Carnets sur sol

dimanche 25 janvier 2009

Pistes pour Dutilleux

Puisqu'on en parle, la recommandation de DSS sur les oeuvres essentielles de Dutilleux, par ordre chronologique :

  1. La Geôle, pour baryton et orchestre, sur un poème de Jean Cassou (enregistré seulement, il me semble, par François Le Roux dans l'intégrale Hans Graf / ONBA). Beaucoup de mystère et de couleurs vraiment étonnantes.
  2. Mystères de l'instant pour orchestre. Des textures qui mutent, des motifs qui se répondent, on est assez proche de l'esprit des interludes orchestraux de Déserts de Varèse ou de l'oeuvre de Bruno Mantovani. Donc on apprécie beaucoup par ici. Très belle version par Tortelier.
  3. The Shadows of Time pour orchestre et choeurs d'enfants. Une atmosphère vraiment ineffable, beaucoup de fraîcheur aussi, d'une certaine manière ; et ce malgré le sujet un peu usé à la date de la composition (1997...).


Le reste nous paraît nettement moins essentiel, mais les Deux Sonnets de Jean Cassou, le Concerto pour violon, le Concerto pour violoncelle, les Métaboles et Timbre, Espace, Mouvement méritent tout de même l'attention. De toute façon, le Concerto pour violoncelle, ne serait-ce qu'eu égard à sa réputation quasiment légendaire et à son bon taux de réussite même chez les néophytes en musique contemporaine, est à connaître.

Il est vrai que dans ce goût posttonal, ou plutôt postmodal, on préfère d'autres voix un peu moins hiératiques, un peu moins surraffinées (jusqu'à l'inintelligible), un peu moins tournées vers la richesse - indéniable - de l'orchestration.

6 roulades

Insula dulcamara — 25 janvier 2009

Etrange de vouloir faire un "best of" d'un compositeur qui a déjà si peu produit, et toujours avec une telle exigence. Pour ma part j'aurais toutes les peines du monde à faire des choix dans son catalogue où tout (sauf les quelques oeuvres de jeunesse) relève déjà du chef-d'oeuvre...

DavidLeMarrec — 25 janvier 2009

Salut à vous, frère en kurtágerie !

Oh, le bestofage, ce n'est pas trop la ligne de la maison. Le problème se trouve plutôt pour ceux que son langage rebute : comme son esthétique est assez homogène, on a vite l'impression de ne pas en sortir. Quelques portes d'entrées peuvent aider.

En réalité, l'explication est assez simple : j'écoutais du Dutilleux ce matin, et comme je reçois souvent des questions sur la discographie de tel ou tel, j'ai fait un point rapide sur une sélection de choses très différentes et à mon avis plus réussies. Mais clairement, j'en conviens tout à fait, ce n'est pas la note la plus essentielle du site.

Papageno — 25 janvier 2009

Il y a aussi le quatuor "ainsi la nuit" et l'oeuvre pour piano qu'on peut recommander même au néophytes... quant au côté post-néo-rétro-toni-modal, Karol Beffa classe Dutilleux dans la musique tonale. De fait, dans les partitions que j'ai analysés, il y a toujours un pôle tonal mais celui-ci est parfois dissimulé au point qu'on ne peut pas l'identifier à l'oreille. Bref c'est comme un boeuf-carottes, mais sans boeuf et sans carottes :-)

DavidLeMarrec — 25 janvier 2009

Oui, tout à fait, le fondement de son langage est tonal (ou du moins modal à mon sens, mais il est vrai que ce ne sont pas ses partitions que je fréquente le plus), c'est aussi l'avis d'autres analystes qualifiés, mais effectivement, on ne le sent pas toujours.

D'où ma formulation mi-figue mi-raisin. Merci de l'éclairage !

Xavier — 26 janvier 2009

Ah tiens, Dutilleux inintelligible maintenant?
Pourquoi un tel succès alors?

DavidLeMarrec — 26 janvier 2009

Ce n'est pas tout à fait ce que j'ai dit... J'ai dit jusqu'à... Ca recoupe ce que précisait Patrick : les bases de son langage sont familières, mais il pousse la référence loin, et on la perd facilement à l'écoute seule. Je n'ai pas dit que tout était comme cela, ce n'est pas de l'hédonisme orchestral boulézien non plus, détaché de toutes les fonctions tonales et de toute la tradition.

Pourquoi un tel succès ? Surtout à cause de ce côté hédoniste, j'imagine. Succès à nuancer tout de même, dans la mesure où ça plaît à plus de monde que Boulez, mais à une minorité d'amateurs de classique, je pense. Ils sont constitués en grande majorité de catégorie 1, il faut s'en rappeler.

Face de catégorie 3 !

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