Leitmotive de TOSCA — 13 — L'illusion de la Cantate
Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol
. Je fais une petite reprise sur la gavotte et l'hésitation sur le projet de Puccini de ce côté, le sens à lui donner.
. Retour des motifs de Tosca et de l'amour, transformés, puis de celui de Scarpia, très clair, pendant les considérations sur la misère de l'amour.
*Deuxième arioso de Scarpia*
. Arioso de scarpia, jamais utilisé dans les récitals alors que d'autres airs très courts comme "La dolcissima effigie" (Cilea, _Adriana Lecouvreur_) ou "Un dì, all'azzuro spazio" (Giordano, _Andrea Chénier_) pas nécessairement plus développés ou plus marquants thématiquements, on été très utilisés dans les récitals. Il faut dire que ce numéro de Scarpia reste très contextuel, juxtaposant deux parties de caractère opposé : l'une lyrique, qui se moque du comportement habituel des amoureux (l'orchestre fait un arpège lorsqu'il parle de "tirer des accords de la guitare", et imite même ironiquement par deux fois son intervalle sur "roucouler comme un tourtereau"), tandis que l'autre explose en figurant son désir, avec une structure qui se prête moins à la _rengaine_. Mais son absence totale des récitals tient sans doute, à mon avis, à la grande brièveté du moment.
. Après la première partie très consonante, stable et lyrique, explosion : grand récitatif sur des trémolos de cordes, et doublure partielle de sa ligne aux cors. Grands éclats dans l'aigu : "je désire, [...] poursuis, me rassassie et jette".
*INTERROGATOIRE*
. Retour un demi-ton plus bas du thème du policier (deux tons descendants).
. Retour de la formule de la descente de Kundry, mais cette fois sans lien avec l'Attavanti, juste un effet dramatique pour l'entrée soudaine de Spoletta. (On se situe donc davantage dans les procédés que j'appelais "formules" dans _Pelléas_, des cellules musicales récurrentes mais pas nécessairement reliées à un sens précis.)
. Trémolos de quintes à vide comme pour le motif du duel, qui apparaît plus tard, mais pas un motif ici (il manque le 'lancer' initial, le sens aussi), juste quelque chose dans l'imaginaire de Puccini.
. Mélodie en bas du trémolo, pas un motif.
*RECIT DE SPOLETTA*
. Lorsque Spoletta raconte qu'il a sauté dans le jardin pour arrêter le fugitif, accompagnement sur les accords de Scarpia, dans le même esprit que pour 'vi sfido' — le défi de Cavaradossi dans la scène de torture.
. Retour du _fragment c_ du _thème de l'amour heureux à la villa_ lorsque Spoletta dit pénétrer dans la maison,
. Séquence sans motif, mais très belle transition : accords secs et obstinés de ré majeur pour accompagner son échec, avec des éclats de frottements de seconde à la basse, puis même chose mais avec une ligne lyrique à la basse lorsque Scarpia l'insulte ("Ah chien ! Ah traître ! Nid de vipères !", qui devient plaisamment "triple brute" dans la version française de Paul Ferrier), et finalement, après une tension de quinte augmentée, l'incrimination de Cavaradossi par Spoletta, et la ligne de basse sous les accords devient précisément... le motif de cavaradossi ! Progression très réussie.
. Thème de l'interrogatoire, présent seulement au II, mais qui en structure tout le centre. Reprend dès que Scarpia fait une relance, à Cavaradossi directement, ou dans la scène de torture.
*LA FAUSSE CANTATE DE PAISIELLO*
. La cantate : en alternance, hors scène, un choeur _a cappella_ censé figurer une cantate sacrée de Paisiello. (Paisiello est un personnage du drame de Sardou, Puccini avait hésité à inclure une véritable cantate du maître avant de se résoudre à l'écrire lui-même.) Ce chœur est soutenu seulement à l'orchestre par des basses éparses (une par mesure, sur le second temps), que ce soit en référence à l'épure du style classique tardif ou simplement pour donner un repère auditif au chœur et lui permettre de chanter juste (je ne sais). Le texte est volontairement ridiculement hyperbolique, à base de chant humain répandu dans l'empyrée par le concours des chérubins...
. En réalité, stylistiquement, rien à voir avec du Paisiello.
. Pour commencer, Paisiello n'écrivait pas de choeur a cappella. Les cantates (plutôt des motets à cette époque) n'étaient en italien mais en latin (consigne du COncile de Trente, la liturgie peut être glosée moais doit rester en latin). Et elles étaient accompagnées d'orchestre. Les cantates profanes ne parlaient pas de chérubins et se concentraient sur des sujets terrestres. A fortiori à Rome, où l'influence pontificale est évidemment notable.
.. Les choeurs a cappella de l'époque étaient du plain-chant à faux bourdon. Comme on a avait perdu la trace du grégorien (cf. Danjou), on avait recréé, à partir de lignes monodiques héritées ou créées aux XVIIe et XVIIIe siècle, de sommaires harmonisations en accords homorythmiques (compatibles avec Trente). Donc pas de volutes, de fusées, de contre-uts comme ici.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Les vidéos de Carnets sur sol