Carnets sur sol

mercredi 3 septembre 2014

Grand Satan


Entendu hier :

Ce n'est pas pour critiquer, je ne veux pas ennuyer les animateurs scolaires.

J'aimerais croire qu'il s'agit d'une revitalisation du sens archaïque des cruels ennuis, mais je pressens plutôt l'import et… la contamination.

Autant pour des usages commodes comme réaliser, opportunité, voire performance, l'import se défend, autant, dans d'autres cas où il existe des synonymes, voire des expressions parfaitement correctes, il s'agit purement et simplement d'une confusion. En entend ainsi de plus en plus, même dans des bouches hautement éduquées, « cela n'a rien à faire avec », voire « le plus on joue, le plus on gagne » (variante : « au plus on parle, au plus on se trompe »).

À vrai dire, cela n'a aucune importance, mais je trouve puissamment amusant de constater que des locuteurs qui ne quittent pas le pays (et qui, pour certains, ne pratiquent même pas l'anglais au quotidien) entrelacent la logique de leur propre langue avec une autre – très parente, il est vrai.

C'est banal, c'est futile, mais ça me divertit.

11 roulades

lu— — 3 septembre 2014

je suis (très) sceptique.

David de Phlionte — 3 septembre 2014

et (très) allusif.

David Le Marrec — 3 septembre 2014

J'ai modifié la citation pour qu'elle montre mieux le contexte (qui tirait clairement la signification vers la colère plutôt que le désœuvrement ou même l'humiliation). [Mais je ne suis pas sûr que ce soit ce dont tu parlais de toute façon.]

lu— — 3 septembre 2014

mais que signifie cette phrase (très) ambigüe ?

David Le Marrec — 3 septembre 2014

En contexte, elle ne l'était (très) pas, mais c'est difficile à retranscrire. Ça voulait dire « je critique, mais je ne veux pas énerver / déplaire aux concernés ».

lu— — 3 septembre 2014

je ne te suis pas.

David Le Marrec — 3 septembre 2014

L'emploi d'ennuyer se rapprochait beaucoup d'annoy, en l'occurrence – je n'avais jamais entendu une utilisation avec un aussi fort tropisme de ce côté. Donc ça m'a amusé, pas plus (c'est peut-être une coïncidence, ce n'est pas fondamentalement du mauvais français non plus… et ça voulait peut-être même dire autre chose).

Rémi — 4 septembre 2014

Dans la même veine :
"J'ai le plaisir d'introduire M./Mme X, qui va nous parler de etc."

David Le Marrec — 4 septembre 2014

On peut faire l'introduction dans le grand monde par un petit tuyau.

Cela dit, le sens existe en français, mais c'est vrai, il tend à concurrencer présenter, alors qu'il était plutôt réservé à une langue soutenue (peut-être même un peu désuette).

lu— — 4 septembre 2014

bon, je n’ai toujours pas compris pourquoi ce serait un anglicisme, mais soit, je dois être stupide.

David Le Marrec — 5 octobre 2014

Tiens, j'ai trouvé dans du Segalen ceci : « C'est décevant ! La voix appelle et se dérobe. La voix attire et se moque de nous ! », effectivement proche de ce sens volontaire du verbe décevoir, qu'on entend peu en français — et qui revient souvent par contamination anglaise, ce qui ne doit pas être le cas ici.

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