Carnets sur sol

mercredi 16 novembre 2011

Anchise !!!


Histoire d'un écart typographique.

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En lisant la partition de la première édition de Didon de Gustave Charpentier, je suis frappé d'y trouver cette licence dans l'usage expansif de la ponctuation expressive, d'ordinaire davantage dévolue aux pratiques LOLcatisantes :


Oui, à ce moment où Enée distingue dans l'ombre qui lui a fait les plus solennels reproches le spectre de son père, sur une note accentuée tenue dans l'aigu, avec un orchestre écrit fortissimo chargé de basses qui surgissent en octaves chromatiques ascendants précipités, il était indispensable de montrer qu'Enée est très surpris. Ca s'adresse à un ténor, après tout.

L'écart de typo, assez désinvolte, n'est pas si surprenant en fin de compte lorsqu'on a l'habitude des partitions chant / piano anciennes, où la ponctuation est souvent omise ou mal employée, vers aidants... mais marquer l'intonation avec des moyens aussi frustes, je ne l'avais jamais vu. Et j'ai beaucoup ri.

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Sur l'oeuvre elle-même, Premier Grand Prix de Rome en 1887, on reviendra très rapidement.

17 nov à 01 h 11

6 roulades

Era — 17 novembre 2011

C'est drôle ! (!!)

Guillaume — 18 novembre 2011

Ah je croyais que tu étais assez réservé sur ces Charpentier, finalement tu t'es penché dessus !

phc — 19 novembre 2011

J'ignorais que cela pouvait se trouver.
En fait, les "djeuns" n'ont rien inventé...

Papageno — 19 novembre 2011

Tout ce qui peut rendre les intentions du compositeur plus claires est bon à prendre sur une partition.

Pierre — 19 novembre 2011

Après lecture du livre sur le Prix de Rome de Charpentier, je me permets de citer Charpentier lui-même à propos de ces points d'exclamations :

"Pendant que Gounod dictait, je copiai le poème d'une main fébrile. Massenet et les autres professeurs sont là, nous assistent de leur présence, une dernière fois, avant que nous soyons bouclés dans nos cellules. un seul geste et une seule phrase de Massenet, à mon intention. Dans le poème, l'exclamation d'Enée : "Anchise!". Massenet se penche sur ma copie. A côté de "Anchise!" - avec son crayon - il trace rapidement trois points d'exclamation énergiques. Pourquoi? Je l'entends qui me dit, de sa voix la plus calme, avant de me quitter : "Il ne s'agit pas ici du spectre du père d'Hamlet." Je ne comprends pas d'avantage."

Et plus loin :
"L'apparition d'Anchise et l'exclamation d'Enée, avec le triple point de Massenet, marquent le sommet dramatique de la situation. Couper court à tout délayage funèbre. Musicalement : un grand éclat, presque un cri de triomphe pour le ténor. Une apparition non pas sépulcrale mais qui fasse jaillir la lumière. Point culminant et pourtant il faut que ça monte jusqu'à la fin de la cantate. Pas facile à concilier."


En tout cas, à la deuxième écoute, après lecture de l'analyse, j'accroche déjà plus à cette Didon, même si les Impressions d'Italie sont beaucoup plus intéressantes et belles à mes oreilles!

DavidLeMarrec — 20 novembre 2011

Salut à tous cinq !

@ Era !!!!

@ Guillaume :

J'ai effectivement partiellement révisé mon sentiment sur l'oeuvre : il y a des coutures, des faiblesses ou des platitudes (très visibles dans la partition pour piano !), mais c'est tellement bien orchestré (dans un goût proche des opéras de Chausson et d'Indy) que le résultat est quand même vraiment séduisant. Je crois d'ailleurs que c'est la première fois que je lis une partition post-1800 ainsi transfigurée entre sa trame musicale et son orchestration...

@ Philippe :

Oui, j'ai été assez surpris moi aussi. Il y a quand même un pas de franchi entre la simple désinvolture dans le traitement de la ponctuation et le fait de surponctuer comme cela.

@ Patrick :

Certes, mais la situation, comme j'ai pu le souligner un peu sarcastiquement, était-elle si obscure que cela ?

@ Pierre :

Merci pour la remise en perspective, nous avons donc sous les yeux une édition redoutablement authentique - qui ne me convainc pas démesurément, cela dit, des talents de littérateur de Massenet. :)

Concernant les Impressions d'Italie, je t'avais bien dit que ça te plairait. Si tu n'as pas essayé la symphonie de jeunesse de d'Indy ("Italienne"), elle est dans une veine similaire, un peu moins folklorique, mais également pourvue de très belles couleurs.

J'ai beaucoup aimé aussi cette oeuvre, même s'il y a un côté très illustratif, presque anecdotique (une sorte de Harold pyrotechnique) : beaucoup de charme et un très grand talent d'orchestrateur.

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