Carnets sur sol

dimanche 4 octobre 2026

La mort de France Musique, ou le DAB des boomers


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France Musique va mourir. Voici comment. Voici pourquoi.


1. France Mu

France Musique naît en 1954. Karine Le Bail rapporte [1] – est-ce vérifiable, est-ce une légende urbaine, je ne sais – que son premier nom « programme musical à modulation de fréquence » est dû à Jean Tardieu (oui, le poète). Dès la même année, la station, d’abord uniquement diffusée en soirée, devient France IV, puis (après quelques ajustements de nom) France Musique en 1963.

La station est donc, dès sa naissance, liée à la FM, et les habitudes des auditeurs sont donc façonnées par cette contingence.

Pourtant, France Musique se trouve arrachée à la FM, et va vraisemblablement en mourir.


2. Radio-France et le DAB+

Ce qui suit n’est qu’un rapide résumé des causes techniques et politiques qui nous conduisent à cette situation.

Lorsque France Musique naît, la FM permet une vaste diffusion de musique avec une assez bonne qualité. Or, la FM est toujours disponible et fonctionnelle aujourd’hui. Hormis les quelques grésillements si la bande est mal réglée (mais les autotuners ont largement résolu ce problème), il n’y a rien à redire sur le son.

Cependant, le monde a changé autour de France Musique.

D’abord généralisation de l’Internet, qui permet à toutes les radios du monde d’être accessibles partout. Mais l’usage en est différent, par exemple les voitures ne sont pas connectées à Internet par défaut, et jusqu’à récemment le coût en débit de données était conséquent par rapport à la captation gratuite d’ondes radio.

Et puis la RNT (Radio Numérique Terrestre), en anglais DAB (Digital Audio Broadcasting).

À quoi ça sert ?

Cette fréquence radio-électrique permet le multiplex, c’est-à-dire de diffuser plusieurs radios sur une même fréquence. Ultimement, on peut à la fois gagner en qualité… et économiser substantiellement sur les coûts de diffusion !

L’épopée remonte à 1995, avec le projet européen de radio numérique Eureka 147, qui utilisait le format mp2. Le DAB de cette époque s’améliore en DAB+ (codec plus performant notamment) à partir de 2006, mais il s’agit du même projet.

La France avait choisi le T-DMB comme format, mais à l’échelle européenne, le DAB+ était massivement utilisé : aussi, les radios et les producteurs de musique ne se sont pas lancés d’abord dans la radio numérique.

Lorsque le CSA lance un appel à candidature, en 2008, pour la radio numérique, il y a certes beaucoup de dossiers déposés, mais surtout en réalité de nouveaux entrants (petites radios, notamment) : les acteurs majeurs du secteur rechignent à payer la double diffusion. C’est-à-dire qu’à terme, le DAB+ revient nettement moins cher à diffuser (37,5 millions d’euros pour Radio France, contre 54 millions pour la FM, estime l’avis de 2010 du Sénat, mais en attendant, les acteurs déjà existants du secteur doivent payer les deux, puisqu’un nouveau matériel est nécessaire pour écouter la radio numérique.

Et le piétinement se prolonge, puisque que le rapport commandé (par le gouvernement du célèbre contrebandier Fra Figlione) à David Kessler (conseiller culture du Maire de Paris et ancien directeur de France Culture), remis en 2011, préconise un moratoire de deux à trois ans pour expérimenter et observer les pays européens.
En 2013, le DAB+ est autorisé en plus du T-DMB. Mais pendant cette période d’observation, aucune fréquence n’est attribuée à Radio-France ; c’est pourquoi, lorsque en 2014, les premiers bouquets sont mis en œuvre, Radio France n’y figure pas.

Ainsi, en 2017, lorsque le CSA lance l’impulsion d’un déploiement à grande échelle, le but est de faire vite, avec la stratégie « des nœuds et des arcs », à savoir privilégier les grands bassins de population et les grands axes les reliant, pour que le DAB+ puisse être vite utilisé par un grand nombre d’auditeurs, et notamment pendant leurs trajets.
En 2018, la loi oblige les industriels à inclure la technologie dans leurs nouveaux appareils à partir de 20% de population couverte.

En 2019, le Gouvernement débranche le T-DMB : la coexistence de deux technologies rendait l’équipement plus difficile, et les fabricants visent plutôt en général l’échelle européenne.

Et là, en cette même année 2019, l’histoire commence donc pour de bon avec Radio France : le Gouvernement réserve six canaux nationaux pour les stations de Radio France (toutes les radios sauf France Bleu, qui diffuse via des multiplex liés à leurs territoires). En 2021, sur l’axe Paix-Lyon-Marseille, Radio France – et donc France Musique devient disponible en DAB+.

La couverture s’étend ensuite progressivement jusqu’à aujourd’hui,


3. France Musique trahie

Comme la double diffusion coûte cher, Radio France (qui assume déjà en sus la diffusion internet) commence à réduire son réseau FM : 72% d’émetteurs cédés, soit 12% de fréquences supprimées, pour permettre 3,9 millions d’économies par an.

Ainsi, en juillet 2026, des fréquences de France Musique sont retirées pour maintenir la couverture de France Info (comme vous le savez, en FM, la même station peut avoir une fréquence différente selon les zones). L’explication est qu’en raison de sa qualité sonore supérieure, on privilégie le DAB+ pour les stations musicales — et officieusement, on comprend bien que la musique classique est (légitimement) moins indispensable à la Nation que les nouvelles fraîches.

Et cela pose de multiples problèmes.

1 - Pour en profiter, il faut s'équiper – autrement dit, acheter un appareil compatible DAB+. Alors que les appareils existants sont toujours fonctionnels et que la technologie FM reste opérante. Peu motivant.

