Carnets sur sol

mardi 12 mars 2013

[Sélection lutins] Les plus beaux cycles de lieder orchestraux du premier XXe siècle


Orchestrés a priori ou a posteriori, une proposition de cycles particulièrement réussis à mon gré. Pour des raisons évidentes de quantité, je n'ai pas retenu les oeuvres isolées. De même, si j'ai inclus les symphonies mettant en musique des poèmes pour voix solo, je n'ai pas conservé les monodrames (comme Schönberg ou Poulenc), qui par définition ne mettent pas en musique de la poésie.

Malgré les réserves que j'ai émises sur les lieder orchestraux en tant que genre poétique, il faut bien admettre que la forme accueille de nombreux chefs-d'oeuvre.

Encore une fois, aucune prétention à l'exhaustivité, simplement une sélection d'oeuvres à écouter, sur le simple critère des goûts du taulier (oui, c'est marqué dans la description : interlope).
Une forme de bouche à oreille, tout à fait informel.

Néanmoins, je crois avoir cité, en fin de compte, non seulement ceux que j'aimais (illustres ou obscurs), mais aussi la plupart de ceux qui sont célèbres. J'ai donc inclus en italique et entre crochets les quelques oeuvres célèbres que je ne recommande pas forcément en premier lieu (voire que je n'aime guère, comme Das Klagende Lied ou le Marteau sans Maître), de façon à disposer d'un panorama un peu plus complet.

Il est intéressant de constater qu'à peu près tous ceux cités ici ressortissent à une esthétique assez proche de l'esprit "décadent", et pas seulement en raison de mes goûts propres : on trouve très peu de lieder orchestraux célèbres dans les périodes précédentes, en dehors des Nuits d'Eté de Berlioz et des Wesendonck-Lieder de Wagner (et ce dernier cycle ne me convainc pas pleinement). Ceux du premier XXe ont pour la plupart cette petite teinte fin-de-siècle, que je les aie "sélectionnés" ou non.

[[ 1880 - Gustav MAHLER - Das Klagende Lied (Mahler d'après Bechstein et Grimm, débuté en 1878) ]]
1886 - Gustav MAHLER - Lieder eines fahrenden Gesellen (Mahler)
1889 - Hugo WOLF - Harfenspieler I,II,III (Goethe)
[[ 1892 - Ernest CHAUSSON - Le Poème de l'amour et de la mer (Bouchor) ]]
[[ 1899 - Edward ELGAR - Sea Pictures (Noel, Mrs Elgar, Barrett Browning, Garnett, Gordon) ]]
1899 - Guy ROPARTZ - Quatre Poèmes de l'Intermezzo de Heine
1901 - Gustav MAHLER - Des Knaben Wunderhorn (Arnim & Brentano, débuté en 1892)
1901 - Oskar FRIED - Die verklärte Nacht (Dehmel)
1903 - Maurice RAVEL - Shéhézarade (Tristan Klingsor)
1904 - Gustav MAHLER - Rückert-Lieder
1904 - Gustav MAHLER - Kindertotenlieder (Rückert)
[[ 1905 - Arnold SCHÖNBERG - Sechs Lieder Op.8 (Hart, volkslieder, Förster traduisant Pétrarque) ]]
1906 - Ernest BLOCH - Poèmes d'automne (Rodès, orchestration 1917)
1908 - Alban BERG - Sieben Frühe-Lieder (orchestration 1928)
1909 - Gustav MAHLER - Das Lied von der Erde (Bethge)
[[ 1911 - Arnold SCHÖNBERG - Gurrelieder (Robert Franz Arnold traduisant Jens Peter Jacobsen, débuté en 1900) ]]
1912 - Alban BERG - Altenberg-Lieder
1914 - Guy ROPARTZ - Quatre Odelettes (Régnier)
1922 - Franz SCHREKER - Fünf Gesänge für eine tiefe Stimme (Ronsperger, débuté en 1909)
1927 - Franz SCHREKER - Vom ewigen Leben (Whitman)
[[ 1929 - Alban BERG - Der Wein (Stefan George traduisant Baudelaire) ]]
1936 - Olivier MESSIAEN - Poèmes pour mi (Messiaen, orchestration 1937)
1938 - Ture RANGSTRÖM - Häxorna (Karlfeldt)
1944 - Henri DUTILLEUX - La Geôle (Cassou)
[[ 1946 - Pierre BOULEZ - Le Visage Nuptial (Char) ]]
1948 - Richard STRAUSS - Vier letzte Lieder (Hesse, Eichendorff)
1948 - Pierre BOULEZ - Le Soleil des eaux (Char)
1952 - Manfred GURLITT - Vier dramatische Gesänge (Hardt, 2 Goethe, Hauptmann)
1954 - Henri DUTILLEUX - Deux sonnets de Jean Cassou
[[ 1954 - Pierre BOULEZ - Le Marteau sans Maître (Char) ]]
1957 - Pierre BOULEZ - Pli selon Pli (Mallarmé)

