Carnets sur sol

vendredi 3 juillet 2026

L'an 1899 — 15 — L'Angélus et la critique

Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol

Les années 1890 voient le triomphe du vérisme italien à l'Opéra-Comique.

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Tous les critiques s'accordent sur la faiblesse du sujet de L'Angelus ("mélange de prose et de vers assez agaçant à l'oreille", dit L'Intransigeant), dont les personnages ne sont pas développés (motivations inconnues, exposition et dénouement mais pas d'intrigue dit Bruneau...).

La musique n'est pas admirée, mais la plupart l'excuse à cause du sujet (*Le Monde illustré*, et même Bruneau dans le *Figaro* "ne manque ni de charme ni de couleur"). Pour info, la critique de Bruneau est résumée dans le *New York Herald*. *Le Monde illustré* trouve le livret médiocre et sa résolution facile, mais apprécie la musique. Arthur Pougin défonce la pièce (uniformément sombre) et même si Baille "connaît son affaire" la musique n'échappe pas aux amers reproche (« scènes entrecoupées de récitatifs »), qui manque de caractère ("la façon dont le musicien a compris et accompli sa tâche n'est pas de nature à éclairer ce drame morne", "l'idée musicale manque essentiellement de personnalité, de relief et de fraîcheur"). Reproche aussi de sacrifier à la mode du jour des "scènes entrecoupées de récitatifs", peut-être avec sous-entendu patriotique.

La plus plaisante est celle de *L’Intransigeant*, dans une langue plus informelle ("mais, comme son fils a été un peu vif dans ses propos, il faut que ce fils à son tour lui demande pardon à genoux. Refus du gars.") Parle d'espérances au vu de l'habileté de Baille, mais ne l'exprime pas de façon très tendre : "le musicien ne pouvait donc trouver là matière à développement lyriques ; aussi n'en a-t-il point fait". *L’Evénement* est plus laconique dans son résumé de l'année musicale : "qui n'était fait pour révolutionner ni l'art ni le public"

Seul, le Roussillon salue la réussite de l'enfant du pays, entre l'annonce d'une exposition de M. Blanquer et la réunion du conseil d'administration de l'association amicale des anciens élèves du collège de Perpignan. "D'allure très moderne" (hé bien, ils entendaient quoi à perpignan ?), "souligne le drame dans un sentiment toujours juste de situations", "il y a de fort jolies phrases et une bonne orchestration". Cite d'ailleurs malhonnêtement le seul extrait positif de la critique de Bruneau. Concède "ne procède pas par airs détachés et il serait difficile de citer un morceau." Et fin plate "en somme un oeuvre musicale intéressante et bien venue (sic)".

Le Monde illustré, 11 mars 1899. Parle de décalque de *Cavalleria Rusticana *(à cause de l' action prosaïque) et de la Navarraise qui en était déjà un écho. Récupère le décor du *Flibustier* de Cui, marque du temps.
(Seul à taper sur l'interprète de Phryné, beaux bras et voix médiocre ; prévue aussi pour la créatrice du prince charmant de Cendrillon de Massenet, dont nous parlerons bientôt.)

Extrait musical : Mascagni, *Cavalleria rusticana* : le duo-trio devant l'église, dans la version française de Paul Milliet, co-librettiste d'*Hérodiade*, *Werther* et *Amy Robsart* (un succès d'Isidore de Lara !), librettiste du premier opéra d'Alfred Bruneau (dont nous parlerons au prochain épisode). Sans doute la traduction utilisée à l'époque — il en a aussi réalisé pour *Adriana Lecouvreur* et, plus tard, pour *La Vida breve* de Manuel de Falla.
Cette écoute commentée de Mascagni est l'occasion de mesurer ce qui a pu pénétrer les opéras français de l'époque depuis le vérisme musical italien.

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