Carnets sur sol

jeudi 23 juillet 2026

L'an 1899 — 17 — Les opéras d'Émile Zola & Alfred Bruneau

Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol

Alfred Bruneau étant le critique du *Figaro* qui a assez gracieusement épargné Casimir Baille, l'occasion est trop belle de parler de lui : très inséré institutionnellement (critique à *Gil Blas* et au *Figaro*, et plus tard directeur musical de l'Opéra-Comique, responsable de l'enseignement musical à l'échelle de la France, membre de la direction du Conservatoire de Paris, élu à l'Académie des Beaux-Arts…), et lié à Zola dès son deuxième opéra, *Le Rêve* (1891).

Le librettiste Louis Gallet qui servait de passerelle entre l'auteur et le compositeur a été écarté au bout du deuxième opéra commun – il se rendait lui-même compte que les deux compères se réunissaient sans lui pour affiner *L'Attaque du Moulin* (1893).

Suivent des collaborations directes dont Gallet est exclu : *Messidor* (1897), *L'Enfant Roi* (1901), *L'Ouragan* (1905), et, après la mort de Zola, Bruneau met au théâtre *Naïs Micoulin* et *Les quatre journées de Jean Gourdon* (et puis, hors opéra, l'oratorio *Lazare* et la musique de scène *La Faute de l'abbé Mouret*), avant que Bruneau n'en revienne à d'autres sujets plus tard dans sa vie, comme *Le roi Candaule*.

*La Faute de l'abbé Mouret* était, au passage, son premier choix, mais Zola l'avait déjà promis à ce pendard de Massenet — qui, comme on peut le vérifier, n'en fit jamais usage — et lui propose en échange son roman à paraître, *Le Rêve*. Bruneau finit par revenir à Mouret après la mort de Zola, mais pas sous la forme d'opéra.

---

**Plus généralement, sur la critique de L'Angélus :**

.. Tous s'accordent sur la faiblesse du sujet (*« mélange de prose et de vers assez agaçant à l'oreille »*, dit *L'Intransigeant*, dont je vous raconte la stupéfiante évolution politique) et trouvent que les personnages ne sont pas développés (motivations inconnues, exposition et dénouement mais pas d'intrigue dit Bruneau...).

.. La musique n'est pas admirée, mais la plupart l'excuse à cause du sujet (*Le Monde illustré*, et même Bruneau dans le *Figaro* « ne manque ni de charme ni de couleur »). Pour info, la critique de Bruneau est résumée dans le *New York Herald*. *Le Monde illustré* trouve le livret médiocre et sa résolution facile, mais apprécie la musique. Arthur Pougin assassine la pièce (uniformément sombre) et même si Baille « connaît son affaire » la musique n'échappe pas aux amers reproche (« scènes entrecoupées de récitatifs »), qui manque de caractère (« la façon dont le musicien a compris et accompli sa tâche n'est pas de nature à éclairer ce drame morne », « l'idée musicale manque essentiellement de personnalité, de relief et de fraîcheur »). Reproche aussi de sacrifier à la mode du jour des « scènes entrecoupées de récitatifs », peut-être avec sous-entendu patriotique.

. La plus plaisante est celle de *L'Intransigeant*, dans une langue plus informelle (« mais, comme son fils a été un peu vif dans ses propos, il faut que ce fils à son tour lui demande pardon à genoux. Refus du gars. ») Parle d'espérances au vu de l'habileté de Baille, mais ne l'exprime pas de façon très tendre : « le musicien sne pouvait donc trouver là matière à développement lyriques ; aussi n'en a-t-il point fait ». *L'Evénement* est plus laconique dans son résumé de l'année musicale : « qui n'était fait pour révolutionner ni l'art ni le public »

.. Seul, le *Roussillon* salue la réussite de l'enfant du pays, entre l'annonce d'une exposition de M. Blanquer et la réunion du conseil d'administration de l'association amicale des anciens élèves du collège de perpignan. « *D'allure très moderne* » (hé bien, ils entendaient quoi à Perpignan ?), « *souligne le drame dans un sentiment toujours juste de situations* », « il y a de fortfort jolies phrases et une bonne orchestration ». Cite d'ailleurs malhonnêtement le seul extrait positif de la critique de bruneau. Concède « ne procède pas par airs détachés et il serait difficile de citer un morceau. » Et fin plate « en somme un oeuvre musicale intéressante et bien venue (sic) ».

---

**Extraits musicaux :**
¶ Début de *Kérim* de Bruneau.
Début du *Rêve* de Bruneau.
Début de *Messidor* de Bruneau

Pour ajouter votre commentaire, envoyez-le ici. Je le publierai à réception. (Sauf mention contraire, bien sûr.)