Je trouve que la présentation par ordre chronologique est assez stimulante, tant elle révèle l'entrelacement de styles différents - et combien ceux qui nous paraissent modernes et originaux le sont parfois vingt ans après les autres... ou inversement, combien certains novateurs le sont à des dates très précoces, davantage que celles auxquelles l'on place généralement leur aire / ère d'influence.

Il existe bien sûr d'autres cycles intéressants, comme certains recueils de mélodies orchestres de Koechlin, mais j'avoue ne pas leur avoir trouvé le même intérêt qu'aux titres (remarquables, vraiment) de cette liste.

Si vous devez en essayer quelques-uns pour commencer, je me permets de vous recommander tout particulièrement les chatoyances de Vom ewigen Leben de Schreker (version Ruzicka, les autres ne rendant pas forcément justice à l'oeuvre), les Vier dramatische Gesänge de Gurlitt et les Quatre Odelettes de Ropartz.

A ceux-là, j'aurais envie d'ajouter certains formats étranges, pour ensemble, ou semi-oratorios, qui auront difficilement l'occasion d'apparaître dans une liste :

Chausson - Chanson Perpétuelle
Roussel - Aeneas
Tournemire - Sixième Symphonie
Maurice Delage - Quatre Poèmes Hindous (Bhartrihari, 2 Heine, anonyme) - 1913
Maurice Delage - Sept Haï-Kaï (anonyme) - 1923
Ravel - Mallarmé
Schönberg - Pierrot Lunaire
Schönberg - Die Glücklische Hand

Dans le même genre, mais pas aussi beau :

Chostakovitch - Quatorzième Symphonie
Penderecki - Neuvième Symphonie

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Toutes ces oeuvres ont bénéficié d'une parution discographique et sont en principe couramment disponibles dans le commerce.

20 roulades

architecte — 12 mars 2013

Très bonne sélection de votre part. Certaines que je ne connaissais pas .

Xavier — 12 mars 2013

A mon sens, les Delage auraient plutôt leur place dans la catégorie musique de chambre avec les Mallarmé de Ravel et le Pierrot lunaire; d'ailleurs on pourrait rajouter les Poèmes de Balmont et les poèmes japonais de Stravinsky qui sont sublimes.

David Le Marrec — 13 mars 2013

@ Architecte :
C'est fait pour cela !

@ Xavier :
En effet ! Je croyais qu'il existait aussi une version pour orchestre des Delage, enregistrée par Armin Jordan et Felicity Lott, mais en remettant le disque, c'est bel et bien la même version de chambre que chez Timpani. Je vais corriger ça.

Pour Stravinski en revanche, j'y entends les moments les plus contrapuntiques et néos de [i]Petrouchka[/i], pas vraiment ce qui me touche. Qu'est-ce qui te paraît majeur ici ? Un peu la même chose que pour Oedipe ? :)

Xavier — 14 mars 2013

Ah non, ce n'est pas du Stravinsky néo pour moi ici!
C'est du Stravinsky assez français je trouve, pas du tout celui d'Oedipe.

David Le Marrec — 14 mars 2013

Mais Petrouchka n'est pas néo non plus. :) Je traçais juste un parallèle avec un Stravinski dépouillé (et ici un peu plus contrapuntique) - mais j'y entends, oui, les mêmes couleurs (assez ternes) que dans Oedipus Rex.

Je n'ai pas entendu le rapport avec les français. Les Mallarmé de Ravel passé à la moulinette du Milhaud symphonique ? :) Sérieusement, tu visais quels français, ça n'est pas évident pour moi ?

