Carnets sur sol

jeudi 19 février 2009

Wagner en français, exemple - L'Annonce de la Mort

CSS avait déjà évoqué la question des traductions chantables de Wagner, qui ont longtemps été le moyen principal de connaissance de ses oeuvres en France. On avait aussi rappelé, à cette occasion, la date très tardive des créations françaises de certains opéras moins accessibles (jusqu'à 1914 pour Parsifal !).

Seulement, les témoignages sonores sont rares, se limitant à quelques tubes de l'ancienne époque, gravés sur microsillons. On avait tout de même proposé en téléchargement les lectures de Germaine Lubin, mais la qualité de la diction laissait grandement à désirer, l'une des rares gloires de cette époque à ne pas être irréprochable sur ce point. Comme les lutins pratiquent le Wagner exotique pour le loisir, on se propose de montrer de façon informelle un aperçu de la couleur possible du Ring ainsi transplanté.

Débutons avec l'Annonce de la Mort, dans Die Walküre (quatrième scène de l'acte II).

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Tout d'abord nos excuses pour la prise de son assez difficile des deux extraits (de dos par rapport au chanteur, ce qui explique que la diction soit plus floue qu'à l'accoutumée).

(Et bien entendu, il va de soi qu'il s'agit de répétitions et non d'un produit fini de qualité irréprochable.)

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Version originale


Et le texte original, suivi d'une traduction commerciale :

Vierte Szene

(Brünnhilde, ihr Roß am Zaume
geleitend, tritt aus der Höhle. Sie
trägt Schild und Speer in der einen
Hand, lehnt sich mit der andern an
den Hals des Rosses und betrachtet
so mit ernster Meine Siegmund)

BRÜNNHILDE
Siegmund!
Sieh auf mich!
Ich bin's,
der bald du folgst.

SIEGMUND
Wer bist du, sag',
die so schön und ernst
mir erscheint?

BRÜNNHILDE
Nur Todgeweihten
taugt mein Anblick;
wer mich erschaut
der scheidet vom Lebenslicht.
Auf der Walstatt allein
erschein' ich Edlen:
wer mich gewahrt,
zur Wal kor ich ihn mir!

SIEGMUND
Der dir nun folgt,
wohin führst du den Helden?

BRÜNNHILDE
Zu Walvater,
der dich gewählt,
führ' ich dich:
nach Walhall folgst du mir.

SIEGMUND
In Walhalls Saal
Walvater find' ich allein?

BRÜNNHILDE
Gefallner Helden
hehre Schar
umfängt dich hold
mit hoch-heiligem Gruß.

SIEGMUND
Fänd' ich in Walhall
Wälse, den eignen Vater?

BRÜNNHILDE
Den Vater findet
der Wälsung dort.

SIEGMUND
Grüßt mich in Walhall
froh eine Frau?

BRÜNNHILDE
Wunschmädchen
walten dort hehr:
Wotans Tochter
reicht dir traulich den Trank!

SIEGMUND
Hehr bist du,
und heilig gewahr' ich
das Wotanskind:
doch Eines sag' mir, du Ew'ge!
Begleitet den Bruder
die bräutliche Schwester?
Umfängt Siegmund
Sieglinde dort?

BRÜNNHILDE
Erdenluft
muß sie noch atmen:
Sieglinde sieht
Siegmund dort nicht!

SIEGMUND
So grüße mir Walhall,
grüße mir Wotan,
grüße mir Wälse
und alle Helden,
grüß' auch die holden
Wunschesmädchen-
zu ihnen folg' ich dir nicht.

BRÜNNHILDE
Du sahest der Walküre
sehrenden Blick:
mit ihr mußt du nun ziehn!

SIEGMUND
Wo Sieglinde lebt
in Lust und Leid,
da will Siegmund auch säumen:
noch machte dein Blick
nicht mich erbleichen:
vom Bleiben zwingt er mich nie.

