Carnets sur sol

jeudi 31 octobre 2024

Réaliser une basse continue à la viole de gambe seule, un art redécouvert

Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (notules), le 31 octobre 2024. Version d'origine.

Depuis quelques années, les musiciens redécouvrent la pratique de la réalisation de la basse continue (c'est-à-dire l'improvisation de figures d'accompagnement à partir d'une simple ligne de basse, telle qu'elle figure dans les partitions de style baroque) non pas seulement au clavecin, à l'orgue, au théorbe, à la harpe... mais aussi à la viole de gambe ! (Que j'appelle couramment gambe, parce que c'est joli, mais je devine qu'il faudrait plutôt abréger en viole, puisque la gambe n'indique que la façon de la tenir, entre les jambes ; cependant en contexte gambe me paraît aussi moins ambigu, puisqu'il existe plusieurs types de viole. Donc je fais absolument ce que je veux, mais vous préviens obligeamment contre les possibles ridicules publics que vous encourez en imitant mon usage. )

La pratique de réalisation de basse continue à la gambe est attestée à l'époque de Louis XIII, et passe de mode dans la suite du XVIIe siècle, où l'instrument d'accompagnement chambriste par excellence devient plutôt le théorbe (ou l'archiluth, son wsh cousin). Ce n'est donc pas une fantaisie récente, mais plutôt les retrouvailles avec une pratique qui avait été perdue.

Il faut dire que l'exercice paraît beaucoup plus exigeant sur instrument à corbes frottées : il faut gérer beaucoup d'arpèges et de doubles cordes, ce qui affecte la difficulté des doigtés, augmente les risques sur la justesse, implique des solutions rythmiques complexes (jamais plus de deux notes à la fois, si l'on en veut davantage, il faut les placer quelque part dans ou hors de la mesure)... et tout cela s'ajoute bien évidemment à l'enjeu d'imagination et de réalisation des harmonies et mélodies intermédiaires, déjà présentes pour les autres instruments attachés au continuo (le groupe d'instruments qui tient la basse continue, et dont le nombre varie suivant les participants disponibles). La difficulté supplémentaire résidant dans le fait que ce n'est pas du tout la formation courante des violistes d'aujourd'hui !

Pour ajouter votre commentaire, envoyez-le ici. Je le publierai à réception. (Sauf mention contraire, bien sûr.)