[nouveauté] Norma, saveur à l'ancienne – Rebeka, Deshayes, Teatro Real
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (disques), le 7 octobre 2024. Version d'origine.

Les intégrales d'opéra, depuis le retrait d'Universal de cet type de productions, sont devenues rares au disque. J'aime beaucoup Rebeka, j'aime beaucoup Norma, je me suis lancé.
Les hommes ne sont pas fabuleux, mais on ne vient pas pour ça.
Je suis frappé par la façon dont tout respire l'ancien temps : l'orchestre de fosse vraiment pas terrible (j'avais un souvenir tout à fait correct d'un Pelléas madrilène, et un autre moins avenant de Wozzeck de Gurlitt, que j'avais attribué à la captation et à la rareté de la partition), la direction épaisse qui ronronne – on croirait que Julius Rudel est revenu à la vie – et les chanteuses qui, certes, chantent bien (si l'on passe sur l'italien de Deshayes, en particulier les [ô] très fermés), mais sans cesse à pleins poumons, comme s'il s'agissait d'un tour de force plus que d'un tour de chant.
J'admets avoir été saisi par l'intensité à la fin, Ganci semble s'être un peu chauffé, et Rebeka donne tout le son qu'elle a, on finit par être ému par la simple concentration vocale. Mais ce n'est pas très varié.
Pour vérifier, j'ai réécouté Callas, à qui Rebeka ressemble furieusement ici – et en effet, voix très proches, en revanche Callas joue davantage son personnage – et en fait des caisses, de grands effets de manche pas très subtils psychologiquement – si bien que je crois que je préfère assez largement Rebeka.
Côté orchestre, j'ai pourtant pris Mexico 1950, et je trouve tout de suite le son beaucoup plus vivant, quitte à faire du hors style, au moins c'est un minimum frémissant.
En somme, vraiment pas un enregistrement qui m'a convaincu, mais pour sa démesure, je suis susceptible d'y revenir un jour, au moins réentendreles dernières scènes.
Quand on a entendu ce qu'on peut tirer de l'orchestre de Bellini avec La Scintilla ou le Balthasar-Neumann, difficile de revenir aux gros orchestres lisses, épais et peu informés.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (disques)