Carnets sur sol

mardi 6 août 2024

26/07/24 : Dvořák, Rusalka (à Perth, Australie)

Initialement publié sur le site thématique « 1 jour, 1 opéra », le 6 août 2024. Version d'origine.

Très impressionné par son allure improbable de palais posé sur des galeries, comme un gâteau sur une cerise…

Ce 26 juillet 2024, on donne à Perth (Australie Occidentale) Rusalka d'Antonín Dvořák.

L'œuvre est célèbre, mais le lieu a attiré mon attention : hors de Sydney (qui est déjà perçu assez lointainement), on mentionne peu, en Europe, la vie lyrique australienne. Il faut dire que, sans doute du fait de l'éloignement des autres pays de tradition opératique, les chanteurs y sont souvent des locaux – et cette représentation ne fait pas exception à la règle : les artistes ont tous des noms anglophones, et même la plus apparemment italienne, la soprano Elena Perroni qui tient le rôle-titre, est bel et bien australienne.

La représentation a lieu à His Majesty's Theatre, dont l'histoire n'est pas intéressante.

La région de Perth (capitale de l'Australie Occidentale, autrement dit l'État qui occupe le tiers Ouest du pays-continent) a été observée par les Néerlandais au moins dès 1619, et la première colonie s'installe en 1829 sous drapeau britannique. Le nom même de Perth est donné, semble-t-il en hommage à la ville de naissance (en Écosse) du Ministre des Colonies de l'époque. À quoi tient l'histoire du monde – à un peu de flagornerie.

Malgré le climat méditerranéen (Perth est à la pointe Sud-Ouest de l'Australie), les cultures poussent mal, le désert occupe une vaste part du territoire, et les peuples natifs se montrent peu coopératifs face aux intrus – vous me pardonnerez de ne pas raconter votre histoire, ils n'ont que peu de lien avec la construction du théâtre, comme vous vous l'imaginez.
Car le moment où se joue la fondation du théâtre, c'est en 1881 : de l'or a été trouvé dans tous les États d'Australie (à commencer par les Nouvelles Galles du Sud et l'État de Victoria, dès les années 1850 – et voilà que c'est au tour de l'Australie Occidentale. Un demi-million de personnes, dont des déçus des précédentes ruées, s'installent dans la ville pour aller ensuite prospecter dans le désert. Afflux d'habitants, afflux d'argent, la ville se développe.

Le premier théâtre de la ville, le Theatre Royal de 1200 places, est alors commandé pour être adjoint au Metropole Hôtel (1896), et inauguré en 1897. Mais ce n'est pas assez, et le même édile commande au même architecte un nouvel ensemble hôtel & théâtre, His Majesty's Theatre & Hotel, en hommage au récent couronnement d'Édouard VII. Quelques frayeurs ont émaillé la construction, comme la découverte de fondations instables, qui a rendu impératif le drainage de la rivière souterraine.

Lors de son inauguration, en 1904, c'était le plus grand théâtre d'Australie (2500 places tout de même !), mais aussi le premier bâtiment de Perth édifié en béton armé ! Le tout réalisé dans le style néo-baroque anglais qui prévalait alors pour les bâtiments de luxe de la ville.
On y a joué, au fil des ans, aussi bien de l'opéra que du Shakespeare, du ballet, du musical theatre, etc. Il abrite désormais le Western Australian Opera, la seule compagnie d'opéra professionnelle de l'État (fondée en 1967), accompagnée sur scène par le West Australian Symphony Orchestra (fondé en 1928). On y joue surtout des standards de l'opéra, mais les dernières directions y ont adjoint une politique de commande créations !

Le lieu est toujours extraordinairement isolé, séparé par le désert du reste de l'Australie – l'État ne rejoint d'ailleurs le Commonwealth d'Australie que tardivement, en 1901, et seulement après des concessions importantes des autres États, dont la construction d'une voie de chemin de fer la reliant aux centres urbains de l'Est –, et par l'Océan du reste du monde. Pour autant, il s'agit désormais d'une métropole de 2 millions d'habitants, et je ne mesure pas trop, pour être honnête, son caractère dynamique ou provincial.

Je vous fais grâce de la présentation de l'œuvre, vous pourrez trouver sur Carnets sur sol la présentation du livret et de ses sources, de la musique (et de son empreinte wagnérienne), et pour finir une discographie exhaustive (de 2016, il y a eu quelques nouveautés depuis).

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