"On" et le sport, "on" et la nation
Je rencontre par hasard ceci chez Koz. Enfin, le hasard est un bien grand mot, par les temps qui courent. Même France Culture donne les résultats des matchs pour nous enlever le plaisir délicieux de tout ignorer des résultats qui passionnent tout le monde. (sadiques, va)
Je lui ai laissé un commentaire, mais comme il s'agit d'émerveillement autour de la langue, ça pourrait toujours intéresser des lecteurs ici.
Que l’on soit footeux ou pas, y’a quand même marqué France sur leur maillot !
Comme je n'applique pas le boycott de principe (personne ne m'oblige à regarder, à lire ou à en parler, c'est amplement suffisant), c'est l'occasion de m'exprimer sur un sujet qui m'a toujours hautement intrigué.
Allez dire aux tributaires du lagaan que les jeux idiots n'ont rien d'excitant, si vous osez.
Une chose qui me fascine, c'est ce déplacement constant de la prouesse (ou de l'échec) sur la nation.
Certes, c'est avec cela qu'on fait vendre, le frisson d'un guerre entre nations, même amicale.
Mais d'où vient ce "on" collectif ?
Car ceux qui regardent les rencontres, à plus forte raison à la télévision, n'ont aucun lien avec les participants, même pas celui d'être voisin qu'on peut éventuellement rencontrer dans une petite ville. Et aucune influence sur eux.
Qu'on soit fier de son pays, de ses hommes politiques, c'est discutable[1] mais concevable dans la mesure où l'on a prise sur eux, que l'on participe, que l'on influe sur leurs actions.
Je reste très intrigué par l'ivresse que semble susciter cette projection dans les onze bonshommes, comme si on pouvait être eux ou qu'ils étaient un part de nous.
Notes
[1] A priori, on n'a à être fier que de ce que l'on fait, mais c'est sans doute là grande naïveté de ma part.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Langue
Et si ce "on" n'était pas une projection de "nous" dans l'équipe, mais plutôt l'expression d'une appartenance à un groupe plus large : en l'occurrence, celui des supporters (traduction québécoise : partisans) de l'équipe de France. D'un ensemble de personnes qui n'ont pas forcément autre chose en commun, mais qui ont des appréhensions, des angoisses (plus ou moins relativisées), des espoirs communs aux mêmes moments. C'est une façon de se définir comme appartenant à un groupe. Il y a à la fois le plaisir de savoir qu’on a quelque chose en commun avec les membres de ce groupe, qu’on partage quelque chose, d’une certaine façon, et c’est aussi un moyen de se définir et de se positionner dans la société. Tout comme on fait partie d'une famille, d'un groupe d'amis, d'une entreprise/université, d'une association, d'un club de sport, etc...
L'autre question, c'est "pourquoi est-on supporter de l'équipe de France ?" (de foot ou d'autre chose). Parce qu'effectivement, je n'ai pas de raison d'être personnellement fière d'un but de Zidane. Peut-être parce que cela donne une image positive (victorieuse en tout cas) (et quand on gagne) du pays auquel on appartient, et auquel on peut se sentir attaché. De même qu' "on" peut être fier d'un Debussy, d'un Monet, d'un Hugo. (On pourrait aussi être simplement heureux qu'ils aient existé, et être tout aussi "fier", ou plutôt heureux, des artistes, humanistes et scientifiques de tous poils et de toutes nations, simplement en tant qu'être humain, finalement.)
Cela pose en fait la question du nationalisme et du patriotisme. On encourage l'équipe de France parce qu'elle représente (à la façon d'un diplomate) le pays auquel on appartient, et qu'on préfère voir gagnant.