BRÜNNHILDE
So lang du lebst,
zwäng' dich wohl nichts:
doch zwingt dich Toren der Tod:
ihn dir zu künden
kam ich her.

SIEGMUND
Wo wäre der Held,
dem heut' ich fiel?

BRÜNNHILDE
Hunding fällt dich im Streit.

SIEGMUND
Mit Stärkrem drohe,
als Hundings Streichen!
Lauerst du hier
lüstern auf Wal,
jenen kiese zum Fang:
ich denk ihn zu fällen im Kampf!

BRÜNNHILDE
Dir, Wälsung -
höre mich wohl:
dir ward das Los gekiest.

SIEGMUND
Kennst du dies Schwert?
Der mir es schuf,
beschied mir Sieg:
deinem Drohen trotz' ich mit ihm!

BRÜNNHILDE
Der dir es schuf,
beschied dir jetzt Tod:
seine Tugend nimmt er dem Schwert!

SIEGMUND
Schweig, und schrecke
die Schlummernde nicht!


Puis la traduction française que nous avions recopiée du livret EMI (réédition dans la collection économique The Opera Series, pas de nom de traducteur indiqué) pour gagner du temps.

Mauvaise idée : d'innombrables coquilles émaillent le texte (les traits d'union sont par exemple systématiquement supprimés et les mots accolés) ; on y rencontre des espaces à l'anglaise bien sûr, la ponctuation y est oubliée ou rendant les phrases fautives... Surtout, la traduction elle-même est à la fois un peu lointaine, et écrite comme un mot à mot insupportable, parfois même pas compréhensible en s'appuyant sur le texte allemand. C'est d'une désinvolture un peu exagérée...
Trop tard, nous l'avons recopiée... en corrigeant certaines coquilles, en conservant d'autres aberrations pour document, sans pouvoir nous retenir d'en souligner certaines. [En conséquence, on est soulagé de ne pas avoir à livrer de nom d'auteur.]

Quatrième Scène

Brünnhilde, conduisant son cheval par la bride, est sortie de la caverne. Elle s'est avancée, lente et solennelle, et s'arrête à présent - latéralement par rapport à Siegmund - à peu de distance de celui-ci. D'une main elle tient la lance et le bouclier ; de l'autre elle s'appuie sur l'encolure du cheval, et dans un silence grave, elle contemple un moment Siegmund.

BRÜNNHILDE
Siegmund ! -
vois vers moi !
C'est moi, moi
que tu suivras.
[Wilder est combien plus juste... et plus élégant !]

SIEGMUND (dirigeant ses regards sur elle)
Qui donc es-tu,
qui si belle et grave paraît ?
[sic !  Il va de soi que le verbe doit être conjugué à la deuxième personne... Voir entrée 6.]

BRÜNNHILDE
Seuls ceux qui meurent
voient ma face :
à qui m'entend,
j'annonce le jour obscur.
Sur le champ du combat
je vais aux braves :
qui m'aperçoit,
la mort l'a désigné.
[C'est vraiment du mot à mot, et sans le côté rituel de l'original...]

SIEGMUND (la regarde longuement dans les yeux, puis baisse la tête comme pour réfléchir, et enfin se tourne vers elle de nouveau, avec une solennelle gravité)
[Ca ressemble même furieusement à du cacheton traductif, ça. Certes, c'est suffisant pour suivre.]
S'il suit tes pas, où conduis-tu le brave ?

BRÜNNHILDE
Le Maître du Choix
t'a choisi,
viens vers lui :
au Walhall suis mes pas.

SIEGMUND
Le Dieu du Walhall
doit-il seul m'accueillir ?

BRÜNNHILDE
Les forts, les braves,
choeur glorieux,
te vont fêter,
d'un faste triomphal.
[Et la ponctuation est bizarre.]

SIEGMUND
Dois-je trouver là
Wälse, mon propre père ?

BRÜNNHILDE
Au Walhall Wälse
attend son fils.

SIEGMUND
Dois-je y goûter
l'accueil d'une femme ?

