Carnets sur sol

mercredi 20 juillet 2011

Piotr & Modeste Tchaïkovsky : La ballade du comte Tomski en français


(Partition et extrait sonore ci-après.)

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Nouvel extrait sonore (mars 2015, il m'a fallu un peu de temps pour le découpage), cette fois accompagné au piano par meilleur pianiste que moi-même, ce qui libère à la fois le piano lui-même et la glotte aux mains libres.

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Accompagné par Rémi Castaing, sur le modèle du vampire-lord Ruthven.


L'ancienne version panée par mes soins reste disponible ici.


Pour le récitatif initial, j'ai conservé le texte de Michel Delines (Mikhaïl Ashkinasi) publié chez Mackar & Noël, un peu trop distant du texte original dans l'air que j'ai donc récrit, mais remarquablement inspiré dans le récitatif ("Et nuit et jour les jeunes sybarites / Adoraient la Vénus moscovite").

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1. Questions de méthode

S'écartant un tout petit peu du lied, on propose aujourd'hui, à la suite d'un raisonnement qui sera prochainement exposé dans une notule sur les versions traduites de la Dame de Pique et Eugène Onéguine (tchèque, allemand, anglais, français), une version française chantable de la ballade du comte Tomski. Les versions françaises existantes s'éloignent un peu du texte, en gomment certains aspects, ajoutent des notions (notamment religieuses) qui en sont absentes.

Ici, à l'exception de "Saint-Germain se tut" qui remplace "Saint-Germain n'était pas un couard" (parce que sur peu de syllabes, "était brave" sonne étrangement en français, on voit bien pourquoi...), la traduction est réellement proche, quasiment vers à vers, de l'original russe à partir duquel je l'ai réalisée.

En vers, comme d'habitude, pour préserver une certaine musicalité. Et comme de coutume, la régularité du mètre n'étant pas possible sauf à saccager la prosodie et les rythmes originaux, l'unité du vers se fait par la rime et non par le rythme - ce qui est contraire à l'essence de la poésie parlée mais se fond assez bien dans la poésie chantée lorsque la forme est complexe, comme c'est le plus souvent le cas à l'opéra.

Les modifications rythmiques sont extrêmement marginales (deux, il me semble), et reprennent des carrures que Tchaïkovsky use également selon sa prosodie. On se retrouve ainsi avec [ noire pointée / croche ], au lieu [ noire / croche / croche ], deux configurations que le compositeur utilise dans la ballade aux mêmes endroits, selon ses besoins.
On peut donc aussi réclamer une certaine fidélité musicale - supérieure à celle de la version française de Michel Delines dont on parlera, et qui se révèle plus libérale sur les ajustements.

J'ai aussi tâché de conserver la mise en valeur certaines pointes, ce qui n'était pas toujours facile : la rime embrassée pour "hasard" / "Mozart" impose une distance trop longue pour le débit chanté (l'auditeur a oublié la rime annoncée trois vers plus tôt), mais il était compliqué, vu la succession des événements employés dans le quatrain, de placer "hasard" plus loin. J'y travaille néanmoins, et un certain nombre de ces détails seront prochainement améliorés si des solutions sont trouvées.

Le décalage (un rejet, en fait) dans le vers précédant les deux grandes prises de parole de la Comtesse et de Saint-Germain est présent dans le texte russe. Je l'ai respecté, mais je ne suis vraiment pas certain que ce soit bien joli. C'est l'un des sujets prévus lors de la révision.

Enfin, "trois cartes" ne s'ajustant pas toujours parfaitement à ce qui précède ou suit, j'ai modifié quelquefois l'une des répétitions. Je laisse toutefois cette question à la discrétion de l'interprète : il faut que cela soit harmonieux et confortable. Si l'on ne sent pas bien cette petite brisure, autant conserver trois fois le même syntagme.

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2. Texte français et partition

Tiré de l'acte I de la Dame de Pique, donc.

La traduction n'est pas complètement vers à vers ni littérale, bien sûr, mais je confronte les deux textes à titre indicatif.

Je reprécise également que cette traduction n'est pas conçue pour être lue mais pour être chantée, ce qui change considérablement les choses lors de sa conception. Après test, sans avoir la saveur du russe, elle me paraît fonctionner dans ce cadre. (Mais les avis divergents sont bien sûr autorisés.)