2 - Le DAB+ couvre actuellement 80% des auditeurs. Les 20% restants peuvent simplement rester sur la FM en attendant, qui couvre encore 70% des Français.

Sauf. Que.

Avec le retrait massif de fréquences FM de France Musique, il reste 13% d’auditeurs qui ne sont pas couverts ni par DAB+… et plus non plus par FM.
En conséquence, plus de France Mu dans la voiture ou sur le poste de la maison.

Par ailleurs, des auditeurs rapportent des coupures ou interférences dans les nouvelles fréquences DAB+ de certaines régions, ce qui va vite se révéler frustrant également.



4. Les auditeurs abandonnés

Cette situation, à son tour soulève, pour le dire poliment, des enjeux nouveaux.
Je veux dire par là : on veut tout cramer.

¶ Les auditeurs concernés se sentent évidemment laissés pour compte — et ce sont immanquablement les populations déjà isolées, loin des hôpitaux, des salles de concert, et à présent de la radio.
« Des fréquences en moins, le DAB+ qui ne fonctionne pas partout, une couverture loin d'être totale, des messages par milliers, tristes et de colère, une sensation d'abandon, faille du service public, peine de ne plus accéder à nos programmes comme à la retransmission des concerts de nos quatre formations musicales, une sensation d'humiliation aussi des auditeurs, auditrices en territoires ruraux et surtout un sentiment grave sur la façon dont tout cela a été présenté avant l'été et le résultat. »

(Voyez la retranscription complète de la source en fin de notule.)


¶ La radio est un média où l'habitude d'écoute est primordiale, très souvent on laisse le tuner sur sa radio favorite, on se branche par réflexe pour entendre le flux d'une station où l'on se sent bien.

Même si dans quelques mois tout est réglé – pour être honnête, bien que la bascule se soit faite trop tôt, de nouvelles fréquences numériques se déploient vite dans les prochaines semaines –, les auditeurs auront possiblement trouvé mieux ailleurs. À l'heure où tout est disponible en ligne et où les podcasts explosent, il est périlleux de laisser l'auditeur s'égayer dans la nature pour essayer de nouvelles choses, potentiellement plus à son goût.

¶ En interne, on redoute que France Mu ne devienne qu'une webradio. (Et donc, vraisemblablement, que sa voilure ne soit très réduite ou qu'elle ne disparaisse.)


5. C’est bien fait

Délibéré ou accidentel, cela ressortit à un processus bien connu : dégradation du service → les usagers se débrouillent sans → suppression du service faute d’usagers.

C’est ce qui arrive aux petites lignes de train depuis le développement de la voiture individuelle. (Voir la carte du réseau ferré français du XIXe siècle est un crève-cœur. Beaucoup de lignes ont d’ailleurs été démantelées, de gare réaffectées, etc.)

Donc oui, sauf changement vigoureux, ça sent le sapin pour France Mu.

Moins d’auditeurs, qui ne reviendront pas tous une fois le DAB+ universalisé. Concurrence des usages numériques de plus en plus nomades. Probables économies et dégradation de la qualité de l’antenne. Désaffection des auditeurs. Rétrogradation web, puis étiolement et fermeture de la chaîne. Le chemin n’est pas sûr, mais la pente est déjà là.

Mais… est-ce si triste ?

Enfin, triste oui, je veux plutôt dire : n’est-ce pas pleinement mérité ?

Qu’est devenue la station dans le dernier quart de siècle ?

Considérant les mutations du modèle musical autour d’elle, est-ce qu’avoir un robinet à musique vaguement saupoudré de commentaires piqués au Vignal ou à Wikipédia mérite réellement d’être maintenu ?

Parmi les quelques défauts de France Musique, certains sont liés au format radio : on ne peut pas choisir ce qu’on écoute (du moins quand on l’écoute en FM), et si l’on a de longs commentaires alors qu’on veut de la musique, on est impatienté ; inversement si l’on veut une plus-value en écoutant ça plutôt qu’un disque ou qu’un flux Spotify, on peut tomber en plein concert du jeudi ou du vendredi, ou bien simplement souffrir des commentaires assez superficiels et répétés d’émission en émission. (C’est en tout cas mon expérience, qui remonte au début des années 2000, et qui m’avait fait arrêter assez vite la fréquentation de la chaîne.)

D’autres sont véritablement liés à un problème de vision et d’ambition. L’impression que le modèle se reproduit sans trop s’interroger sur ce dont on besoin les auditeurs. Soit ce qu’ils cherchent, soit ce qu’ils pourraient trouver sans l’avoir imaginé.


6. Ce qu’aurait pu être France Mu

Rêvons tout haut. Comme si des mélomanes pouvaient être aux commandes.

Il y aurait un beau projet éditorial à concevoir.

Si l’on veut de l’expertise, de la pédagogie, de l’éducation à l’écoute, il y aurait tant de possibilités, comme de la véritable pédagogie musicale technique (introduire avec des exemples sonores à la forme, l’harmonie, l’orchestration…). Il y a eu quelques programmes comme cela sur l’orchestre, par Alain Pâris ou Christian Merlin, moins sur les autres aspects ; en tout cas pas depuis longtemps.

Si l’on veut plutôt de la musique en continu, rien n’empêche, dans l’immensité de ce qui est disponible, de construire des fresques qui donnent à appréhender l’histoire de la composition (par époques, zones géographique, genres musicaux, langues, styles…) ou de l’interprétation à travers des disques ou des concerts…

Par exemple, tout le fonds historique de la RTF et de l’INA reste largement inexploité et s’échange sous le manteau entre connaisseurs. Que fait France Musique de tous les opéras français inédit du patrimoine qui dorment dans ses tiroirs, que des initiatives de mélomanes doivent recenser elles-mêmes ? (Voyez par exemple la mirifique ECMF.)