BRÜNNHILDE
Vierbes qu'animent ses voeux,
les filles de Wotan,
vont te verser l'hydromel.

SIEGMUND
Noble et sainte
S'annonce la fille de Wotan :
pourtant réponds-moi, Déesse ! [un joli faux-sens, tout de même]
Doit-on voir au Walhall
la soeur, près du frère,
unie à Siegmund
Sieglinde aussi ?

BRÜNNHILDE
L'air terrestre
est pour sa lèvre :
perd Siegmund ici ! [sens ?]

SIEGMUND
Salue alors Walhall, [??]
Salue aussi Wotan,
salue encor Wälse
et tous les braves,
dis mon adieu
aux douces vierges :
vers elles je n'irai pas !
[tellement réalisé à la va-vite que l'accord ne se fait pas au delà d'un vers...]

BRÜNNHILDE
Tu vois de la Walküre [on n'est pas payé au mot traduit, manifestement]
l'oeil meurtrier :
tu dois suivre ses pas !

SIEGMUND
Où Sieglinde vit
en joie et deuil,
là son Siegmund veut vivre :
j'ai vu ton regard sans épouvante ;
en vain tu veux me dompter !

BRÜNNHILDE
Sur toi vivant rien n'a pouvoir ;
la mort pourtant te contraint ;
moi qui l'annonce
j'ai parlé.
[inutilement lointain de l'original...]

SIEGMUND
De moi quel héros
serait vainqueur ?
[l'inversion n'est même pas motivée par l'original... on renverse même la focalisation de la réplique]

BRÜNNHILDE
Hunding doit te frapper.
[très plat par rapport à la concentration de l'original, etc., etc.]

SIEGMUND
Menace vaine -
je brave Hunding [ponctuation ?]
guettes-tu là
l'heure du sang,
mon rival t'appartient
je sais qu'il, mourra sous mes coups ! [sic sic]

BRÜNNHILDE (secouant la tête)
Toi, Wälsung,
écoute-moi bien !
Toi seul ici mourras.
[Ce n'est plus une traduction, c'est un résumé !  Qui évacue toutes les images de Wagner...]

SIEGMUND
Vois cette épée !
Qui la donna promit victoire :
ta menace cède à ce fer !

BRÜNNHILDE (élevant fortement la voix)
Qui la donna décide ta mort
de vertu il prive l'épée !

SIEGMUND (violemment)
Tais-toi ! et n'éveille
pas l'endormie !


--

Version française


Et pour les mêmes raisons de prise de son défaillante, voici la retranscription, pour plus de clarté, du texte chanté. Il s'agit donc de la traduction en vers de Victor Wilder (La Valkyrie), officiellement autorisée par la famille Wagner à l'époque de sa diffusion en France. [La ponctuation est placée par nous en réécoutant l'enregistrement, pour plus de commodité sous la dictée. Elle doit donc différer de la partition, mais on a tâché d'en respecter les rythmes et l'esprit.]

Quatrième scène

BRÜNNHILDE
Siegmound !  Regarde-moi !  Tu me suivras bientôt.

SIEGMUND
Qui donc es-tu, dis, guerrière
Si belle et si fière ?

BRÜNNHILDE
Là-haut ta mort est résolue.
Celui-là doit mourir, que mon regard salue.
J'apparais aux héros tombés dans les combats -
Qui m'a vue est marqué pour le trépas.

SIEGMUND
Si je te suis, où vas-tu me conduire ?

BRÜNNHILDE
Au palais souverain des dieux,
Au Walhall, l'éternelle et céleste demeure.

SIEGMUND
Qui viendra  m'accueillir au séjour radieux ?

BRÜNNHILDE
Les vrais héros qu'un sort prospère
A fait tomber les armes à la main.

SIEGMUND
Parle, au Walhall verrai-je mon noble père ?

BRÜNNHILDE
Ton père est là, tu le verras demain.

SIEGMUND
Mais le Walhall est-il ouvert aux femmes ?