Xavier — 14 mars 2013

Eh bien tout d'abord les deux poèmes de Verlaine et ceux de Balmont sont assez ravélo-debussystes, oui, ça me semble flagrant.
Les harmonies des Verlaine sont très debussystes, et les Balmont peuvent effectivement faire penser aux Mallarmé de Ravel à plusieurs moments, mais c'est antérieur. (avec c'est vrai, des trais de piano qui évoquent Petrouchka)
Les poèmes japonais sont plus du "vrai" Stravinsky évidemment, mais on est quand même plus ou moins dans la même lignée. (le dernier accord du 2è!)
Le 3è poème japonais m'évoque certains passages du Rossignol... par contre je ne vois vraiment pas le rapport avec Oedipus Rex dans tout ça...

malko — 16 mars 2013

Les Odelettes sont superbes et envoûtantes.

Arnold — 16 mars 2013

Bonjour,

les Sea Pictures d'Elgar, très réussies et personnelles, n'auraient-elles pas droit à une petite place ? Bien sûr, je ne demande pas que ce soit en gras ou en italique...

David Le Marrec — 16 mars 2013

Bonsoir !

@ Xavier :
Je n'entends pas cela comme tu dis. Tu as probablement raison d'ailleurs, mais les couleurs utilisées par Stravinski me paraissent (j'ai réécouté avant de te répondre) clairement assez différentes, même de Ravel, même des Mallarmé ou des Madécasses. Je n'ai pas regardé les partitions, il n'est pas impossible qu'il y ait des points communs, mais l'usage du matériau, et l'effet produit, ne me paraît pas vraiment proche.

@ Malko :
Tout à fait. Il n'y aurait pas les Shéhérazade, je dirais que les français n'ont pas fait mieux !

@ Arnold :
Effectivement, j'aurais pu / dû les mettre en italique, elles sont finalement assez régulièrement enregistrées, et quelquefois données (en tout cas pas moins que les autres).
Après, personnellement, bien que je les trouve belles, et que j'aime beaucoup l'Elgar vocal (en particulier sacré : choeurs ''a cappella'', oratorios...), je trouve ces Sea Pictures assez fades.

David Le Marrec — 16 mars 2013

Merci, Xavier et Arnold, j'ai opéré les ajustements nécessaires grâce à vos remarques précieuses.

Georges — 17 avril 2013

J'aime beaucoup les folksong de L.Berio et surtout les chants d’Auvergne de J.Canteloube (F. von Stade chez sony) qui m'apportent davantage de joie et d'émotions que bien des œuvres citées ci-dessus (chacun ses préférences)

David Le Marrec — 18 avril 2013

Il faut dire que je ne les classe pas forcément dans les lieder, et certainement pas parmi les "décadents". En plus, les Folk Songs sont écrites pour petit ensemble, plus proches de Pierrot ou des Delage, mais avec une visée esthétique complètement différentes.

J'avoue que pour ce qui est du traditionnel roboratif, je me tourne davantage vers des ensembles spécialistes du folklore (voire de la pop mainstream), plutôt que vers les arrangements souvent un peu corsetés des "grands" compositeurs. Les Berio sont amusants, mais j'avoue que je n'y reviens guère. Quant à Canteloube, oui, j'aime bien, mais on gagnerait grandement à des orchestrations de qualité...

malko — 16 mai 2013

C'est fou les merveilles puisées dans cette seule notule;

Je lui donne la palme d'or.

David Le Marrec — 18 mai 2013

Je crois que c'est surtout le répertoire de cette période qu'il faut incriminer... il regorge de pépites incommensurables !

J'en ai déjà de côté pour une mise à jour...

malko — 6 juin 2013

Encore !

David Le Marrec — 9 juin 2013

Ca viendra en son temps... :)

Je prépare en ce moment une liste pour quatuor & voix (donc surtout du décadent chambriste), et je suis en train également de faire le tri pour le liste du second XXe (difficile de choisir !).

malko — 10 juin 2013

Je suggère d'y mentionner les mélodies de Koechlin.

David Le Marrec — 11 juin 2013

Suggestion très légitime effectivement ! Le problème demeure que ce ne sont pas véritablement des cycles cohérents (sauf ceux de la Jungle, évidemment), et que je n'en suis pas inconditionnel. Autant j'aime son orchestre ou ses mélodies avec piano, autant ses mélodies avec orchestre ont quelque chose d'un peu trop étudié, de trop fini, léché, pour m'émouvoir vraiment.

Mais si tu veux en proposer une sélection, ne te prive pas !

malko — 11 juin 2013

Elles sont tout à fait tel que tu les dépeints; Mais c'est pour ça que je les aime sans jamais qu'elles me lassent : l'émotion y est contenue.

David Le Marrec — 12 juin 2013

Je referai un tour dedans avant de publier la mise à jour !

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