Carnets sur sol

samedi 16 novembre 2024

#29 Symphonique hollywoodien des années 20 à 70

Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 16 novembre 2024. Version d'origine.

John Wilson fait les beaux jours des parutions discographiques Chandos ces dernières années, avec des disques particulièrement élancés, étagés, colorés. Dans ce programme avec l'Orchestre de Paris, il permet d'entendre vivre en salle des standards de la musique de film que l'on n'entend jamais en concert d'ordinaire. Suite de Robin des Bois de Korngold ou de Psycho de Herrmann, ou encore de grandes réussites de Steiner (Gone with the Wind), Moross (The Big Country), Waxman (A Place in the Sun, la seule pièce qui ne m'ait pas passionné, d'un lyrisme dégoulinant plutôt dans le stéréotype hollywoodien, alors même que j'aime beaucoup Waxman, au cinéma ou dans sa musique sérieuse), ou Rózsa (marche des conducteurs de char de Ben Hur).

Plaisir aussi – et peut-être surtout, je l'avoue – d'entendre la Fanfare de la Fox de Newman, la geste épique incroyablement bien écrite de la première piste de Star Wars de J. Williams, des Korngold familiers (Kings Row Fanfare, The Adventures of Robin Hood) particulièrement riches, les couleurs mélancoliques de la fuite de la ville dans Psycho, et au sommet le medley d'idées de Tom Bradley, le fulgurant concepteur des musiques (d'une variété, d'une érudition, d'une drôlerie, une précision expressive hors du commun) de Tom & Jerry et de pas mal de Tex Avery. La salle est d'ailleurs extatique à la fin de la petite suite réalisée à partir de près de 80 cartoons par Peter Morris et John Wilson lui-même.

L'Orchestre de Paris adopte avec naturel les couleurs chatoyantes propres à Wilson, belle soirée d'orchestre ; car il est fréquent, lorsqu'on joue des oeuvres déjà entendues au cinéma, en contexte d'action, avec des sons parfois très brillants et compressés, que la version orchestrale symphonique de concert paraisse comme amollie. Rien de cela ce soir, une présence sonore et une beauté de timbres tout à fait équivalentes aux modèles, au minimum !

Parmi les musiciens remarqués, une altiste (au quatrième pupitre) que je n'ai pas réussi à identifier, et qui jouait avec la même fougue, pendant tout le concert, que si on lui avait confié un solo – et on sait que le geste et son enthousiasme a un effet très significatif sur le son, j'aurais été curieux de l'entendre plus précisément et essaierai de remonter sa trace pour trouver des concerts de musique de chambre qu'elle doit bien donner quelque part (comparer les photos avec la liste du pupitre présent n'a pas été très probant, j'étais loin chez les pauvres).

Autre petit bonheur, Célestin Guérin, le nouveau trompettiste solo depuis une poignée d'années, dont les camarades ont souvent noté les défaillances – jamais spectaculairement un soir où j'étais là, en tout cas, même si je préfère le son et les phrasés de Frédéric Mellardi, assez exceptionnel il est vrai. Alors qu'il paraît toujours un peu prudent, l'entendre produire ces sons sales, imitation jazz, avec une maîtrise totale et une palette de couleurs et de textures incroyables, fut à la fois une surprise délicieuse et un grand moment d'exaltation musicale. 

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