BRÜNNHILDE
Les filles de Wotan aux yeux plein de flammes
T'offriront l'hydromel.

SIEGMUND
Tu m'éblouis, fille du ciel, par la splendeur de ta beauté sacrée.
Réponds, de grâce, au séjour éternel,
Viendra-t-elle avec moi ma compagne adorée,
Vivrons-nous côte à côte au sein de l'empyrée ?

BRÜNNHILDE
Elle doit rester sur terre. Sa vie ici-bas doit suivre son cours.

SIEGMUND
Alors adieu Walhall, délices infinies ;
Adieu, héros tombés dans les combats ;
Adieu, divines Valkyries -
Aux dieux je n'irai pas !

BRÜNNHILDE
Tes jours sont comptés et ton heure est prochaine -
Le Ciel te condamne au trépas !

SIEGMUND
Où Sieglinde vivra, dans la joie ou la peine
Siegmund veut vivre aussi.
Sous ton regard, ton front n'a point pâli -
N'espère pas que je suive ta trace.

BRÜNNHILDE
Folle jactance !  Infructueuse audace !
La Mort ne fait ni grâce ni merci -
Ton sort est décidé, tu mourras aujourd'hui.

SIEGMUND
Et quel homme osera m'immoler à sa rage ?

BRÜNNHILDE
Hunding, ton ennemi.

SIEGMUND
Cher un bras plus robuste, un plus mâle courage !
Et si l'un de nous deux doit te suivre au Walhall
Le choix est fait, c'est lui qui mourra, je l'atteste !

BRÜNNHILDE
Non, c'est lui qui doit te porter le coup fatal !
Telle est la volonté céleste.

SIEGMUND
Celui qui m'a donné ce glaive triomphal
M'a jadis promis la victoire !

BRÜNNHILDE
Promesse vaine et dérisoire,
Ton épée a perdu
Sa force et sa vertu !

SIEGMUND
Tais-toi ! Tu vas éveiller cette femme !


Quelques remarques rapides.

  • On notera la qualité exceptionnelle de la langue, vraiment généreuse et savoureuse. (Folle jactance ! Infructueuse audace !).
  • Mètres variés suivant de très près le texte original, et sans changer une note ni un rythme de la musique de Wagner (un musicien !) ; belles rimes (fonctionnant souvent sur l'idée de contraste) suivies ou croisées, qui donnent un naturel [1] et un raffinement tout particuliers à ce tour de force.
  • Côté prononciation, la partition indique très pédagogiquement Siegmound. [Ce qui nous épargne les méditations abyssales sur la juste prononciation de 'Gunther' dans le Sigurd de Reyer.]
  • Malgré le pari de la mise en vers, le texte traduit est extrêmement proche de l'esprit de l'original, et même souvent de sa lettre. On peut se faire une idée assez exacte de l'original à travers cette traduction - ce qui n'est pas pour rien dans l'intérêt de la présenter ici.
  • Wilder a cependant, et ce n'est pas une surprise, supprimé toutes les allusions au caractère incestueux de l'amour de Sieglinde et Siegmund, dont la parenté nominale n'a pas plus de valeur que celle de la destination de Pamina à Tamino ou de Papagena à Papageno. Viendra-t-elle avec moi ma compagne adorée, / Vivrons-nous côte à côte au sein de l'empyrée ? remplace l'interrogation bien plus explicite sur la perpétuation de l'union du frère à la soeur (Begleitet den Bruder / Die bräutliche Schwester ? [2]). C'est une constante de cette traduction, et une habitude répandue à cette époque dans les traductions françaises.


La traduction de Wilder est bel et bien un bijou, en certains endroits supérieur à l'original, et on espère que les imperfections de l'enregistrement (aussi bien sa source que sa réalisation) n'empêcheront pas les lecteurs de CSS d'en goûter les saveurs.

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Sujets connexes

Sur les versions françaises et les traductions.


Liens tissés.


