Carnets sur sol

mardi 23 septembre 2008

Retour sur Salammbô de Reyer (extraits sonores)

Et en première mondiale - ça ne rigole pas.

Les 27 et 30 septembre, 2 et 5 octobre prochains se tiennent à Marseille, par la grâce de Renée Auphan, la première représentation de Salammbô depuis quatre-vingt ans au mois. Il n'en existe au disque (et pas sûr que ce soit reporté sur CD) qu'un morceau de l'air des Colombes. Autant dire rien.

CSS ne sera sans doute pas sur les lieux en raison d'un emploi du temps très chargé à tous les niveaux, mais espère motiver ceux qui le pourront pour faire le déplacement.

Pour ce faire, nous avons capté, au cours d'une répétition, cet été, un morceau de l'exposition de Salammbô.

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Du fait des conditions (de répétition, précisément), vous noterez de nombreuses imperfections dans le son et l'exécution, mais l'essentiel est de rendre compte de l'esprit de l'oeuvre.

Pour une description de l'opéra lui-même, nous renvoyons à notre précédent article, où nous incluons le présent fichier.


Je vous retranscris le texte : bien que je me sois appliqué autant que possible à la diction et à la clarté au piano, la prise de son très rudimentaire et la nature de la salle rendent certains moments à mon avis plus difficilement intelligibles (et croyez bien que j'en rougis).

UN CHEF DES MERCENAIRES
Amis ! Celui qui va délivrer ces esclaves,
Il est fort, il est juste et brave entre les braves.
Si Carthage encore aujourd'hui,
Manquant à la foi solennelle,
Retient l'or, prix du sang par nous versé pour elle,
Il faut pour nous venger un chef - que ce soit lui.

MATHÔ (aux esclaves de l'ergastule qu'il amène au banquet)
Calmez vos cris, séchez vos larmes ;
Saluez un meilleur destin,
Mêlez-vous parmi nous.
Prenez place au festin.
Demandez à la fois une coupe et des armes !

SPENDIUS (un esclave grec)
Salut à nos libérateurs !
Salut à vous, dieux protecteurs - dieux d'Ionie !
Salut, brillant éclat des cieux,
Astre d'or au char radieux,
Splendeur bénie...
Salut, sylvains, fils des forêts !
Et vous nymphes des antres frais
Et des fontaines.
(S'adressant aux mercenaires.)
Salut, hommes fiers et vaillants,
Dont l'épée aux éclairs brillants
Brisa nos chaînes. [1]

MATHÔ
Prends cette coupe, et bois.

SPENDIUS
Pourquoi ne vois-je pas
Entre vos mains victorieuses
Etinceler les coupes glorieuses
Où l'on boit à Carthage au retour des combats ?
(Avec intention.)
Je me souviens ! La légion sacrée
Boit seule aux coupes d'or,
Reliques vénérées
Que le sénat jaloux conserve en son trésor !

LE CHOEUR DES MERCENAIRES
Nous voulons boire aux coupes d'or !
Nous voulons boire aux coupes d'or !

NARR'HAVAS
Ah ! Craignez les Baals ! C'est un voeu sacrilège !

SPENDIUS, avec élan
En Grèce, mon pays, il n'est nul privilège
Qu'un dieu jaloux dispute à des soldats vainqueurs !

UN CHEF DES MERCENAIRES
Giscon vient, au nom des sénateurs.

SPENDIUS
La légion sacrée a formé son cortège.

Lire la suite.

Notes

[1] La parenté avec Salut, splendeur du jour de Sigurd est assez frappante. Vous en trouverez deux versions sur CSS : une historique en libre téléchargement (mais mauvaise), une récente (et fabuleuse).

Pour ceux qui ne pourraient néanmoins se rendre à Marseille, le spectacle est capté par France Musique et sera bientôt radiodiffusé.

Autour de Reyer sur CSS :

  • Série sur le Sigurd.
  • Présentation (en exclusivité mondiale comme il se doit) de Salammbô .


12 roulades

T.O. — 23 septembre 2008

J'y serais !
Il me semble toutefois que Salammbo a été représenté en 1940 à Marseille, il y a donc 68 ans :) Je chipote, certes.

L'œuvre a l'air tout à fait sympathique ! J'ai hâte d'y être !

DavidLeMarrec — 23 septembre 2008

Tiens, je pensais que ça avait déjà largement quitté l'affiche à cette date-là, mais il est vrai que Marseille a une tradition... (Et que la province réagit avec un temps de retard.)

Je suis ravi que ça te tente, j'espère que tu en toucheras un mot quelque part. :-)

Vartan — 24 septembre 2008

Il y a dans ces tournures mélodiques, en apparence assez simples, une souplesse harmonique et des climats changeants qui doivent soutenir l'attention. Malgré des vers un peu pompeux à mon goût (mais quand on aime LULLY...) on irait entendre ça avec plaisir !
A noter que le ténor semble avoir fait des progrès considérables, à moins qu'il n'ait baissé et que l'enregistrement soit au moins vieux d'un an. ;-)

Wolferl — 24 septembre 2008

Ton petit extrait me donne encore plus envie d'y assiter, j'espère pouvoir descendre au bon moment, et si c'est le cas je tenterai également d'en rendre compte quelque part... :-)

DavidLeMarrec — 24 septembre 2008

Merci à vous deux pour les réactions !

