L'an 1899 — 03 — Messaline & Gwendoline
Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol
Un petit point sur les esthétiques du temps qui voisinent – et quelquefois se combattent – en France.
La même année, on crée l'acte I de Briséis de Chabrier, beaucoup plus proche de l'école wagnérisante — Gwendoline de Chabrier (1886) est le premier opéra français d'esprit wagnérien, bien avant Fervaal de d'Indy (1897) et Le Roi Arthus de Chausson (1903). Je ne compte pas Sigurd de Reyer (1884), dont, malgré des motifs récurrents, la grammaire harmonique et dramatique reste plus classiquement issue du grand opéra à la française.
Chez les Wagnériens, le drame lyrique est lieu de symboles poétiques mais aussi d'ambition musicale, avec une grande recherche formelle, aussi bien dans les structures que dans l'harmonie.
Et au contraire, 1899 est aussi l'année Cendrillon de Massenet, une fable pleine de fraîcheur (avec tout de même une scène d'enchantement aux couleurs plus sombrement tristaniennes, toutes proportions gardées) qui joue sur la veine archaïsante aussi très appréciée en ce temps, du pseudo-baroque typique du goût français de ces années. (Chanson à boire du temps jadis par Saint-Saëns sur un texte de Boileau, Panurge du même Massenet… Cette dilection s'étend ensuite jusqu'aux faux concertos du XVIIIe siècle écrits par les Casadessus.)
C'est aussi l'année où l'on joue pour la première fois Mudarra de Fernand Le Borne, pas le compositeur le plus marquant de sa génération, mais vraiment dans le style français de l'opéra à spectacle. Musique simple qui puisse à l'occasion dans ses ressources lorsque le drame l'exige. C'est l'école académique merveilleusement incarnée par Théodore Dubois. (Les Girondins de Le Borne, joués à l'Opéra de Bordeaux évidemment, ont eu suffisamment de succès pour être ensuite assez bien diffusés en chant-piano.)
L'opéra à grand spectacle, l'opéra wagnérisant, l'opéra archaïsant, l'opéra académique, voilà un peu les univers que nous explorerons pendant cette année 1899. En attendant les autres nations…
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Cette fois, l''extrait choisi est tiré de l'expansif duo d'amour des anciens adversaires (deux minutes plus tôt), Messaline et Harès, à la fin de l'acte I. Très belle musique expansive, on sent (toutes proportions gardées) le contemporain de Richard Strauss dans les élans lyriques plutôt bien soutenus par l'harmonie, et non sans imagination. Toujours une belle veine mélodique aussi, qui lui était reconnue en son temps, on y viendra.
On complètera le portrait d'Isidore de Lara et la réception de son opéra dans les deux ou trois épisodes suivants, avant de poursuivre.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Les vidéos de Carnets sur sol