Enregistrements en libre téléchargement.


Notes

[1] Surtout, en réalité, par l'éloignement des rimes croisées, qui ne sonnent donc pas systématiques dans le flux musical et dramatique.

[2] Soit : La soeur comme fiancée.

Si le mp3 n'est pas encore fonctionnel, voyez cette ancienne version de la notule.

16 fév 09 ; 19 25 56 , on tâtonne à chaque fois, avec des défauts différents selon les prises ///html

Lecteur mp3 en flash, merci Neolao




TEXTE ORIGINAL

WOTAN
Nicht streb, o Maid,
den Mut mir zu stören;
erwarte dein Los,
wie sich's dir wirft;
nicht kiesen kann ich es dir!

Doch fort muß ich jetzt,
fern mich verziehn;
zuviel schon zögert' ich hier;
von der Abwendigen
wend ich mich ab;
nicht wißen darf ich,
was sie sich wünscht;
die Strafe nur
muß vollstreckt ich sehn!

BRÜNNHILDE
Was hast du erdacht,
daß ich erdulde?

WOTAN
In festen Schlaf
verschließ ich dich:
wer so die Wehrlose weckt,
dem ward, erwacht, sie zum Weib!

BRÜNNHILDE
Soll feßelnder Schlaf
fest mich binden,
dem feigsten Manne
zur leichten Beute:
dies eine mußt du erhören,
was heil'ge Angst zu dir fleht!
Die Schlafende schütze
mit scheuchendem Schrecken,
daß nur ein furchtlos
freister Held
hier auf dem Felsen
einst mich fänd!

WOTAN
Zuviel begehrst du,
zuviel der Gunst!

BRÜNNHILDE
Dies eine mußt du gewähren!
Zerknicke dein Kind,
das dein Knie umfaßt;
zertritt die Traute,
zertrümm're die Maid,
ihres Leibes Spur
zerstöre dein Speer:
doch gib, Grausamer, nicht
der gräßlichsten Schmach sie preis!

Auf dein Gebot
entbrenne ein Feuer;
den Felsen umglühe
lodernde Glut;
es leck' ihre Zung',
es freße ihr Zahn
den Zagen,
der frech sich wagte,
dem freislichen Felsen zu nahn!

WOTAN
Leb wohl, du kühnes,
herrliches Kind!
Du meines Herzens
heiligster Stolz!
Leb wohl! Leb wohl! Leb wohl!
Muß ich dich meiden,
und darf nicht minnig
mein Gruß dich mehr grüßen;
sollst du nun nicht mehr
neben mir reiten,
noch Met beim Mahl mir reichen;
muß ich verlieren
dich, die ich liebe,
du lachende Lust meines Auges:
ein bräutliches Feuer
soll dir nun brennen,
wie nie einer Braut es gebrannt!
Flammende Glut
umglühe den Fels;
mit zehrenden Schrecken
scheuch es den Zagen;
der Feige fliehe
Brünnhildes Fels!

Denn einer nur freie die Braut,
der freier als ich, der Gott!

(Brünnhilde sinkt gerüht und
begeistert an Wotans Brust; er hält
sie lange umfangen)

Der Augen leuchtendes Paar,
das oft ich lächelnd gekost,
wenn Kampfeslust
ein Kuß dir lohnte,
wenn kindisch lallend
der helden Lob
von holden Lippen dir floß
dieser Augen strahlendes Paar,
das oft im Sturm mir geglänzt,
wenn Hoffnungsehnen
das Herz mir sengte,
nach Weltenwonne
mein Wunsch verlangte
aus wild webendem Bangen:
zum letzten Mal
letz' es mich heut
mit des Lebewohles
letztem Kuß!
Dem glücklichem Manne
glänzte sein Stern:
dem unseligen Ew'gen
muß es scheidend sich schließen.

(er faßt ihr Haupt in beide Hände)

Denn so kehrt
der Gott sich dir ab,
so küßt er die Gottheit von dir!

