arts Flo, je continue d'écrire que Roth est un grand chef, mais cela ne les exonère en rien de suivre les règles communes de la vie en société. On peut séparer la production musicale de l'homme qui la produit (heureusement), mais l'artiste n'excuse certainement pas l'homme. En tout cas, en tant que public, je m'en voudrais que mon loisir serve d'alibi pour entretenir des violences sur des musiciens. Je le vois plus comme une question qui concerne ma responsabilité personnelle que comme un désir de purification, ou de tenir le compte de toutes les fautes morales des hommes publics pour ensuite les empêcher d'exercer.

Pour dire toute la vérité, j'ai vraiment hésité à écrire, puis publier cette notule, parce que je voulais être sûr de la raison pour laquelle je le faisais : si c'est juste pour gâcher le plaisir des autres mélomanes, ou sentir la puissance d'écorner l'image d'un homme public, ce ne sont pas de bonnes raisons. Ma question était donc : est-ce que cela peut aider ? Probablement pas, mais mon espoir est que la connaissance de ceci, et éventuellement l'interpellation des salles (je l'ai fait, et je recommencerai, il suffit que d'autres s'y mettent et on connaît leur frilosité, un effet est possible), évite cette communication déplacée, et accentue si possible le regard des institutions sur les abus commis en leur sein – je doute que Christie soit aimable avec ses musiciens juste quand il répète à la Philharmonie ou au Comique ou à l'Opéra Royal ou pour Harmonia Mundi. Si les salles sont conscientes que le public y est attentif, il y aura peut-être une pression mise sur le déroulement des répétitions, par exemple. Très hypothétique, mais je me dis que je contribue.
Autre avantage, comme je ne suis pas concerné par ces histoires (membre d'aucun ensemble baroque, jamais rencontré Christie…), ma parole est tout à fait désintéressée. (Le seul truc que j'aie à gagner, ce sont les éventuelles insultes et menaces des amis du chef. Rien à signaler pour l'instant de ce côté.)

On est bien d'accord que le préalable à la production artistique ne peut pas être la perfection du caractère – cela dit, cela nous permettrait d'entendre davantage de Busatto, je ne sais pas si je m'en plaindrais –, et que ces notions étant relatives, il faut être bien vigilant à ne pas mélanger la morale à la mode et le droit d'exercer une activité professionnelle. Mais il existe tout de même toute une frange de comportements dont tout le monde voit bien qu'il est excessif – je ne crois pas que grand'monde ait défendu que Weinstein devait absolument continuer à auditionner des jeunes femmes parce qu'après tout ce n'est pas à nous de décider qui peut exercer un métier.
De même, mettre à l'index des compositeurs morts (surtout si c'est depuis longtemps et que toutes leurs victimes potentielles sont elles aussi passées dans l'autre monde) ne me paraît pas avoir grand intérêt, vu que leur pouvoir de nuisance est devenu nul. Je ne suis cela dit pas trop partisan de les célébrer, car collectivement nous validons, pour de futurs abuseurs, l'idée qu'ils seront adulés de toute éternité, et qu'enfreindre la loi terrestre n'est pas si grave puisqu'ils seront récompensés par la suite.

Pour ma part, oui, je pense que le monde aurait probablement été meilleur si Wagner, par exemple, n'avait pas existé, et que je serais tout à fait prêt à me passer de ce qu'il a apporté – vu à quel point il est central dans ma pratique musicale, je ne le dis pas à la légère ! – si ça avait pu éviter le mal qu'il a fait de son vivant. D'une manière générale, je pense qu'on met allègrement le talent au-dessus de la bonté, et que c'est une erreur de civilisation terrible (qui ne date pas d'hier). Mais on est dans des positions d'une part purement personnelles, d'autre part tout à fait illusoires, puisque censurer les morts ne peut pas changer leurs actions.

De toute façon, je n'entre pas dans cette considération-là, et je ne demande pas la mise à l'index de Christie – je la souhaite à titre personnel, parce qu'on voit bien qu'il ne souhaite pas changer –, je mets simplement l'information à la disposition de chacun, vu que la presse a très parcimonieusement documenté cet aspect des Arts Flo. Chacun ensuite est libre de ne rien en faire, d'éviter de louanger la personne, de relayer ces critiques, d'écrire aux salles, de monter une association, de lancer une enquête journalistique… je n'aurai garde de dire aux autres ce qu'ils sont supposés faire.