ОднаждÑ‹ в Ð’еÑ€сале au jеu de lа Reine
« Vénus moscovite » пÑ€оигÑ€аласÑŒ доÑ‚ла.
Ð’ числе пÑ€иглашённых бÑ‹л гÑ€аÑ„ Сен-ЖеÑ€мен ;
следя за игÑ€ой, он слыхал, как она
шепÑ‚ала в Ñ€азгаÑ€е азарта :
« О боже ! о боже !
о боже, я всÑ‘ бÑ‹ могла отыгÑ€ать,
когда бÑ‹ Ñ…ваÑ‚ило посÑ‚авить опять
три карты, три карты, три карты ! »
ГраÑ„, вÑ‹бÑ€ав удачно минуту, когда
покинув укÑ€адкой госÑ‚ей полнÑ‹й зал,
кÑ€асавица молча сидела одна,
влÑŽблÑ‘нно над ухом еÑ‘ пÑ€ошепÑ‚ал
слова, слаще звуков Моцарта :
« ГраÑ„иня, гÑ€аÑ„иня,
гÑ€аÑ„иня, ценой одного rendez-vous
Ñ…оÑ‚иÑ‚е, пожалуй, я вам назову
три карты, три карты, три карты? »
ГраÑ„иня вспÑ‹лила : « Как смеёте вÑ‹?! »
Но гÑ€аÑ„ бÑ‹л не трус. И когда чеÑ€ез денÑŒ
кÑ€асавица снова явиласÑŒ, увÑ‹,
без гÑ€оша в каÑ€мане, au jеu de lа Reine
она уже знала три карты...
Их смело посÑ‚авив одну за другой,
веÑ€нула своÑ‘... но какоÑŽ ценой !
О карты, о карты, о карты !
Раз мужу Ñ‚е карты она назвала,
в другой Ñ€аз иÑ… ÑŽнÑ‹й кÑ€асавец узнал.
Но в эту же ночь, лишь осÑ‚аласÑŒ одна,
к ней пÑ€изÑ€ак явился и гÑ€озно сказал :
« Получишь смертелÑŒнÑ‹й удаÑ€ ты
оÑ‚ третьего, кÑ‚о, пÑ‹лко, страсÑ‚но лÑŽбя,
пÑ€идёт, чтобÑ‹ силой узнать оÑ‚ Ñ‚ебя
Ñ€и карты, три карты, три карты,
три карты ! »
Un jour, à Versailles, au jeu de la Reine,
Vénus Moscovite a perdu tout son bien.
Parmi les invités le Comte Saint-Germain
L'entend murmurer dans sa peine,
Priant, ces mots qui ne coûtent trop rien :
« Ô Dieu puissant... ô Dieu puissant...
Mon Dieu, tout le prix de ce bien que je perds,
Je puis le sauver si pour couvrir j'acquiers
Trois cartes, trois cartes, trois cartes ! »
Le Comte, pendant qu'à la table on écarte,
Trouvant sa Vénus bénit le hasard
Et seul, sans témoin, abordant sa rebelle,
Murmure tout bas, à la belle
Soufflant ces mots aussi doux que Mozart :
« Comtesse ! Comtesse !
Comtesse, pour prix d'un discret rendez-vous,
Demandez sans crainte que je vous avoue...
Les cartes, trois cartes, trois cartes ! »
La belle fulmina « Comment, vous osez ! »
Saint-Germain se tut. Mais un jour à l'entracte,
La jeune Comtesse, ruinée par les dés,
Apparaît encor au Jeu de la Reine
Et savait déjà les trois cartes...
La belle mise alors, très sûre elle enchérit
Et regagne ainsi tout son bien... à quel prix !
Ô cartes ! ô cartes ! les cartes !
Par vanité cite à son mari leur nom,
Et tendre à l'amant, lui révèle leur don,
La nuit, rêvant seule, un fantôme sévère,
Paraît devant elle et dit en suaire :
« Un homme informé de ton pacte,
Un homme embrasé d'un furieux amour
Viendra t'arracher au prix de tes jours
Les cartes, trois cartes, trois cartes !
Trois cartes ! »


Voici donc la partition et l'extrait sonore :

de la nouvelle ligne vocale française, qui s'ajuste totalement sur n'importe quelle réduction piano. Par exemple celle-ci, pour la version allemande libre de droits.

N'ayant pas encore eu le loisir de réécrire la partition complète avec compagnement, il est complexe de réaliser seul une prise pour un premier enregistrement de la version française. En attendant que j'en sois suffisamment familier, voici une version en doublage d'un disque (Constantine Orbelian me fait l'amitié de me prêter le Philharmonique de Russie). Les tests ''a cappella'' manquaient du rebond que procure l'accompagnement, donc malgré les départs difficiles à saisir sur un disque et les décalages qu'occasionnent les différerences de ''rubato'' (vous verrez qu'il ralentit considérablement certaines fins de phrase), je propose ceci. %%% C'est une démo de ce que pourrait donner le produit fini, à défaut de mieux (et pardon pour l'affreux sol 3 que je n'ai pas corrigé). Néanmoins, comme elle met assez bien en évidence la plupart de mes intentions de mise en texte, elle suffit amplement en tant que démo, à mon sens. ///html /// %%%

2 roulades

Rémi — 8 mai 2018

Hello David,
Ça rappelle d'excellents souvenirs, merci !
(Donc, tu t'es replongé dans ces vieilles bandes-là ? :P)

DavidLeMarrec — 9 mai 2018

Bonsoir Rémi !

Ça faisait des années que je t'avais dit que je mettrais celui-ci… Effectivement, pour trouver la bonne version, j'ai dû tout réécouter !

Excellents moments en effet, encore si proches que les bandes n'étaient finalement pas une révélation (ou alors je les ai plus souvent réécoutées que je ne crois).

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