(er küßt sie lange auf beide Augen.
Er geleitet sie zart auf einen
niedrigen Mooshügel zu liegen, über
den sich eine breitästige Tanne
ausstreckt. Er betrachtet sie und
schließt ihr den Helm: sein Auge
weilt dann auf der Gestalt der
Schlafenden, die er nun mit dem
großen Stahlschilde der Walküre
ganz zudeckt. Langsam kehrt er sich
ab; mit einen schmerzlichen Blicke
wendet er sich noch einmal um.
Dann schreitet er mit feierlichem
Entschluß in die Mitte der Bühne
und kehrt die Spitze seines Speeres
gegen einen mächtigen Felsstein)

Loge, hör!
Lausche hieher!
Wie zuerst ich dich fand,
als feurige Glut,
wie dann einst du mir schwandest,
als schweifende Lohe;
wie ich dich band,
bann ich dich heut!
Herauf, wabernde Lohe!
Umlodre mir feurig den Fels!

(er stößt mit dem Folgenden dreimal
mit dem Speer auf den Stein)

Loge! Loge! Hieher!

(dem Stein entfährt ein Feuerstrahl
der zur allmählich immer helleren
Flammenglut anschwillt. Lichte
Flackerlohe bricht aus. Lichte
Brunst umgibt Wotan mit wildem
Flackern. Er weist mit dem Speere
gebieterisch dem Feuermeer den
Umkreis des Felsenrandes zur
Strömung an; alsbald zieht es sich
nach dem Hintergrund, wo es nun
fortwährend den Bergsaum
umlodert)

Wer meines Speeres
Spitze fürchtet,
durchschreite das Feuer nie!

(er streckt den Speer wie zum Banne
aus. Dann blickt er schmerzlich auf
Brünnhilde zurück, wendet sich
langsam zum Gehen und blick noch
einmal zurück, ehe er durch das
Feuer verschwindet)

--

TRADUCTION de Victor Wilder

WOTAN
En vain tu veux détourner ma vengeance ;
Ce que j'ai dit s'accomplira -
Car malgré moi tu dois expier ton offense.
C'est trop s'attarder,
Non, rien ne peut fléchir la céleste colère
Et pour toi le châtiment est certain.
Personne ici ne peut t'y soustraire :
Le dieu lui-même obéit au Destin.

BRÜNNHILDE
Qu'as-tu résolu ? Que vas-tu faire ?

WOTAN
Répandre sur tes yeux les ombres du sommeil.
Qui les viendra rouvrir au soleil
Sera ton époux et ton maître !

BRÜNNHILDE
Qui donc au sommeil doit m'arracher ?
Quelque faible mortel, quelque lâche peut-être !
Mon père, peux-tu le permettre,
Ne puis-je hélas te toucher ?
Ne ferme pas l'oreille à ma voix suppliante ;
Qu'un mortel à l'âme vaillante
Vienne rouvrir les yeux de ton enfant.

WOTAN
Je ne puis t'exaucer, le Destin le défend !

BRÜNNHILDE
A mon voeu consens à te rendre !
Ecrase-moi plutôt à tes pieds comme un ver,
Disperse au loin les lambeaux de ma chair
Aux caprices du vent abandonne ma cendre ;
Mais, ô dieu cruel, à mon front
Epargne ce mortel affront !
Aux accents de ta voix, que jaillisse la flamme,
Entoure ton enfant,
Et qu'un feu flamboyant
M'environne, qu'un lâche au coeur infâme
Jamais ne me nomme sa femme !

