08/02/20 : Rimski-Korsakov, La Fiancée du Tsar (à Tachkent)
Initialement publié sur le site thématique « 1 jour, 1 opéra », le 8 février 2020. Version d'origine.
🔵 Ce 8 février, à Tachkent (capitale de l'Ouzbékistan), on donne La Fiancée du Tsar de Rimski-Korsakov. Pour une fois, je ne propose pas une rareté… et j'explique pourquoi.

Cette œuvre est très régulièrement jouée dans la sphère russophone. C'est même l'un des opéras de Rimski qui sont parfois donnés en Europe. J'ai même pu la voir deux fois en France, dans deux villes où je me trouvais, sans me déplacer.

La Fiancée, pourtant jouée dans toute la zone d'influence russe, relate l'un·e des amours d'Ivan le Terrible (vous savez, le genre à assiéger une ville et à occire toute la famille pour épouser une fille de force), un peu édulcoré·e mais toujours assez peu rassurant·e.

À l'époque soviétique, on comprend l'exaltation du patrimoine·e millénaire russe tout en dénonçant les abus des ci-devant aristocrates… Aujourd'hui, je pressens comme une discrépance avec le narratif néo-tsariste du pouvoir poutinisé.
Mais c'est peut-être moi qui en fais un fromage.

Quoi qu'il en soit, c'est le Rimski le plus traditionnel et purement romantique qu'on y entend, mais sans routine, dans une veine qui vaut quasiment la Pskovitaine de Rimski (ou Opritchnik de Tchaïkovski), d'un lyrisme incoercible, à la déclamation juste et aux mélodies souveraines !

À la vérité, c'est le lieu qui m'a intéressé. L'ancien empire de Tamerlan a été conquis par les Russes dans les années 1860-1870, en compétition avec les Britanniques. Le pays Ouzbékistan apparaît, au sein de l'URSS, en 1924.

L'Opéra de Tachkent provient d'une troupe de musique folklorique qui s'établit en 1929, et devient en 1939 l'Opéra et Ballet d'État (quelle bascule !). En 1948, un an après l'achèvement du théâtre, cette troupe fusionne avec le Théâtre Russe – de fait, on y joue surtout du patrimoine lyrique, notamment russe et italien, et guère d'art local.
En revanche l'architecture du théâtre de 1400 places évoque bien le pays, chacun des six foyers latéraux évoquant un style : Tachkent, Boukhara, Samarcande, Khorezm, Ferghana, Termez !

Son nom aussi, dédié à Alisher Navoiy, poète du XVe siècle qui fut aussi le conseiller du sultan et un grand bâtisseur / restaurateur de mosquées, bibliothèques ou hôpitaux (370, à ce qu'on lit).
Étonnant pour un théâtre dont la programmation est très russeuropéenne.

Dernière anecdote : le théâtre fut en partie bâti par les prisonniers de guerre japonais, que l'URSS a beaucoup tardé à rendre (ne considérant pas comme prisonniers de guerre ceux qui s'étaient volontairement rendus après la capitulation…), les utilisant comme force de travail – jusqu'en 1956 pour les derniers !
Écrit par DavidLeMarrec , dans 1 jour, 1 opéra