Charles Teissier — 15 décembre 2024

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<p><em>De même, mettre à l’index des compositeurs morts (surtout si c’est depuis longtemps et que toutes leurs victimes potentielles sont elles aussi passées dans l’autre monde) ne me paraît pas avoir grand intérêt, vu que leur pouvoir de nuisance est devenu nul.</em></p>
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<p>Oui bien sûr : je voulais dire que s'ils avaient été mis à l'index de leur vivant, leur musique n'aurait jamais été connue ni peut-être même existé...</p>
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<p>D'où :</p>
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<p><em>Pour ma part, oui, je pense que le monde aurait probablement été meilleur si Wagner, par exemple, n’avait pas existé, et que je serais tout à fait prêt à me passer de ce qu’il a apporté – vu à quel point il est central dans ma pratique musicale, je ne le dis pas à la légère ! – si ça avait pu éviter le mal qu’il a fait de son vivant</em>.</p>
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<p>Si tu penses par exemple que le nazisme n'aurait pas existé sans Wagner (ce qui me semble tout de même douteux, mais vu son importance extrême dans l'imaginaire allemand et européen des années 1880-1930, on peut effectivement se poser la question...), je suis bien sûr d'accord avec toi ; autrement, non, j'ai tendance à penser que la musique de Wagner représente un bien plus grand et pérenne que le mal qu'il peut avoir fait de son vivant... Mais j'ai peut-être tort.</p>
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David Le Marrec — 16 décembre 2024

(Si jamais tu reçois des notifications de suppression : deux doubles de ton premier commentaire d'hier sont apparus ce soir, je les ai retirés.)

S'ils avaient été mis à l'index de leur vivant, nous n'aurions jamais su ce qu'ils n'ont pas composé, par définition. La potentialité de compositions géniales ne peut pas être une excuse pour des comportements antisociaux ! (Par ailleurs, autant si Mozart, Beethoven, Schubert ou Lekeu avaient pu être prolongés, l'humanité aurait indiscutablement gagné quelque chose de substantiel, autant pour les interprètes, personne n'est irremplaçable, on trouvera toujours un chef pour jouer du LULLY et du Rameau. Les hommes ne sont indispensables que tant qu'on n'a pas eu besoin de les remplacer…)

Non, je ne pensais pas au nazisme, dans lequel Wagner n'a vraiment rien à voir – il a des marottes communes avec les crottes brunes, mais je ne crois pas que la généalogie du mouvement nous mène là. (C'est sans nul doute très documenté, je ne suis pas assez passionné par la question pour être allé chercher.) Je pensais simplement au fait qu'il a trahi tous ses amis, cocufié ses bienfaiteurs, propagé des idées haineuses dans ses pamphlets… (Et là aussi, si génial soit-il, si la musique ne l'avait pas eu, elle aurait sans doute laissé place à d'autres idées et aurait tout de même évolué. On ne peut pas penser Richard Strauss sans Wagner, et peut-être pas Schönberg non plus, mais on peut penser Rimsky, une partie de Debussy, Stravinski sans lui. D'autres courants auraient très possiblement incarné l'avant-garde, sous une autre forme.)

La rhétorique du caractère indispensable protège ceux qui ont du pouvoir et en abusent, je ne vois pas pourquoi il faudrait faire des exceptions.

En réalité, l'inconfort procède surtout de la difficulté 1) d'être d'accord sur les limites 2) concernant les infractions pénales, de recueillir des éléments suffisants. Le but n'est pas de décider la carrière de chaque artiste parce qu'on n'est pas d'accord avec ce qu'il a voté, par exemple. Mais lorsque suffisamment d'éléments sont attestés, c'est un métier de relations publiques, si un chef se fait éjecter parce que c'est un goujat, ça fait partie du jeu.

De toute façon, en ce qui me concerne, si j'ai réagi, c'est que l'impunité + l'éloge de ses incroyables qualités, ça faisait beaucoup et méritait, au minimum d'être remis en perspective. (Je ne peux pas faire plus que ça et je n'ai de toute façon pas la matière ni les moyens de faire mieux.)