WOTAN
Adieu, superbe, vaillante enfant !
Va, contre moi, mon amour te défend !
Adieu ! Adieu ! Adieu !
Nous n'irons plus tous deux chevauchant
Côte à côte dans l'azur du ciel.
Tu ne me tendras plus, toujours souriante
La coupe d'hydromel.
Mais si le sort jaloux, si le destin cruel
Hélas, malgré moi nous sépare,
Je ferai flamboyer un brasier triomphal
Autour de ton lit virginal ;
Pour que sa flamme, embrasant ce rocher,
Gardienne implacable et vigilante,
Aux pas du lâche en défende l'accès !
Un seul pourra vaincre le feu :
Un homme plus libre qu'un dieu. [a
Ces yeux, si joyeux et si graves,
Que je vis briller tant de fois -
Quand tu nous amenais des braves
Dont les doux accents de ta voix
Vantaient les fiers et mâles exploits.
Ces yeux, souriantes étoiles,
Devenus soudain solennels -
Quand ton regard perçait les voiles
Où le Sort dérobe aux mortels
Ses décrets éternels -
Dans un baiser que j'y dépose
Vont s'éteindre sous ta paupière close.
Qu'elle s'ouvre au baiser
D'un plus heureux que moi
L'immortel condamné qui marche à sa ruine.
Et maintenant le dieu se détourne de toi -
En t'enlevant ton essence divine.
Loge, viens ! Viens à ma voix !
Dans le fleuve embrasé de ces pierres stériles,
Fais jaillir le torrent de tes flammes subtiles,
Viens ! Je le veux ! Cède à mes lois !
Décris un cercle immense, protège la fille du dieu !
Loge !  Loge !  Viens !
Qui tremblera devant ma lance
Jamais ne franchira ce feu !

[a]
Ici, je choisi une variante plus proche du texte allemand, qui produit un énéasyllabe mais qui porte une charge émotive plus forte, et permet aussi un appui rythmique plus marquant : Un homme plus libre que le dieu. Mais Wilder, lui, a scrupuleusement respecté, comme d'habitude, les valeurs musicales originales... /// Très nombreuses coquilles, absence de traits d'union, espaces à l'anglaise, et ponctuation oubliée ou rendant les phrases fautives... C'est un peu trop.

Mot à mot épouvantable.
1) progrès à faire en surarticulation 2) prise de son de dos 3) pas chauffé, donc attention au son 1) difficile d'être au niveau pour s'accompagner tout en chantant du Wagner, dans une tessiture qui n'est pas la sienne 2) j'ai d'autres priorités que jouer du répertoire rebattu 3) je publie ce que je veux dans mon bac à sable personnel si ça m'amuse ponctu
erreurs
sans nom d'auteur
 

--



9 roulades

Pois de senteur — 8 mars 2009

Y avait pas un duo de prévu avec un super ténor ? Il n'était pas libre ?

DavidLeMarrec — 8 mars 2009

Comment ça, lieber Schneewittchen, le non-ténor n'est pas super ?

Mais vous allez me rendre rouge comme une tomate, non de confusion, mais de dépit, vous savez.

(Ledit ténor, ce n'est qu'une pâle copie qui essaie de mixer aussi admirablement que nous.)


Seule chose que je t'accorde, je suis sans doute mieux en Brünnhilde qu'en Siegmund, mais c'est normal, puisqu'en Brünnhilde personne ne m'a jamais approché. Il faut dire que pour être bien tranquille je chante le rôle à l'octave inférieure, nul risque d'être rattrapé.

Pois de senteur — 8 mars 2009

Mais si ! le non-ténor est super. Lui au moins, il dépasse le mi...

DavidLeMarrec — 8 mars 2009

Ahi ! Toujours pas de mi... Il faudra diagnostiquer ça sérieusement.

(Tout est dans le souffle, pourtant... Il me semblait que les petites tomates apprenaient ça avec leur premier instrument.)

Vous ténoriserez, vous ténoriserez, il n'y a pas de raison.

Pois de senteur — 8 mars 2009

(le mi sort mais le reste ne suit pas et n'accablez pas les petites tomates, elles sont assez malheureuses comme ça)

DavidLeMarrec — 8 mars 2009

Purée, mais si ça sort, il ne reste plus qu'à faire enchaîner !

Promis, je n'accable plus les petites tomates à la neige blanche, je ne veux pas qu'il m'arrive de pépin en buvant ma tisane.

