Carnets sur sol

vendredi 29 novembre 2024

#35 Pong Concerto – pour tennis de table, percussions, violon et orchestre

Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 29 novembre 2024. Version d'origine.

Proposition très originale du Conservatoire du XVIe arrondissement : le récent concerto Ricochet de l'Américain Andy Akiho, qui a déjà été largement diffusé à travers le monde, notamment chez les orchestres d'étudiants.

Le lieu de l'exécution était aussi atypique : dans la nouvelle salle de tennis de table du Stade de la Muette, pour ainsi dire adossée à l'Ambassade de Russie.

Devant le succès de l'unique date, la répétition générale était ouverte au public, rempli de très jeunes gens, fort amusés par le dispositif.

J'avais déjà découvert l'œuvre, il y a quelques mois, par le truchement d'une des multiples vidéos disponibles en ligne. Je n'avais pas été très impressionné : plaisant visuellement, mais peu de matière musicale.

En salle, le ressenti est tout autre.

Certes, la musique, dans une veine épurée influencée par le minimalisme (j'ai pensé à Caroline Shaw, pour situer), avec une tendance aux boucles (mais pas du tout acharnées ou infinies comme dans le véritable minimalisme), à la consonance, n'est pas très dérangeante, mais elle est bien écrite, pas sans relief, avec des recherches de couleurs orchestrale (les cordes se taisent souvent pour laisser place aux solistes ou à d'autres portions de l'orchestre), et surtout un véritable dynamisme.

Certes également, le dispositif tend à faire oublier la musique, et attirer l'attention sur les événements visuels, la dimension sportive ou la performance artistique globale plutôt que sur le langage et le contenu proprement musicaux – alors même qu'ils ne sont pas du tout négligeables. Clairement la partie, pourtant très généreuse, de violon solo, passe un peu au second plan, par exemple.

Pour autant, je ressors très convaincu de l'expérience.

D'abord, tout simplement parce que c'est jubilatoire. Il se passe énormément de choses fantaisistes avec ces pongistes (deux membres du circuit professionnel), et toujours dans une logique musicale. Les balles sont tapées avec des gongs contre le tam-tam chinois, ou sur la table contre la grosse caisse au fil de passes, avec des tambours de basque, des verres à pied pour des sons cristallins ou, le fin du fin, avec des raquettes en bois qui produisent chacune un son de hauteur différente, créant un battement de seconde ! Bien sûr les échanges sont conçus pour s'animer au fil du tempo musical ; même les balles ratées sont intégrées à la chorégraphie sonore, avec des stratégies pour minimiser l'impact des accidents (des balles de rechange dans la main libre, par exemple).

Le public paraît extrêmement réceptif au concept ; il faut dire qu'il est mis à contribution (des balles sont envoyées en cloche dans l'assistance), et que la dimension visuelle, entre le sport et le ballet, surprend et occupe largement l'attention. Même si vous n'êtes pas familier du concert classique, difficile de s'ennuyer avec trente minutes de happening.

Par ailleurs, j'avais déjà évoqué, lors de mes recensions des Jeux Paralympiques, mes sentiments hésitants face à l'esprit de compétition : je trouverais plus beau et plus intéressant de voir, plutôt que l'efficacité pour déterminer le meilleur, de la coopération qui permette de faire, de concert, de belles choses. (Donc, en tennis de table, typiquement, des chorégraphies j'imagine ?) Vous m'objecterez à juste titre que je veux que le sport devienne de l'art. Peut-être.

En cela, la proposition d'Andy Akiho est particulièrement conforme à mes rêveries : la performance sportive est pleinement intégrée à une performance (à l'anglaise cette fois) artistique plus générale.

Avant le (court) concert, qui ne contient que ce concerto de moins de 25 minutes, une introduction intelligente par deux élèves de la classe de théâtre : deux pongistes amateurs jouent tout en parlant de leurs cousines Paulette, étrangement similaires (tiré des Diablogues de 1953, de Roland Dubillard).

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