Jacques Saury — 16 décembre 2024

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<p>Mon Cher David, on ne va tout de même pas faire un parallèle entre un Wagner et un Christie. <br>Pour Wagner, son héritage fut à juste titre récupéré par les nazis : les hommes et les idées sont dans une même lignée.<br><br>Je ne peux strictement rien dire des agissements privés de Christie.<br>En revanche, crois-moi sur parole, les Arts Flo ayant été en résidence en Aquitaine quelques saisons à la fin des années 80, je confirme son exécrable éducation, son comportement hautain et méprisant vis-à-vis de celui qui l'invitait (moi) ; mépris allant jusqu'à ne rendre ni mon salut ni mon regard à son arrivée. Et quelques "petites" autres choses par la suite. Pas étonnamment du tout, son administration était exactement sur la même longueur d'ondes : d'odieux petits péteux. Quand j'eus piqué ma quinte contre la seconde, je m'attaquai au premier d'une toute autre manière, car il finit par bien devoir me parler. Quand il se fût aperçu que je savais MOI aussi de quoi je parlais et que, malgré notre différence d'âge, je ne me laisserais pas (plus ?) intimider, le ton changea légèrement jusqu'à devenir presque courtois. Correct est plus juste.<br>Après leur départ d'Aquitaine je décidai de ne plus leur faire l'honneur de ma présence à aucun de leurs concerts.<br>Jusqu'au mois de juillet dernier à l'abbaye de l'Escaladieu où ils donnèrent un concert alimentaire. Heureusement qu'il y avait un superbe contre-ténor dont j'ai oublié le nom.</p>
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Hugo REYNE — 16 décembre 2024

Bravo pour votre article !Et merci pour vos propos.En ce qui concerne le viol que j’ai subi de la part de WC en novembre 1985 en Vendée, celui-ci était bien prémédité par ce monstre, je ne l’ai réalisé que bien plus tard. Le journaliste du Canard vendéen a malheureusement un peu déformé mes propos : je n’ai pas été invité par WC a « passer la nuit chez lui ». Je suis monté dans sa voiture car nous devions tous nous retrouver chez lui pour prendre un verre entre musiciens, ce qui se fait souvent après un concert.Malheureusement arrivés chez lui nous n’étions que tous les deux. Comme il était tard il m’a proposé de rester et de dormir sur un matelas au milieu du salon (donc pas une chambre, pas de porte, pas de clef…) ce qui lui a permis de me sauter dessus le lendemain matin, alors que je pensais qu’il venait me dire bonjour ou me proposer du thé ou du café…Il a retenté de me coincer un peu plus tard lors d’une répétition chez lui à Paris (81 av. Victor Hugo dans le 16ème) mais là j’ai pu m’échapper et prendre le métro…Il y aurait tant à dire aussi sur les humiliations publiques qu’il a fait subir à tant d’artistes, les abus de pouvoir, les violences sexuelles…Mais les gens ont peur de parler, de perdre leur travail.., C’est ainsi qu’il tient de jeunes musiciens talentueux (qu’il n’a pas formé, mais qu’il essaie de faire croire qu’il a formé…).Moi j’ai donc osé déposer plainte en 2020 et bien qu’elle soit prescrite (35 ans après les faits) il a été convoqué par le procureur local, ce qui était une première victoire pour moi.Bien sûr il a nié tout problème, mais relisez bien sa réponse dans l’article vendéen, il y reconnaît implicitement les faits et parle de « son activité sexuel »…Après cela il a porté plainte contre moi pour harcèlement sur les réseaux sociaux, plainte finalement classée mais assortie d’une lourde peine de prison et d’une amende très conséquente si je recommençais à m’exprimer à son sujet.Voyez donc la méthode utilisée pour faire taire ses victimes si le syndrome de Stockholm venait à ne plus fonctionner.Bref, ce type est une ordure et on lui fête gentiment son anniversaire… Honte effectivement à la Philharmonie de Paris, à l’Opéra Comique &#8211; Page officielle, et à Château de Versailles Spectacles !
Mais il ne me fera pas taire ! Ils ne nous feront pas taire !
Bien à vous,Hugo Reyne

arnaudcdlc — 16 décembre 2024

Wagner et Christie…aïe…ça n’a pas grand-chose à voir, sans pour l’aspect antipathique, peut-être.
L’anti sémitisme de Wagner ? Mais, tout le monde, peu ou prou, l’était. Son nazisme ? Comment être ce qui n’existait pas encore ?
Quant à Christie, j ai écouté un nombre incalculable de choses par lui, certaines encore tout à fait valables, même si j’ai été rapidement persuadé que l’occupation du terrain cachet une soif de pouvoir,comme énormément d’artistes le font, tel Boulez. Donc, Boul et Bill…
Mais : Kossenko, Roth, Pernod, Gardiner, etc. Le pouvoir du chef, du pédagogue,…
Ce n’est pas tant que le pouvoir corrompt les esprits, mais que les esprits corrompus qui désirent le pouvoir…(Pierre Desproges)

arnaudcdlc — 16 décembre 2024

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<p>Ça fait un peu plus longtemps qu’il sévit, le cowboy…</p>
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Charles Teissier — 17 décembre 2024

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<p>À plus forte raison, oui.</p>
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arnaudcdlc — 16 décembre 2024

Le correcteur automatique me nantit de fautes que je ne ferais pas…

David Le Marrec — 18 décembre 2024

Cher Jacques,

Merci beaucoup pour cette anecdote édifiante. Pas très surprenante, considérant ce que l'on entend partout vis-à-vis de ses équipes, mais révélatrice de ce qu'il ne s'agit pas seulement de méthodes de travail dures, dans le but d'obtenir le meilleur de ses équipes, comme on le lit quelquefois… Manque d'éducation et manque d'empathie assez problématiques, si l'on fait converger toutes les anecdotes, même en laissant de côté celles qu'on ne peut pas vérifier.

