#19 Ubu Roi de Jarry avec musique de scène de Claude Terrasse (Les Frivos, Athénée)
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 17 octobre 2024. Version d'origine.

Faisant toute confiance aux Frivolités Parisiennes, que je suis avec bonheur depuis 2016 et leur Farfadet d'Adolphe Adam au Théâtre Trévise, j'ai tenté d'aller voir Ubu Roi, dans cette version qui remet au théâtre la musique de scène de Claude Terrasse, le célèbre compositeur d'opérettes (notamment à sujets historiques burlesques, assez offenbachien dans le style verbal et la pensée musicale).
C'était en soi un pari et un aveu de confiance, dans la mesure où – les lecteurs assidus de Carnets sur sol (boueux) s'en sont sans doute aperçu –, je suis davantage sensible à l'héroï-comique (transformer en épopée une piteuse traversée dans la boue d'un champ de maïs quelconque) qu'au burlesque (utiliser du langage bas pour faire parler les grands).

Or, Ubu Roi, c'est peu ou prou Macbeth, mais avec des gros mots. Et ça ne me fait pas du tout rire ; je ne dis pas que je trouve ça inconfortable ou impatientant, simplement il ne se produit rien en moi lorsque je le lis.
(Par ailleurs l'éloge tsariste étrange, lu aujourd'hui, met un peu mal à l'aise, jouant dans la main de la xénophobie antipolonaise très répandue en Russie depuis des siècles, qui facilita bien des crimes. Gogol, je vois bien, mais que vient faire Jarry là-dedans ?)

Mais j'avais foi dans les Frivos, surtout avec la mise en scène de Pascal Neyron, qui parvient comme toujours à faire énormément avec peu (ce rideau de yy qui s'effondre et dont les tubes figurent ensuite les souterrains permet de suggérer efficacement un grand nombre de lieux !), et j'espérais, en salle, une glorieuse épiphanie – musique aidant.

Hé bien pas du tout. Dès les premières secondes, en entendant les voix pas timbrées, pas projetées, mal articulées des comédiens (je ne comprends même pas les premières répliques), je sens que ça va être long. Décidement, we are not amused, et pour couronner de tout la musique de scène de Terrasse se contente de ponctuations (sans se mélanger avec la parole, et heureusement, vu qu'on les entendait déjà fort mal), en forme de petites fanfares très homogènes entre elles – les quelques mélodies récurrentes, sont globalement traitées de la même façon à chaque fois, ce qui procure davantage une impression de flemme que de leitmotive. Les musiciens, sur scène, sont par ailleurs la plupart du temps cachés par le rideau (surtout d'en haut) ou peu visibles dans la pénombre.

J'espérais des mélodrames, des numéros un plus peu ambitieusement illustratifs, de ballets, de tours de chant... même dans le cadre du langage certes simple de Terrasse, il y avait de quoi espérer des dispositifs un peu plus singuliers, ou en tout cas un peu plus variés.

Bref, je ne puis dire que j'en aie retiré grande satisfaction, à aucun titre.
Si, les musiciens jouent toujours avec beaucoup de précision et d'engagement, Neyron est très adroit, et Nathalie Bigorre (la Reine légitime et quelques autres rôles) vraiment charismatique.

Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (concerts)