Carnets sur sol

dimanche 21 février 2010

Vincenzo BELLINI - Malinconia, ninfa gentile


Cette délectable mélodie de Bellini, à mon goût la plus belle de tout le répertoire italien XIXe, est parfois travaillée par les étudiants en chant ; et comme pour d'autres titres (pour Bellini, il y en a déjà deux), je mets à leur disposition une traduction rapide. Pour les lecteurs habitués de CSS, je les dédommage par une version inédite et magnifique de cette pièce.

Ramón Vargas (ténor grand lyrique, et même actuellement lirico-spinto [1]) au Semperoper de Dresde le 13 octobre 2005, accompagné par Mzia Bachtourize.


Et voici le texte d'Ippolito Pindemonte, suivi de sa traduction :

Lire la suite.

Notes

[1] Le spinto n'est pas vraiment une catégorie à part entière ; il désigne celui qui va au bout de la tessiture, qui chante des emplois tendus. Typiquement, on parle de lirico-spinto pour les grands ténors (et sopranos) verdiens.

Malinconia, ninfa gentile,
la vita mia consacro a te ;
i tuoi piaceri chi tiene a vile,
ai piacer veri nato non è.

Fonti e colline chiesi agli Dei ;
m'udiro alfine, pago io vivrò,
né mai quel fonte co' desir miei,
né mai quel monte trapasserò.

Ce qui produit dans ma traduction :

Mélancolie, aimable nymphe,
Je voue ma vie à toi ;
Qui méprise tes plaisirs
N'est pas né pour les plaisirs vrais.

J'ai demandé fontaines et collines aux dieux ;
Il m'ont à la fin entendu, je vivrai comblé.
Et mes désirs jamais cette fontaine,
Jamais ce mont ne dépasseront.

--

Je ne vais pas radoter, mais il faudra un jour que les profs de chant fassent entrer dans leur crâne oligocéphalisant qu'on ne peut pas chanter correctement une langue dont on ne maîtrise pas les propriétés élémentaires (très peu suffit, mais il faut ce très peu).

Superbe mélodie au demeurant, pas facile en hauteur originale, toute sur le passage.

5 roulades

Algernon — 21 février 2010

"Je borne mes rêveries
A l'émail de ces prairies"

comme chantait...qui donc au fait ?

Arnaud Bellemontagne — 21 février 2010

Je viens d'ecouter,c'est très beau en effet!

Mais carrèment la plus belle mélodie du repertoire transalpin du 19 éme ?

Hé bien!!! (je precise que côté lyrique italien du 19 éme, je ne connais que le Verdi qui va de Don Carlo à Falstaff)

DavidLeMarrec — 21 février 2010

@ Algernon : C'était le célèbre jazzman arabe Art QĀḍi, je crois.

@ M. Beaumont : Disons que les mélodies vertigineuses ne sont pas fréquentes chez les Italiens d'alors. Celles de Verdi n'ont pas du tout la dimension de ses opéras. Donizetti est comme d'habitude plus appliqué qu'inspiré. Il y a quelques perles dans Bellini, au premier rang desquelles celle-ci. Au XVIIe, on a plus de choses (Peri par exemple) et au XXe, c'est un peu différent (quoiqu'il n'y ait pas foule pour autant).

Gilles — 21 février 2010

Si cette mélodie de Bellini est effectivement très belle, il en est au moins une que je classerais volontiers parmi les "plus belles du répertoire italien du XIXè" : "Amore e morte", de Donizetti.

DavidLeMarrec — 22 février 2010

C'est vrai qu'elle est très belle, dans le même goût au demeurant.

Ca me fait aussi beaucoup penser à Der Jüngling am Bache (la deuxième des trois versions, D.192) de Schubert, avec le même accompagnement liquide pour une douce mélancolie, et des couleurs harmoniques semblables.

Elle est beaucoup moins jouée et enregistrée, vous êtes bien avisé de la signaler, Gilles ! :-)

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