Wolferl :
Il y a dans ces tournures mélodiques, en apparence assez simples, une souplesse harmonique et des climats changeants qui doivent soutenir l'attention.

Effectivement, pour de l'opéra français, Reyer a cette mobilité que j'aime beaucoup (il utilise aussi les leitmotivs).

Malgré des vers un peu pompeux à mon goût (mais quand on aime LULLY...) on irait entendre ça avec plaisir !

Le livret est relativement faible en effet. Et on est loin de la langue de QUINAULT.

A noter que le ténor

Sois poli s'il te plaît !

semble avoir fait des progrès considérables, à moins qu'il n'ait baissé et que l'enregistrement soit au moins vieux d'un an. ;-)

Tu retournes la hallebarde dans la blessure béante : c'est la dernière captation avant une prise de nouvelles fonctions qui a assez nettement altéré cet aspect de mes activités.


Ton petit extrait me donne encore plus envie d'y assiter, j'espère pouvoir descendre au bon moment, et si c'est le cas je tenterai également d'en rendre compte quelque part... :-)

Si ça te fait envie, c'est merveilleux. Je ne pourrai probablement pas, moi, mais je lirai avec plaisir ton avis ici ou là-bas.

lou — 24 septembre 2008

Il s'agirait donc du premier article de CSS (je n'ai pas épuisé les archives) avec des vrais morceaux de David, sans colorant ?
[conservateur ? pas de politique !]
Ténor ? je resterai poli, comme tu le commandes.
Baryton Martin ?
Non, j'ai dit une ânerie.

En tout cas, on n'entend pratiquement pas l'accent Giscon.
Et pour Marseille, je fais confiance aux deux lutins qui se sont engagés à en faire une relation.
[Marseille, c'est trop loin quand on a une famille nombreuse qui miaule famine]

DavidLeMarrec — 24 septembre 2008

Oui, je n'ai pas dû en mettre, je pense. Il a vraiment fallu une première mondiale pour nous faire exposer de la sorte, vois-tu. :)

(Je vois que tu as bien suivi mes leçons, mais c'est pour mieux me chercher !)

Il existe une nuance entre la nature timbrale (assez claire en effet) et la tessiture réelle. :-)

Morloch — 25 septembre 2008

Tssssk tssssk tout ce travail sur la voix pour la contrarier et s'auto-convaincre que l'ont peut chanter de la Tragédie lyrique et Pelléas, alors qu'on entend clairement un ténor lirico-spinto refoulé qui pourrait montrer toute l'étendue de ses capacités dans un beau Calaf de Turandot (milieu de scène, face au public, ventre en avant, bras écartés, air bovin : " Ma il mio mistero è chiuso in meeeeee, il nome mio nessun saprààà! No, nooo, sulla tua boooooooooooooooooooooccaaaaaaaa looo diròòòòòòòòòòò, quando la luuuuuuceee spleeeeeenderààààààààààààà!"

A part ça, merci beaucoup pour l'extrait, ça donne vraiment envie de découvrir Reyer ! (Et d'entendre plus de :alien: chantant) :)

DavidLeMarrec — 25 septembre 2008

Oh, finalement, ça ne me vexe pas tant que ça (vu que l'extérieur, ça n'est pas si évident que ça), d'autant que je suis aussi très amateur d'opéras du répertoire glottophile (certes pour des raisons bien distinctes). Je me suis très longtemps acharné (à l'époque où j'étais physiquement dans l'impossibilité de chanter) sur mes adaptations piano de l'intégralité de Rigoletto, Trouvère et Don Carlo. :-)

Je crains toutefois que mon métal et ma cavata ne soient à augmenter pour passer les grands tenants du rôle. :)

En revanche, en Siegmund, Phaëton et Renaud, je ne crains personne ! :-))


Merci pour ta phrase en tout petit, je suis bien aise que le prosélytisme soit efficace, d'autant que c'est loin d'être le meilleur Reyer ici...

Pour les :alien: , ma foi, ils sont (presque) timides.

DavidLeMarrec — 25 septembre 2008

(Au passage, il est franchement étrange de devenir soi-même un objet d'étude de CSS, c'est assez troublant.)

Morloch — 26 septembre 2008

Le principal est que les extraits soient bien chantés de façon à ce que cela donne une idée du style, et je trouve que ça fonctionne bien, au point de donner envie d'aller à Marseille écouter ce fichu Reyer. C'est dire.

Après, les considérations sur l'évidente adéquation des :alien: avec le vérisme lyrique sont secondaires - même s'il ne s'agit que d'énoncer des évidences :p

DavidLeMarrec — 27 septembre 2008

On est bien d'accord, le principal est que ça informe, voire que ça fasse envie.

(Mais se faire nommer trois fois ténor, et sous mon toit, jusques à quand, Messieurs les Commentateurs, abuseras-tu de notre patience ?)

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