Carnets sur sol

lundi 16 septembre 2024

#3 Trios de Hensel, Wissmer, Heute à la Maison du Japon

Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 16 septembre 2024. Version d'origine.

Concert sur sol n°3.
Vendredi 16 septembre 2024.

Organisé par le festival de l'Ecole des Mines, Musique aux Mines, ce concert se trouvait délocalisé, je ne sais pourquoi, dans le pavillon japonais de la Cité Universitaire Internationale.

Insolite bâtiment Art Déco ; la salle de concert se réfère discrètement au figures du Nô et du Kabuki, mais la décoration générale révèle davantage sa période stylistique française que son influence nippone. Excellente acoustique grâce au parquet, scène à peine surélevée.

Ma motivation musicale (car le lieu compte !) première était le Trio de Pierre Wissmer (1915-1992), dont je m'aperçois a posteriori qu'il existe au disque, contrairement à ce qu'avait laissé supposer mon préjugé !  (Ce sont surtout ses opéras qui ne sont pas documentés, car Naxos a réalisé un gros travail sur les symphonies, et les concertos se trouvent par ailleurs.)

Compositeur franco-suisse du coeur du XXe siècle, très caractéristique de sa période : totalement tonal, mais avec beaucoup de frottements, un goût pour le contrepoint très autonome, les moments mélodiques bondissants à la française. Le style est extrêmement parent de Jean Françaix, pour situer, et le Trio Adelfiano, en trois mouvements, ne dément pas son style habituel.

L'autre rareté, c'était la reprise d'une œuvre de 2021, Au cœur d'une pierre de Lisa Heute (née en 1991), que la compositrice décrit comme une évolution de la compacité vers la lumière. L'œuvre le reflète assez bien, avec des épaisseurs de texture, certes, mais dans un langage consonant ; sans qu'il y ait nécessairement de fonction tonale, les accords eux-mêmes ne sont pas dissonants, ni leur succession radicalement surprenante. Court et très plaisant.

Sans surprise, la pièce qui rafle tous les suffrages est le trio de Fanny Mendelssohn-Hensel : c'est désormais, retour en force des compositrices aidant, un quasi-standard, et à juste titre, son premier mouvement est particulièrement grisant. Le style demeure très proche de son cadet, même si la veine mélodique en est un peu moins marquante (mais les trios de Felix ne constituent-ils pas, peu ou prou, le sommet de l'art du trio ?). Tous les thèmes sont beaux et marquants, leur concaténation et leurs imitations pleines d'esprit, l'urgence dramatique place (belle inversion dramatique des trémolos sur le même thème, tantôt cordes, tantôt piano).

Le dernier mouvement me convainc moins, très rhapsodique, j'en trouve les progressions peu réussies, comme si j'attendais toujours l'arrivée du thème principal. Tout l'inverse du Quatuor à cordes, encore plus joué, et dont la clausule est, pour le coup, vertigineuse - dans l'esprit du Sixième de Felix, pour situer.

Quatre interprètes pour ces trios : deux violonistes, Pierre Liscia-Beaurenaut & Elsa Moatti, Marc-Antoine Novel (violoncelle), Philippe Hattat (piano).

Particulièrement impressionné par Philippe Hattat, son ferme mais jamais dur, capable de moduler son usage de la pédale seulement à des fins expressives (jamais comme palliatif technique). De très belles choses aussi dans la gestion de la résonance, en continuant de faire sonner le piano pour travailler l'écho et le soutien.

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