Concours Voix Nouvelles 2018
Les demi-finales commencent cette semaine, à l'Opéra de Massy, où il est d'ailleurs possible de réserver des invitations, avant la finale payante à l'Opéra-Comique.
Je découvre à cette occasion que, si le concours reste bloqué sur les références à sa finale 2002, c'est qu'il n'a lieu que de loin en loin : 1988, 1998, 2002.
Le site met en avant un beau palmarès en effet.
– 1988, la première édition : Natalie Dessay (soprano), Valérie Millot (soprano), Anne-Sophie Schmidt (soprano), Martine Olmeda (mezzo-soprano) et Jean-François Vinciguerra (baryton-basse) ; |
C'est donc un événement, vu sa discontinuité. Il a aussi la particularité d'imposer, à chaque étape, un air sur les deux en français (oui, beaucoup d'est-ce toi Marguerite et de saintes médailles qui viennent de nos sœurs).
Le but étant de récompenser des voix emblématiques de la francophonie, quelle que soit la nationalité du candidat.
Le tout se fait sous l'égide de Raymond Duffaut, longtemps patron des Chorégies d'Orange, ce qui dit beaucoup sur le tropisme à la fois plutôt francophile et assez tourné vers les « grandes voix » – liedersänger, passez votre chemin.
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Les finales régionales ont toutes été captées par France 3 (pas forcément diffusées sur la chaîne) et sont disponibles en ligne, je suis donc allé y voir de plus près.
J'ai un peu hésité à en dire un mot pour plusieurs raisons :
∆ les chanteurs sont captés de trop près, on n'entend pas du tout l'épanouissement du son dans la salle, ce qui fausse complètement le jugement sur l'intérêt de ces voix… certaines peuvent paraître difformes de près alors qu'elles sonnent parfaitement, d'autres très belles mais complètement sèches dans un vaste espace… en se faisant un avis à partir des vidéos, on risque de passer totalement à côté de la réalité en salle ;
∆ le concours est manifestement très ouvert sur les qualifications, ce qui donne quelques prestations de jeunes interprètes manifestement morts de trouille, pas vraiment révélateur sur leur potentiel au sein d'une production d'opéra ;
∆ pour la même raison, le concours juxtapose des chanteurs aux qualifications très différentes… à côté d'une fraîche diplômée du Conservatoire de Montauban, on a Barrabé qui a remporté le concours de Marseille il y au moins 5 ans, était présente à l'anniversaire de l'ADAMI ; Bré qui est dans les chœurs d'Accentus et a chanté des solos dans les grosses productions de la Philharmonie ; Texier qui a fait des productions scéniques avec l'Atelier de l'Opéra, qui vient de chanter un des rôles importants de l'Italienne à Alger à Montpellier, et jusqu'à Alix Le Saux, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est assez bien installée : rôles secondaires dans Ory à Favart, dans Tannhäuser à Bastille, rôles principaux de l'Enfant et les Sortilèges, de la Belle Hélène et du Barbier de Séville (tout ça aux Champs-Élysées !)…
Évidemment, ceux qui ont fait les CNSM ou les Ateliers / Académies des maisons d'Opéra, avec ce que cela suppose d'entourage et d'expérience scénique, paraissent bien plus à l'aise… mais ils sont déjà (comme Deshayes en son temps) tout à fait professionnalisés ! Pour eux, Voix Nouvelles peut donner une impulsion décisive pour passer de petit soliste à premier soliste, voire vedette nationale qui peut avoir des entretiens dans Diapason ou du moins Cadences, mais ça ne révèle rien, ces gens sont déjà très insérés dans le milieu.
C'est dommage dans la mesure où cela brouille le message… est-ce qu'on révèle de futures vedettes encore en formation, ou est-ce qu'on donne un coup de pouce à des interprètes déjà installés ? Les premières n'ayant pas vraiment leur chance face à la maturité artistique des autres (alors pourquoi les inviter).