David Le Marrec — 18 décembre 2024

Bienvenue Arnaud !

En effet, peu de lien entre Wagner et Christie, à part tout de même (je pense que c'est pour ça que l'horrible Richard est entré dans la danse) la toxicité de leur personnalité et, simultanément, l'idolâtrie dont ils font l'objet . Mais il est vrai que, pour Wagner, personne ne songe à louer une « personnalité flamboyante » ou la « complicité exceptionnelle avec ses musiciens ».

Le fait qu'il ait beaucoup enregistré tient tout simplement à l'adossement à des labels alors très actifs, on ne peut faire grief à un ensemble d'enregistrer des disques, surtout qu'il s'agissait, pendant une quinzaine d'années, de documenter des inédits, ou de graver à nouveau des œuvres où des interprétations informées manquaient.

Boulez est un cas un peu différent : goût du pouvoir, indubitablement, mais j'ai toujours lu et entendu qu'il était d'une grande correction avec ses orchestres, ou ses élèves…

Je fais quand même aussi l'hypothèse inverse : oui, bien sûr, vouloir le pouvoir et faire les efforts pour le conserver, cela filtre un certain nombre de profils tranquilles, de gens cordiaux et pas spécialement ambitieux, qui ne sont pas prêt à l'effort supplémentaire, à la courbette ou à la vilenie qui permet d'avoir une place au premier rang ; mais je pense tout de même que le pouvoir en tant que tel corrompt vite les meilleurs caractères. C'est très compréhensible au demeurant : lorsqu'on a sous ses ordres des artistes qu'on renouvelle production après production, on ne doit pas s'entendre dire souvent des désaccords – et encore moins des reproches – trop frontaux, donc on doit vite prendre l'habitude de croire qu'on a toujours raison.

Et par conséquent, si quelqu'un s'élève contre nous, c'est contre toute l'institution (que ce soit politique ou musicale) contre laquelle il se dresse. Attaquer notre personne, c'est attaquer l'État / la musique. Je devine qu'il est très facile de faire la confusion si l'on n'a pas une discipline éthique de fer.

Thomas Savary — 13 janvier 2025

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<p>Ayant travaillé autrefois pour Alpha Productions, j’ai pu rencontrer beaucoup de musiciens, dont certains avaient travaillé avec Christie et m’ont confié des anecdotes glaçantes sur la personnalité et les agissements de ce dernier. Il a du reste inspiré un des personnages d’un film que je ne nommerai pas (le réalisateur n’ayant pas rendu la chose publique, à ma connaissance) : bien des répliques dudit personnage seraient en fait des citations de Christie.</p>
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<p>S’agissant de son équipe, par contre, je n’ai pas eu à me plaindre. Quelques années plus tard, alors que je tenais le rayon disques d’une librairie en Vendée, je me suis longuement entretenu avec un de ses assistants, très aimable et courtois, qui m’avait même offert deux places de concert à Thiré — très belles Leçons de ténèbres de Couperin.</p>
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David Le Marrec — 15 janvier 2025

Bonjour Thomas !

Merci pour ce témoignage… Oui, tellement de choses circulent, mais ce qui est vraiment dans l'espace public est assez limité, j'ai eu de la peine à compiler tout cela en réalité, alors que des anecdotes (certaines particulièrement terribles) circulent à foison.

Aujourd'hui, via les réseaux, ces paroles sont parfois disponibles à l'écrit – j'ai été frappé de voir que des gens qui ont été si importants pour les Arts Florissants, et qui pour certains doivent leur carrière à ce point de départ, comme Guillemette Laurens ou Jean-Paul Fouchécourt, étaient aussi francs sur ce qu'ils avaient vécu. (Il faut dire qu'ils ont arrêté de chanter professionnellement, je crois, et qu'ils ont enfin recouvré une liberté de parole.)

Pour Eugène Green, le problème est que passant par la fiction (et la manifeste envie de régler des comptes), on ne peut guère s'appuyer dessus.

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