Je ne parle même pas d’utiliser les deux orchestres de radio qui passent leur temps à rejouer Beethoven et Brahms devant une salle à moitié vide, pour ensuite radiodiffuser confidentiellement des versions globalement moins bonnes des œuvres rebattues que les radios allemandes ?
Ne serait-il pas du devoir de ces orchestres de documenter, par exemple, le patrimoine local ? Les opéras que personne d’autre ne peut remonter vu la prise de risque que cela implique ? Les symphonies françaises avec des musiciens formés dans les même institutions que leurs compositeurs ?
Et plus généralement de donner à connaître ce qui n’existe pas déjà, pour élargir le champ de la connaissance, et les probabilités de laisser chacun trouver musique à son goût.

En cela, à l’heure où toute la musique est disponible en flux et où les usages numériques nomades s’universalisent, ne pas choisir un positionnement fort, soit dans la pédagogie, soit vers un robinet à musique (ce n’est pas péjoratif dans ma bouche, j’ai adoré les éclectiques programmations nocturnes d’Hector puis Vivace) réellement construit et inédit, c’est préparer sa propre obsolescence au milieu de propositions tout aussi gratuites et accessibles techniquement, dont le nombre permet de couvrir au plus près les besoins des différents publics.

Bref, si France Musique meurt et si les orchestres de Radio France finissent par être fusionnés ou dissous, on ne pourra s’en prendre qu’à l’absence aberrante de projet chez leurs patrons.



7. Sources

Si vous voulez davantage de détail, tout est généreusement documenté chez de respectables institutions.

[1] Karine Le Bail, article « France-Musique, France-Musiques », dans Jean-Noël Jeanneney, L’écho du siècle : dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Paris, Hachette Littératures, 2001, p. 143. J’en ai lu la mention, et non l’ouvrage.

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Contexte général

→ Radio France — Histoire des radios de Radio France
→ Radio France — France Musique
→ WorldDAB — France : histoire et situation actuelle du DAB+
→ Arcom — « Le DAB+, c’est quoi ? »
→ Arcom — « Écouter la radio en DAB+ »
→ UIT — Eureka 147 / Digital Audio Broadcasting (à l’origine de la RNT)
→ EBU — Documentation technique sur le DAB
→ Arcom — « Comment recevoir la radio numérique terrestre en DAB+ ? »
→ Radio France — « Radio numérique terrestre : toutes les stations de Radio France seront disponibles en DAB+ » (6 mars 2019)
→ Radio France — « Radio France, radio numérique terrestre : le lancement du déploiement du DAB+ »
→ Radio France — « Radio France et la Radio Numérique Terrestre DAB+ »
→ Radio France — « Dans la nuit du 21 au 22 juillet, les fréquences FM de Radio France évoluent » (2026)

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La règlementation

→ EUR-Lex — Directive (UE) 2018/1972 établissant le Code des communications électroniques européen (imposition du DAB+ dans les nouveaux véhicules, notamment)
→ Légifrance — Loi n° 2007-309 du 5 mars 2007 relative à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur
→ Légifrance — Décision n° 2013-769 du CSA relative au lancement de la RNT
→ Légifrance — Arrêté du 14 février 2019 modifiant les normes techniques de diffusion de la radio numérique
→ Légifrance — Décision CSA n° 2018-626 du 25 juillet 2018 : appel aux candidatures pour les deux multiplex métropolitains
→ Légifrance — Décisions du 24 avril 2019 relatives aux autorisations des radios nationales en DAB+
→ Légifrance — Autorisation de France Musique en DAB+
→ Légifrance — Article relatif aux obligations concernant les récepteurs de radio numérique
→ Légifrance — Décisions relatives à l’évolution des fréquences FM de France Musique en 2026
→ Légifrance — Nouvelles autorisations FM de France Musique

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QAG de l’Assemblée : choix gouvernementaux

→ Assemblée nationale — Question écrite sur la radio numérique terrestre et Radio France (réponse explicite du Gouvernement sur le choix de ne pas réserver de fréquences numériques à Radio France)

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Rapports institutionnels

→ Cour des comptes — Radio France : rapport de 2015 (le précieux rapport, écrit par des gens qui en comprennent manifestement assez bien les enjeux ; vue générale de la stratégie et des coûts)
→ Sénat — Rapport sur le contrat d’objectifs et de moyens de Radio France 2010-2014 (ça parle des expérimentations de RNT, des coûts de diffusion et des choix de Radio France)
→ Sénat — Avis sur le projet de contrat d’objectifs et de moyens de Radio France (sur les retards)
→ Sénat — Travaux sur la radio numérique terrestre (le choix français de T-DMB vs. DAB)
→ David Kessler — Rapport sur l’avenir de la radio numérique terrestre, 2011 (rapport de l’ancien directeur de France Culture, qui fonde le moratoire et la prise de retard dans le déploiement de la radio numérique)
→ Arcom — DAB à Lyon : une nouvelle étape pour le déploiement métropolitain
→ CSA — Rapport annuel 2013
→ CSA — Rapport annuel 2021

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Les explications de Radio France

→ La Médiatrice de Radio France — « La radio numérique terrestre en France »
→ La Médiatrice de Radio France — « L’évolution des fréquences FM de Radio France »
→ La Médiatrice de Radio France — « Évolution des fréquences et de la diffusion de France Musique »
→ Au fil de l’actu (Émission de France Musique où la présentatrice et la médiatrice tamponnent violemment la présidente de Radio France en relayant la colère des auditeurs. J’en ai réalisé une retranscription que vous pourrez trouver en fin de notule.)