Je me suis quand même prêté au jeu pour attirer l'attention sur quelques personnalités intéressantes, sur quelques tropismes du goût actuel en matière de chant (car tous ces chanteurs filmés ont été sévèrement pré-sélectionnés, bien sûr).
Avec toutes les réserves qu'il y a à faire considérant mon parti pris personnel (les voix en arrière qui sont jolies avec un micro mais qui mangent les mots et qu'on n'entend pas bien dans les salles, c'est à la mode, mais je n'aime pas ça), et considérant les limites techniques de l'audition de ces chanteurs pris la bouche dans le micro !
Pour plus de lisibilité, j'adopterai une cote simple, de 1 à 5 :
2. potentiellement prometteur, encore des choses à régler ;
3. très bien, quoique perfectible sur certains détails ;
4. remarquable ;
5. déjà prêt à faire une grande carrière.
J'ai fait le choix de me fonder essentiellement, pour rester dans la logique du concours, sur la technique vocale plutôt que sur la diction, l'incarnation, l'émotion transmise… toutes choses qui peuvent faire la différence sur scène, en réalité…
Et il va de soi que je commente depuis mon fauteuil quelques minutes de gens qui travaillent depuis des années, sans avoir de légitimité particulière à le faire. Mon but est essentiellement de mettre en avant quelques lignes de force dans le chant d'aujourd'hui, pas de faire le palmarès moi-même (d'autant que les jurys paraissent plutôt compétents (Furlan, Diederich, Rouits…).
J'indique aussi le lien vers les vidéos, le but étant de débroussailler un peu dans le très grand nombre de candidats visibles en ligne.
Vu la quantité de texte et d'entrées, je posterai par groupes, en commentaires. À surveiller, il y en a pour un moment.
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Écrit par DavidLeMarrec , dans Glottologie
(vidéo)
Raphaël Jardin
→’ Ténor.
→’ Air de Max (Freischütz de Weber) et stances de Werther.
→’ Bel aigu libre, mais une tendance à forcer, les attaques sont un peu poussives. Un beau potentiel, mais un peu jeune encore, surtout dans des pièces vaillantes comme Max du Freischütz et les stances de Werther.
→’ 2.
Héloïse Koempgen-Bramy
→’ Soprano.
→’ Mimì et air des bijoux.
→’ Je n'aime pas du tout, c'est en arrière, ça hullule quasiment, comme une voix précocément mûrie, qui se force à un vibrato trop large. Toute la jeunesse et la clarté de la voix sont gommées. À son âge, c'est plutôt alarmant, même si elle ne chante pas mal par ailleurs.
→’ 1.
Éléonore Pancrazi
→’ Mezzo-soprano.
→’ Déjà vue deux fois : L'ÃŽle du Rêve de Hahn et un récital baroque au Musée d'Orsay. Une chouchoute.
→’ « Voi che sapete », et « Amour, viens rendre à mon âme » (Orphée de Gluck).
→’ Superbe rondeur et très belle diction, comme toujours (la voix passe bien en vrai, en plus). Les aigus sont un peu poussés ce soir-là, mais tout ça reste très beau, quoique sans doute en deçà de ce qu'on attend de technique pure dans ce type de concours.
→’ 3 + mon approbation personnelle.
Aline Quentin
→’ Mezzo-soprano.
→’ Air du Prince Charmant (Cendrillon de Massenet), air d'Ellen dans Peter Grimes.
→’ Très ronde et présente, très dense ; voix un brin épaisse pour mon goût, mais très bien menée, façon Crebassa (pas mal de voix dans cette esthétique, réussies ou égarées, dans la sélection du concours). En revanche elle détimbre méchamment en anglais, dans une scène très terne. (D'une manière générale, l'anglais de quasiment tous les candidats est catastrophique.)
→’ 3.
C'est Éléonore Pancrazi qui participera à la demi-finale nationale jeudi prochain à Massy.