Générosité
L’ANECDOTE
Au concert du Met de New York en ouverture de saison à la Philharmonie, ce mardi, un dispositif auquel je n’avais jamais assisté. La soprane, Elza van den Heever, livre une scène finale de Salomé particulièrement engagée. S’ensuit l’entracte de pas loin de trente minutes. Puis la seconde partie du concert, les cinquante minutes d’Ein Heldenleben. Et les applaudissements.
À ce moment précis, advient quelque chose que je n’avais jamais vu : la soprano, qui avait fini sa journée depuis une heure et demie, revient sur scène, et chante. Simplement Zueignung, le tube de Richard Strauss, deux minutes trente de musique, mais avec un ambitus suffisamment large pour nécessiter une re-chauffe, et en tout cas pour ne pas faire descendre la tension du concert.
Je n’avais jamais vu un soliste faire ça, et j’avoue avoir été assez ému par la générosité du geste — qui, dans son métier, attendrait une heure trente dans sa tenue de travail (pas de démaquillage, pas de grignotage, pas forcément non plus de papotage pour préserver la voix, un éventuel ré-échauffement…) pour livrer gracieusement un complément à sa prestation déjà achevé ? Même dans un métier passion, ça force le respect — voilà une artiste à laquelle on ne pourra pas reprocher de mépriser son public !
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RENCONTRER « LE MET »
Dans Salomé, orchestre fabuleux également, d’une insolence théâtrale qui trahit l’expérience hallucinante de cet orchestre de fosse surhumain, capable de jouer Elektra le soir même sans répétitions avec un nouveau chef !
Sur le reste du concert straussien (Suite du Rosenkavalier d’Artur Rodziński, Ein Heldenleben), j’ai été moins impressionné par l’orchestre que lorsque je l’ai entendu pour la première fois en salle il y a quelques années (où j’avais été renversé par leur acte IV d’Otello de Verdi). J’ai des hypothèses, sur les deux phénomènes.
Si j’ai été très impressionné initialement, c’est que je m’en faisais une image liée aux disques, aux vidéos, aux bandes radio, captés pour l’immense majorité en situation de direct, et donc avec le très peu de répétitions qui caractérisent le fonctionnement de la maison. Or, le niveau des musiciens – et leur entraînement en situations dégradées – sont tels que leur niveau et leur talent explosent dans un programme de tournée dûment répété.
Pour cette fois-ci, indépendamment du niveau individuel hallucinant (violon solo et trompette solo, notamment), j’ai trouvé la conception un peu uniment forte en volume, extravertie, et je crois surtout que leur appétence pour le répertoire lyrique éclate : les poèmes symphoniques sont certes très bien, mais dès qu’il y a scène dramatique et interaction avec des chanteurs (comme pour Otello ou Salomé), leur implication, leur sens du drame et leur pouvoir magnétique se révèlent. Ce sont des œuvres qu’ils jouent souvent, également.
Pour les amateurs de détail, j’ai trouvé les attaques pas toujours précises (souvent les groupes de pupitres attaquent ensemble, mais pas forcément exactement en même temps que les autres groupes) par rapport au standard hallucinant des autres orchestres qui se produisent dans cette salle, mais rien qui dérange l’écoute.
Je n’ai pas forcément été bouleversé par ce que j’ai entendu, mais très impressionné par Salomé et très touché par le geste de la soprane. Yannick Nézet-Séguin est l’un des assez rares chefs du circuit sur lesquels on entend sans cesse des éloges sur le plan humain, et j’imagine en effet qu’on a d’autant plus envie d’oser ce genre de cadeau lorsqu’on est dans un environnement sain.
Merci, vraiment.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Saison 2026-2027, Brèves