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Quelques articles de presse

→ Diapason — «  France Musique a perdu près de 300 émetteurs FM » (11 août 2026)
→ Le Monde — « La radio se convertit au numérique terrestre » (12 octobre 2021)
→ La Tribune — « Radio numérique : les conclusions du rapport Kessler » (2011)
→ France Culture — « Quel avenir pour la radio numérique terrestre (RNT) ? » (2015)
→ Que Choisir — « Radio et DAB+ : de l’analogique au numérique »

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Conversation de mélomanes concernés

→ Autour de la musique classique (où vous aurez la joie ineffable de me lire avec mes compères)


8. Scènes de violence

Pour conclure, je vous laisse ici la transcription que j’ai réalisée (grâce à un outil automatisé, rassurez-vous, je conserve mon temps pour la rédaction des notules… !) de l’émission Au fil de l’actu sur France Musique, où la présentatrice et la médiatrice découpent au sécateur la présidente de Radio France en relayant la colère des auditeurs.
J’ai relu la transcription, mais il peut rester des erreurs.

Ne manquez pas le moment où Sybile Veil explique que si France Musique perd ses fréquences, c’est pour… lutter contre la désinformation russe. (Je ne soupçonne certes pas les Russes de ne pas faire de désinformation, mais disons que c’est une jolie façon d’emballer la réponse « on met la priorité sur les stations importantes, déso pas déso France Mu ».)

Outre l’hôtesse Gabrielle Oliveira Guyon, sont présents :

  • Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France ;
  • Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes de Radio France ;
  • Stéphane Grant, Directeur de France Musique ;
  • Charles-Emmanuel Bon, Secrétaire général de Radio France.

C’est parti.

Gabrielle Oliveira Guyon : Et nous accueillons ce matin, effectivement, une demi-heure un peu particulière. Emmanuelle Daviet, médiatrice de Radio France, Sibyle Veil, présidente de Radio France, en direct à mes côtés, mesdames. Bonjour et bienvenue dans France Musique est à vous.

Sibyle Veil / Emmanuelle Daviet : Bonjour. Bonjour.

Gabrielle Oliveira Guyon : Nous accueillons également Stéphane Grant, le directeur de France Musique, Charles-Emmanuel Bon, secrétaire général de Radio France. Merci messieurs, bonjour et bienvenue.

Charles-Emmanuel Bon : Bonjour Gabrielle.

Gabrielle Oliveira Guyon : Merci de venir dans notre studio 351 ce matin. Je vais vous laisser la parole pendant une vingtaine de minutes. Je tiens à dire un mot avant de vous laisser ce temps d’antenne : je suis très heureuse, déjà, de vous accueillir, émue aussi de vous accueillir au nom des auditrices, auditeurs de France Musique, de nos équipes, mes collègues et amis, au micro comme en coulisses ici, au troisième et quatrième étage de la Maison de la Radio et de la Musique. Des fréquences en moins, le DAB+ qui ne fonctionne pas partout, une couverture loin d’être totale, des messages par milliers, tristes et de colère, une sensation d’abandon, faille du service public, peine de ne plus accéder à nos programmes comme à la retransmission des concerts de nos quatre formations musicales, une sensation d’humiliation aussi des auditeurs, auditrices en territoires ruraux et surtout un sentiment grave sur la façon dont tout cela a été présenté avant l’été et le résultat. En tout cas, beaucoup de questions auxquelles vous répondez ce matin. France Musique qui est essentielle, nous le lisons dans vos mots. Je suis très heureuse donc de vous accueillir dans le cadre de cette émission qui accueille les suggestions musicales des auditrices, auditeurs, une belle communauté autour de la musique, un moment précieux qui entame sa neuvième année. Mesdames, messieurs, vous avez la parole. Emmanuelle Daviet, médiatrice de Radio France, c’est à vous.

Emmanuelle Daviet : Sibyle Veil, souhaitez-vous réagir à ce qui vient d’être dit ?

Sibyle Veil : Euh… Tout d’abord, bonjour à tous les auditeurs. J’ai lu beaucoup des courriers qui nous ont été envoyés. Euh, j’ai trouvé ça très émouvant parce que on lit la place qu’a France Musique dans leur quotidien. C’est-à-dire que c’est plus qu’une radio : on voit que c’est un compagnon de vie, c’est des moments de sérénité. Donc ça nous oblige, évidemment. Et je suis là ce matin pour justement répondre à ces courriers, répondre… Ce que vous avez appelé voilà, le sentiment de frustration, peut-être parfois le sentiment d’injustice, et leur dire que voilà, nous sommes là. On est là pour trouver une solution pour chacun, on n’abandonnera aucun auditeur et je suis là évidemment pour y répondre.

Emmanuelle Daviet : Alors, pour donner des éléments de contexte, rappelons que depuis le 22 juillet dernier, Radio France a réduit son réseau FM historique de 12 %, notamment pour réaliser 3,9 millions d’économies annuelles tout en réaffectant certaines fréquences à France Info et au réseau Ici (ex-France Bleu), et en accélérant donc la transition de France Musique vers le DAB+. Radio France indique que France Musique reste accessible à 87 % de la population en FM et DAB+, et bien sûr toujours partout en numérique. Le DAB+ couvre globalement plus de 80 % de la population, mais les témoignages reçus au service de la médiation — et donc qu’en tant que médiatrice je lis attentivement — montrent précisément le problème des auditeurs situés dans les zones non couvertes, notamment à la campagne et en montagne. Ils sont nombreux donc à nous écrire depuis cet été. Alors, Sibyle Veil, revenons tout d’abord sur la motivation de ces changements : est-ce une décision technologique ou bien une décision budgétaire ? Pour parler très simplement, sans les contraintes budgétaires de Radio France, auriez-vous supprimé ces fréquences maintenant ?