Pois de senteur — 8 mars 2009

Vous faites bien !

Mathieu — 8 décembre 2012

Magnifique interpretation David! Bravo, je suis impressionne!
Chanter a la fois Siegmund et Bruennhilde comme ca, cela ne doit pas etre facile.
Cest pratique chez Wagner, les personnages chantent chacun leur tour!
Pour les aigus, tu utilises la voix mixte, c'est bien ca?
Par contre, j'ai l'impression que tu as supprime certains aigus de Bruennhilde, non?
Sinon as-tu enregistre le duo Sieglinde-Bruennhilde? C'est le moment que je prefere dans cet opera. Par contre, il te faudrait une Waltraute en plus
La traduction est tres reussie mais es-tu sur qu'il ne faut pas changer aussi les noms des personnages? Ou au moins la prononciation de leur nom?

David Le Marrec — 9 décembre 2012

Merci, c'est trop. :)

Le plus difficile n'est pas d'alterner entre Brünnhilde et Siegmund, mais de jouer l'accompagnement simultanément, parce que les deux processus (chant & piano) obéissent à des logiques physiologiques très différentes - le lâcher-prise du chant s'oppose aux exigences de netteté dans l'articulation musicale au clavier, et inversement, l'exactitude de l'accompagnement nuit à la liberté et au placement de la voix.
En l'occurrence, ça s'entend assez nettement du côté du piano, qui n'est pas (pour être gentil) un modèle d'exactitude.

Non, je ne crois pas avoir supprimé quoi que ce soit dans ces prises. Je n'ai pas enregistré le duo Sieglinde-Brünnhilde, le piano est vraiment exigeant et les tessitures aussi. Je pourrais essayer à l'occasion, parce que je les ai souvent joués... mais ce sera plutôt par la voie privée. :) Pas de problème pour Waltraute, les rôles déclamatoires, quelle que soit la tessiture, sont mon péché mignon - je crois d'ailleurs que je réussis bien mieux ce type de rôle hors-tessiture que les rôles plus lyriques dans ma tessiture...

Le nom des personnages dans la partition, c'est Siegmound (à prononcer "Sigmounde" ?) et Brunnhilde, il est vrai que j'ai conservé la prononciation allemande des prénoms, mais ils ne sont pas adaptés.

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Côté technique, ce n'est pas tout à fait ce qu'on appelle de la voix mixte. Ca s'y apparente, mais comme tout cela est écrit en deçà du passage, c'est plus une forme d'allègement, avec caractère "flottant" (les résonateurs faciaux ne sont pas utilisés et l'accolement des cordes vocales est fin), et on entend nettement le larynx assez haut. Ce type d'émission n'est utilisable que dans une salle de petite taille, et disposant d'une bonne réverbération : peu d'harmoniques, donc cela se perdrait dans l'espace ou serait absorbé par un orchestre. L'avantage, c'est sa clarté, sa douceur, l'absence de nécessité de couvrir. Ca peut fonctionner assez bien dans le lied (avec un risque de mollesse néanmoins), mais ce n'est pas à proprement parler une technique d'opéra - normalement on chante avec la même configuration de "pleur", mais avec un accolement épais des cordes, un larynx globalement plus bas (ou au minimum plus central), et plus d'harmoniques du "masque".

Autrement dit, je ne te conseille pas du tout de t'en inspirer, sauf dans certains cas précis - pour un lied au caractère suspendu, dans une acoustique pas trop sèche, ça sonne bien ! De toute façon, à mon avis, ta priorité serait plutôt de chercher des choses au niveau du soutien et du passage, donc surtout pas avec larynx haut, harmoniques faciales rares et voyelles trop ouvertes. :)

Merci pour tes compliments, qui me font très plaisir (j'ai beaucoup de tendresse pour ces enregistrements... ne serait-ce qu'en mémoire du plaisir de se mettre en bouche Wilder !).

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