Carnets sur sol

vendredi 7 février 2020

07/02/20 : Marko Ivanović, Monument (à Brno)

Initialement publié sur le site thématique « 1 jour, 1 opéra », le 7 février 2020. Version d'origine.

Aujourd'hui, 7 février, au Théâtre National de Brno (deuxième ville du pays, capitale de la Moravie, à l'Est du pays), c'est la création mondiale de Monument de Marko Ivanović (son nom est serbe, mais il est bien tchèque), d'après la vie du sculpteur Otakar Švec.

Švec n'était pas une superstar de la sculpture, mais avait besoin de gagner sa vie : lorsque les communistes arrivent au pouvoir en 1948, il répond au concours pour ériger un monument à Staline sur la Letná qui surplombe la ville.

Il avait besoin d'argent, espérait surtout obtenir une bourse, mais remporte le concours face à de compétiteurs plus célèbres – certains sculpteurs, comme Vincenc Makovský, avaient délibérément proposé des projets grandioses mais infaisables (un Staline façon Corcovado !).

Une fois sélectionné. Impossible de refuser. La plus grande statue de Staline en Europe, l'une des plus grandes sculptures de groupe également. En proie au rejet du milieu artistique, aux moqueries, aux menaces, Švec se donne la mort trois semaines avant l'inauguration en 1955.

(Sa femme s'était suicidée un an plus tôt.) La statue, qui avait remplacé un stade (neuf et immédiatement détruit pour le projet !) est dynamitée dès 1962 au cours de la déstalinisation ; on a depuis installé une sculpture de métronome géant sur son socle.

Elle représentait 8 personnages du peuple (ouvriers, scientifiques, paysans, soldat…) 4 soviétiques et 4 tchèques, en file derrière Staline. D'où le surnom vite adopté de « file d'attente à la boucherie ».

Je n'ai pas pu écouter la musique de Marko Ivanović (en revanche, il dirige et enregistre du répertoire tchèque, chez Supraphon). Il faut dire que l'opéra est tout frais de ce vendredi !

3 bâtiments pour le Théâtre National de Brno : Raduta (1732), Janáček (1965) et, pour ces représentations-ci, Mahen (1886).

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