Sibyle Veil : Alors, pour répondre très directement à votre question : oui, évidemment. On aurait préféré ne pas avoir à changer les habitudes des auditeurs. Euh, si on a pris cette décision, c’est en responsabilité, elle s’est imposée à la fois pour des raisons économiques et technologiques. Nos auditeurs savent sans doute que depuis des années, nous avons des économies. Si on regarde sur 10 ans, c’est 130 millions d’euros d’économies que nous avons dû faire, c’est à peu près 20 % de notre budget. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’aujourd’hui, nous n’avons plus les moyens de financer trois modes de distribution : la FM, le DAB+ (qui est l’avenir) et le numérique. Et donc, nous avons euh dû faire un choix. Et ce choix, c’est d’investir sur les modes de diffusion d’avenir, le DAB+ et le numérique, et de commencer à désinvestir un peu sur le mode de diffusion historique, mais euh plus vieillissant, qu’est la FM. Alors, on le fait de manière la plus raisonnable possible, et je voudrais juste que les auditeurs de France Musique sachent que si on a choisi le DAB+, c’est aussi parce qu’on s’inscrit dans le mode de diffusion qui est l’avenir de la radio. C’est la feuille de route que l’Arcom a définie avec des étapes dans lesquelles nous nous inscrivons. Donc quelque part, ce que les auditeurs de France Musique font, c’est prendre de l’avance sur une évolution qui euh se généralise à euh progressivement à l’ensemble des radios en France.

Emmanuelle Daviet : Hm, alors précisément, nous recevons de nombreux messages d’auditeurs qui ne peuvent plus écouter France Musique sur leur poste de radio. Ils nous écrivent : « Je n’ai plus la FM et je n’ai pas le DAB+ ». Que dites-vous aux auditeurs qui, en juin, nous écoutaient avec leur poste de radio FM et qui, aujourd’hui, n’ont ni France Musique en FM, ni France Musique en DAB+ ?

Sibyle Veil : Alors tout d’abord, je voudrais rappeler qu’il s’agit d’une minorité de cas. Alors, c’est sûr que ça ne console pas ceux qui sont dans cette situation, mais je dois rappeler que pour la majorité des Français et des auditeurs, il n’y a pas de changement et que 87 % ont une diffusion en FM ou en DAB+. Pour les situations plus rares où il n’y a plus la FM et pas encore le DAB+, euh je voudrais expliquer plusieurs choses. D’une part, la première chose, c’est que euh je comprends euh le sentiment d’injustice qu’ils peuvent éprouver, j’en suis navrée. Et encore une fois, si on avait pu ne pas prendre cette décision, si elle ne s’était pas imposée à nous, on ne l’aurait pas fait. Ensuite, je voudrais dire que c’est temporaire parce que le DAB+ se déploie chaque jour davantage. Dans un mois à peine, le 27 octobre, ça sera disponible à Nevers, Cognac, Bayeux, Falaise, Alençon, Montargis, Gien, Cosne-sur-Loire, Millau. D’ici la fin de l’année 2026, on va y ajouter Dieppe, Neufchâtel, Vesoul, et ce ne sont que quelques exemples. En 2027, il y aura une nouvelle vague de déploiement, donc petit à petit, on va couvrir les derniers mètres de ces Français qui n’y ont pas encore accès. Et j’ajoute que, même quand il n’y a pas encore le DAB+, il y a internet et on peut nous écouter sur l’application, le site, par téléphone. Donc France Musique ne disparaît pas de la vie de nos auditeurs, France Musique change d’adresse.

Emmanuelle Daviet : Hm. Alors un autre aspect sensible : de nombreux auditeurs nous écrivent qu’ils habitent déjà loin des salles de concert, des opéras et des équipements culturels, et que maintenant, en plus, on les éloigne aussi de France Musique. Il y a le sentiment d’une relégation territoriale et et un sentiment donc d’inégalité d’accès au service public avec l’idée que, eh bien, ceux qui habitent à la campagne ou à la montagne, ou qui vivent éloignés des grandes villes, sont pénalisés. Alors que répondez-vous à ceux qui évoquent une fracture culturelle entre les villes et les campagnes ?

Sibyle Veil : Alors bien sûr, je comprends, hein, cette crainte, mais euh je veux que nos auditeurs entendent que nous sommes déterminés à rester un service public de la culture présent partout en France. On le fait avec France Musique à travers les concerts de nos orchestres, et notamment le grand tour de l’Orchestre National de France qui va dans les villes petites et moyennes, à travers notre présence dans les festivals en région, à travers aussi nos nos offres enfants qui vont désormais tourner. Et encore une fois, ce qui se passe aujourd’hui pour le DAB+ euh n’est que temporaire puisque euh il a vocation à couvrir les zones rurales, donc là où il n’y a plus la FM, il y aura le DAB+ demain. Et enfin, euh je voudrais savoir pour ceux qui habitent dans les… Je voudrais dire à ceux qui habitent dans les zones rurales que euh on a renforcé dans le même moment pour eux la présence de nos offres d’information. Donc c’est vraiment l’inverse d’un mouvement d’abandon de ceux qui habitent dans ces zones rurales.

Emmanuelle Daviet : Hm. Stéphane Grant, en tant que directeur de France Musique, comprenez-vous ce sentiment d’injustice culturelle, ce ce sentiment de relégation ?

