Carnets sur sol

samedi 13 mars 2010

[never recorded] Wagner-Wilder's Wotan's farewell in French - Part 2/3

Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol

German & French texts, French comments available there : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2009/03/08/1166

End of scene between Brünnhilde and Wotan, and Wotan's farewell. It was never recorded in French with the scene before, and never anyway in this translation.

The musical Wilder translation is a very rare case in which the translated libretto is far better than the original one. This French poetry, however deeply respectful to Wagner's drama, shows an first category inspiration, with extraordinary verbal force. (In French verse, without any agogic change !) Victor Wilder only omits the reference to Wotan's incestuous love : "Mais si le sort jaloux, si le destin cruel" repeats the same idea, while Wagner says "Muss ich verlieren dich, die ich liebe" ("If I have to lose you whom I love"). Light fault when one considers the superlative quality of this translated libretto.

It changes spectacularly the colour of the score - but it is also bound to the mixed technique I use, as I often sing French opera or melody, and lied. It cannot be used in big theatres for this role, as the large orchestra claims for richer harmonics from the singer (simply to be heard). But with piano in a modest concert room, this works.

I do not like at all most of the Arthur Rackham illustrations I used to make this video, but this is a very convenient and coherent found to accompagny our journey.

Disclaimer : Amateur recording (interpretation and sound). Moreover, I am playing and singing (all roles) at the same time, which is not very helpful to do this correctly. It does not pretend to be an honest version of the score : it is only made to give some idea of rare repertoire. Not to propose a reference.

WOTAN
En vain tu veux détourner ma vengeance ;
Ce que j'ai dit s'accomplira -
Car malgré moi tu dois expier ton offense.
C'est trop s'attarder,
Non, rien ne peut fléchir la céleste colère
Et pour toi le châtiment est certain.
Personne ici ne peut t'y soustraire :
Le dieu lui-même obéit au Destin.

BRÜNNHILDE
Qu'as-tu résolu ? Que vas-tu faire ?

WOTAN
Répandre sur tes yeux les ombres du sommeil.
Qui les viendra rouvrir au soleil
Sera ton époux et ton maître !

BRÜNNHILDE
Qui donc au sommeil doit m'arracher ?
Quelque faible mortel, quelque lâche peut-être !
Mon père, peux-tu le permettre,
Ne puis-je hélas te toucher ?
Ne ferme pas l'oreille à ma voix suppliante ;
Qu'un mortel à l'âme vaillante
Vienne rouvrir les yeux de ton enfant.

WOTAN
Je ne puis t'exaucer, le Destin le défend !

BRÜNNHILDE
A mon voeu consens à te rendre !
Ecrase-moi plutôt à tes pieds comme un ver,
Disperse au loin les lambeaux de ma chair
Aux caprices du vent abandonne ma cendre ;
Mais, ô dieu cruel, à mon front
Epargne ce mortel affront !
Aux accents de ta voix, que jaillisse la flamme,
Entoure ton enfant,
Et qu'un feu flamboyant
M'environne, qu'un lâche au coeur infâme
Jamais ne me nomme sa femme !

WOTAN
Adieu, superbe, vaillante enfant !
Va, contre moi, mon amour te défend !
Adieu ! Adieu ! Adieu !
Nous n'irons plus tous deux chevauchant
Côte à côte dans l'azur du ciel.
Tu ne me tendras plus, toujours souriante
La coupe d'hydromel.
Mais si le sort jaloux, si le destin cruel
Hélas, malgré moi nous sépare,
Je ferai flamboyer un brasier triomphal
Autour de ton lit virginal ;
Pour que sa flamme, embrasant ce rocher,
Gardienne implacable et vigilante,
Aux pas du lâche en défende l'accès !
Un seul pourra vaincre le feu :
Un homme plus libre qu'un dieu. [1]
Ces yeux, si joyeux et si graves,
Que je vis briller tant de fois -
Quand tu nous amenais des braves
Dont les doux accents de ta voix
Vantaient les fiers et mâles exploits.
Ces yeux, souriantes étoiles, [here ends part 1]
Devenus soudain solennels -
Quand ton regard perçait les voiles
Où le Sort dérobe aux mortels
Ses décrets éternels -
Dans un baiser que j'y dépose
Vont s'éteindre sous ta paupière close.
Qu'elle s'ouvre au baiser
D'un plus heureux que moi
L'immortel condamné qui marche à sa ruine.
Et maintenant le dieu se détourne de toi -
En t'enlevant ton essence divine.
Loge, viens ! Viens à ma voix !
Dans le fleuve embrasé de ces pierres stériles,
Fais jaillir le torrent de tes flammes subtiles,
Viens ! Je le veux ! Cède à mes lois !
Décris un cercle immense, protège la fille du dieu !
Loge ! Loge ! Viens !
Qui tremblera devant ma lance
Jamais ne franchira ce feu !

[1]
Here I chose a variant (an 'énéasyllabe' of nine syllables) which bears, I believe, more emotion and more rythm : "Un homme plus libre que le dieu". But Wilder scrupulously respected, as usual, the original musical values.

Pour ajouter votre commentaire, envoyez-le ici. Je le publierai à réception. (Sauf mention contraire, bien sûr.)