Stéphane Grant : Oui, bien sûr. On l’a lu dans les mails que nous avons reçus de tous les auditeurs qui nous ont écrit. Gabrielle l’a rappelé, la présidente l’a rappelé, et on y est évidemment très sensibles. Depuis le 22 juillet, moi, mon souci à la place où je suis, directeur de France Musique, directeur des programmes de cette chaîne pendant 8 ans aux côtés de Marc Voinchet, c’est de ne pas seulement perdre un seul de nos auditeurs, mais d’en conquérir davantage. Je rappelle que cette chaîne est écoutée chaque jour par 1 million d’auditeurs, qu’elle conquiert chaque jour — l’été l’a prouvé — davantage d’auditeurs encore sur le numérique. Nous avons eu de formidables chiffres en audience numérique tout au long de l’été par une offre extrêmement plurielle qui va d’une émission telle que celle que Gabrielle anime euh aujourd’hui jusqu à l’offre de podcasts, jeunesse, sagas, etc. Donc mon souci, il est évidemment celui-ci. On a fait beaucoup de choses tout au long de d’été pour accompagner ce euh redéploiement euh et ces nouveaux modes d’écoute à certains endroits en France euh de France Musique, une tournée des festivals. Nous sommes beaucoup déployés sur tous les festivals de l’été, et davantage encore que nous l’avions fait dans les étés précédents. Et puis, euh nous avons aussi construit avec toutes les équipes de France Musique, partout où nous le pouvons, à l’antenne, euh davantage de liens avec nos auditeurs. Nous sommes ce matin à l’endroit et dans l’émission idéale. L’émission euh qu’anime Gabrielle, Oliveres-Aguillon, France Musique est à vous depuis 9 saisons, était une émission que nous avions installée le week-end tous les samedis en matinée. Nous avons décidé avec Gabrielle que ce soit aussi une émission que l’on retrouve dès le vendredi matin parce qu’on sait que c’est évidemment le lieu idéal où l’on crée du lien avec les auditeurs. C’est ici que les auditeurs viennent nous parler, nous font des choix de programmation musicale. Et ce lien-là avec les auditeurs, on la construit chez Gabrielle, mais à plein d’autres endroits euh de l’antenne. Et puis, je veux profiter aussi de ce moment ce matin à l’antenne pour vous dire qu’évidemment on va être très allants et que nous allons continuer d’aller beaucoup à la rencontre des auditeurs de France Musique tout au long des prochaines semaines. Ça va passer notamment, je ne pourrai pas être exhaustif, mais par une série de délocalisations de l’antenne dans les prochaines semaines, la première d’entre elles étant prévue le 21 octobre à Saintes, qui est un lieu de musique que nous connaissons bien et que où France Musique est désormais euh écoutée en DAB+ et en numérique.

Emmanuelle Daviet : Hm. Alors, revenons à des aspects pratico-pratiques de cette situation. Euh, vous proposez le DAB+ ou internet, mais cela suppose parfois de changer de poste, d’autoradio ou de s’équiper euh d’un adaptateur. Charles-Emmanuel Bon, vous êtes le secrétaire général de Radio France, est-ce vraiment à l’auditeur de payer le coût de cette transition en renouvelant son matériel ?

Charles-Emmanuel Bon : En fait, il faut voir ce que fait la radio aujourd’hui, et ce que fait France Musique aujourd’hui, c’est ce qu’a fait la télé il y a 20 ans. Il y a 20 ans, on a dû changer de poste de télévision, on a dû s’équiper d’adapteur… d’adaptateurs. Ces adaptateurs coûtaient quand même un certain prix. Je me souviens à l’époque par exemple, j’avais un… j’avais acheté un à 80 €. Et donc aujourd’hui, on trouve des postes DAB+ à 25, 30 €, on trouve toutes les gammes, tout le voilà, pour pouvoir écouter la radio dans de très bonnes conditions. Et c’est vrai que c’est une solution qui nécessite un investissement, mais c’est un investissement d’avenir. C’est un investissement d’avenir, pourquoi ? Parce qu’en fait, toute la radio, toutes les radios passent au DAB+, passent au numérique, et en fait c’est vraiment un investissement d’avenir parce que on va pouvoir, et la radio est le dernier média qui est un média analogique, alors que tous les autres médias sont passés au numérique, et donc en fait l’avenir de la radio, c’est le numérique et internet, comme aujourd’hui la TNT et le numérique sont le quotidien de l’écoute de la télévision.

Emmanuelle Daviet : Hm. Sibyle Veil, des auditeurs nous écrivent euh en nous disant, pour certains, qu’ils n’ont pas les moyens euh ou qu’ils Tout simplement, ils ne veulent pas remplacer du matériel qui fonctionne toujours. Que leur répondez-vous ?

Sibyle Veil : Bah bien sûr, euh on entend très bien que pour certains auditeurs, le coût d’un nouveau poste de radio peut peser lourd financièrement. C’est pourquoi je voudrais leur proposer très simplement de nous écrire, et ceux qui se trouvent dans une situation difficile, on leur enverra un poste en DAB+. On l’a déjà fait. Il y a plusieurs centaines de postes qui ont été envoyés. Donc vraiment, je leur dis : écrivez-nous.

Stéphane Grant : On va continuer d’en envoyer donc beaucoup. Je rappelle euh une adresse, un numéro de téléphone qui sont très importants. L’adresse qui est mise en place depuis déjà 2 mois, c’est tout simple : c’est musique au singulier @radiofrance.com (musique@radiofrance.com). Et le numéro de téléphone qui est en place euh actuellement : 01 56 40 10 04 (01 56 40 10 04). On essaie de répondre et nous répondons à tous les auditeurs qui nous écrivent directement par France Musique et euh via euh vos services de la médiatrice, Emmanuelle Daviet, évidemment. Il se peut qu’on ait un peu de retard, on a on l’a dit, nous avons beaucoup de messages. Si des auditeurs nous écrivent et s’ils nous ont nous entendent et ils nous ont écrit qu’ils n’ont pas eu encore de réponse, ils en auront une assurément, nous traitons tous les mails de tous les auditeurs qui nous parviennent.

Emmanuelle Daviet : Hm. Alors justement, je vais vous donner un exemple d’un auditeur euh qui possède depuis 20 ans une chaîne Hi-Fi parfaitement fonctionnelle et qui ne veut pas écouter la radio sur son téléphone. Charles-Emmanuel Bon, quelle solution simple vous lui proposez ?

Charles-Emmanuel Bon : Alors déjà, il faut rappeler que la FM pour France Musique, c’est encore et toujours 57 %. Donc c’est déjà une couverture qui est extrêmement large, qui est d’ailleurs très beaucoup plus large que celle de beaucoup de radios euh FM aujourd’hui en France. Euh et en plus du DAB+, donc effectivement on peut acheter un adaptateur qui se connecte à la chaîne Hi-Fi, mais il y a plein de façons d’écouter France Musique par internet, à la fois, et vous l’avez cité, sur son ordinateur, sur une tablette, mais aussi des enceintes connectées, euh des assistants vocaux qui peuvent être très simples d’utilisation, sur un téléviseur connecté. Donc il y a plein de façons d’accéder à France Musique, même si on n’a pas encore euh le DAB+ qui est près de chez soi.

Emmanuelle Daviet : Hm. Alors à propos de l’écoute de France Musique, justement : en voiture, soit des auditeurs ne peuvent plus le faire faute d’équipement en DAB+, soit euh ils sont équipés en DAB+ mais se plaignent d’une mauvaise couverture avec des coupures fréquentes ou des décrochages. Alors dans ces cas-là, qu’est-ce qu’on fait ?

Charles-Emmanuel Bon : Alors, il faut voir que le DAB+ a beaucoup de qualités, notamment effectivement la couverture des grands axes. Aujourd’hui, vous pouvez aller de Marseille à Lyon en passant par Brest, vous n’aurez pas de coupure, vous pourrez écouter France Musique sur la totalité du trajet. Évidemment, c’est un comme Sibyle Veil l’a souligné, c’est un réseau qui s’étend et donc petit à petit on va réussir à couvrir l’ensemble euh du territoire. Mais c’est un moyen de diffusion qu’on a pensé particulièrement pour sa continuité et sa capacité à pas avoir de grésillements, euh pas de changement de fréquence. Vous avez juste à cliquer France Musique et vous écoutez France Musique. Donc c’est un mode de diffusion qui est euh moderne, qui est aussi moins énergivore, je tiens à le souligner pour euh notamment dans le cadre de la transition euh énergétique. On consomme beaucoup moins d’électricité à diffuser et à recevoir euh le DAB+. Et donc, c’est vrai qu’il y a des ajustements. On travaille sur ces ajustements, on essaie d’améliorer le plus possible et le plus rapidement possible notre réseau. Par exemple en FM, il y a des endroits où les auditeurs nous ont remonté, par exemple autour de Caen ou autour de Lannion, euh voilà des perturbations. Donc on travaille avec l’Arcom, puisque c’est l’Arcom qui est en charge de ces sujets, de façon à pouvoir euh décaler une fréquence, voilà, de façon à améliorer et à travailler sur la qualité de réception dont on a bien voilà, on a bien conscience qu’elle n’est pas parfaite partout, et donc on travaille vraiment à s’améliorer.

Emmanuelle Daviet : Hm. Au-delà de ces aspects techniques, Sibyle Veil, il y a un point que je trouve intéressant : certains auditeurs vivent aussi comme un symbole euh le fait euh qu’une fréquence de France Musique puisse servir désormais à France Info ou réseau Ici (ex-France Bleu). Pourquoi avoir privilegié l’information plutôt que que la musique ou la culture sur ces fréquences ? Est-ce que cela signifie qu’en matière de diffusion hertzienne, l’information est désormais considérée comme plus prioritaire que la culture ?

Sibyle Veil : Alors tout d’abord, je voudrais dire aux auditeurs que il y a deux piliers dans le service public de la radio aujourd’hui, c’est l’information et la culture, et les deux sont essentiels. On… Je pense que nos auditeurs ont conscience que, à une époque où les fausses informations se multiplient, où ehm il y a des manipulations qui sont diffusées pour le compte de puissances étrangères, chacun doit pouvoir avoir accès à une information de confiance, et c’est notre mission de l’apporter partout en France. Et parfois, c’est même plus qu’une mission, c’est une obligation. Notamment euh qui nous est fixée en situation de crise, par exemple quand il y a euh des crises liées au changement climatique, des feux, euh des mégafeux, des inondations, que tout tombe, qu’il n’y a plus d’électricité, il n’y a plus que la réception hertzienne, notamment la FM, qui nous permet de continuer à informer les populations, à leur expliquer ce qui est en train de se produire, à leur diffuser les messages d’alerte des pouvoirs publics et à leur dire ce qu’ils doivent faire pour se mettre en sécurité. Et ça peut sauver des vies. Et donc, c’est la raison pour laquelle effectivement, pour l’information, nous avons besoin d’avoir un réseau FM le plus complet possible. Et en même temps, il y a la culture qui est un pilier majeur de notre offre, de notre distribution, et on le prouve chaque jour avec la place de la musique sur nos antennes, la place des offres culturelles, et on a bien l’intention de rester un service public de la culture qui soit présent et engagé partout en France.

Emmanuelle Daviet : Autre question fréquente dans les messages que nous recevons au service de la médiation : quel est l’avenir de France Musique ? Alors, c’est une inquiétude des auditeurs qui redoutent une forme d’effacement progressif de la chaîne. Sibyle Veil, que répondez-vous à cette crainte ?

Sibyle Veil : Alors, je voudrais que nos auditeurs sachent l’ambition que nous avons pour France Musique, la considération que nous avons pour vous, ses auditeurs, et l’importance qu’on attache à la mission de service public de France Musique. Donner du plaisir en écoutant cette grande musique, apprendre, faire découvrir, transmettre, c’est ça la mission de France Musique. Et cette saison qu’on vient de lancer le fait encore une fois avec beaucoup de beauté. Il y a des nouveautés qui rencontrent un vrai succès. Il y a toujours une immense qualité grâce à des équipes qui sont brillantes. Un nouveau directeur, Stéphane Grant, qui est avec nous ce matin, qui dirige la chaîne et qui a pour mission de continuer à faire de France Musique une très grande chaîne.

Emmanuelle Daviet : Hm. Stéphane Grant, que répondez-vous à cette inquiétude ?

Stéphane Grant : Que j’ai de l’ambition pour cette chaîne, que nous avons, comme vient de le dire la présidente, euh débuté il y a quelques semaines maintenant une nouvelle grille de France Musique avec de nouveaux rendez-vous, mais pas que : des rendez-vous très installés euh sur cette chaîne depuis quelques années qui ont prouvé leur succès. Je le rappelle : 1 million d’auditeurs dans un contexte où le média radio peut-être malmené, qu’une chaîne comme France Musique qui offre le la qualité euh des émissions que les auditeurs euh écoutent chaque jour euh dans un média où la musique est aujourd’hui quelque chose que l’on peut aller écouter sur d’autres plateformes de streaming, etc. L’offre de France Musique, elle est aujourd’hui unique. Donc l’ambition pour cette chaîne, elle est pas seulement intacte, mais elle est surtout dans un média qui se renouvelle à folle allure, si j’ose dire. On a le l’exigence et la mission de se projeter aussi vers l’avenir. Euh de considérer par exemple le le jeune public qui vient écouter euh par millions, presque 7 millions bientôt d’écoutes pour un podcast comme Octave et Mélo, c’est un succès absolument incroyable pour France Musique. C’est considérer les mélomanes qui sont très attachés à cette chaîne, les concerts que nous diffusons chaque soir. Nous étions hier en direct avec l’Orchestre National de France, comme nous serons ce soir euh avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France dans une opération qui s’appelle Unanime et qui met en valeur les compositrices, le le le les figures féminines dans la musique classique. Enfin bref, l’ambition elle est pas seulement intacte, mais elle est pleine et entière. Et j’ai en tout cas pour souci de ne laisser aucun auditeur de côté dans ce chantier que personne ne mésestime. Encore une fois, nous lisons les courriers de tous les auditeurs, nous y sommes attentifs, nous y répondons, nous prend… nous prenons chacun en considération, et euh nous gardons ambition pleine et entière avec toutes les équipes de cette chaîne pour qu’elle aille encore plus de l’avant. J’ai dans mon bureau, je le montrai tout à l’heure euh à la présidente, une affiche de de France Musique qui doit dater des années 80 ou 90 qui s’appelle « France Musique, le monde prend l’air ». Elle est extrêmement belle cette affiche, et je dois dire aussi que dans le contexte qu’on traverse en ce moment, avec une actualité qui nous sature, actualité politique, actualité internationale, venez, venez écouter France Musique, vous allez respirer, vous allez vous faire du bien, nous sommes avec vous.

Gabrielle Oliveira Guyon : Sibyle Veil, Charles-Emmanuel Bon, Stéphane Grant, je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre aux questions des auditeurs. Alors on a bien compris ce matin que chacun d’eux sera accompagné s’il a des questions, et je rappelle le numéro qu’il est possible de contacter donc pour avoir toutes les informations nécessaires : c’est le 01 56 40 10 04. Et puis vous pouvez écrire également à musique au singulier @radiofrance.com (je répète : musique@radiofrance.com). J’invite vraiment les auditeurs à nous écrire également à la médiation. On lit absolument tous vos mails, on essaie de répondre au mieux et de la manière la plus précise et la plus concrète à toutes vos interrogations. Et j’ai un un mot particulier pour un auditeur de France Musique qui s’appelle Claude, qui dans ce contexte nous écrit régulièrement. Eh bien qu’il sache que nous avons transmis tous ses messages à Stéphane Grant.

Stéphane Grant : Absolument, je les ai reçus, vous me les avez transmis pas plus tard qu’hier et je vais lui répondre aujourd’hui. Merci beaucoup. Merci Gabrielle de nous avoir accueillis ce matin.

Sibyle Veil : Merci Gabrielle.

Gabrielle Oliveira Guyon : Avec grand plaisir. Merci beaucoup Madame la Présidente, Sibyle Veil, Charles-Emmanuel Bon, Stéphane Grant. Et merci beaucoup à la médiatrice de Radio France, Emmanuelle Daviet. Merci à tous les quatre d’avoir été là ce matin, et je tiens à dire aussi un mot, un merci aux quatre formations musicales de Radio France dont nous diffusons les concerts. Ces musiciens avec qui nous partageons la même passion, merci de nous soutenir, de si bien jouer, porter la musique, tous les répertoires. Merci de leur soutien à France Musique, et bientôt donc rendez-vous aux concerts à l’Auditorium, au Studio 104 et partout ailleurs en France. Bonne journée à vous quatre.

Stéphane Grant / Sibyle Veil / Charles-Emmanuel Bon : Merci Gabrielle. Merci.

Jingle : France Musique.

(Pour l’instant.)

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