Ian BOSTRIDGE
Manière de mettre la zizanie, voici un sujet sympathique.
Eh bien moi, j’adore absolument Bostridge. Et plus que tout, dans les lieder de Schubert. Si, si. Mais attention, pas n’importe comment ; avec Drake en co-interprète et si possible sur le vif. Le Winterreise avec Andsnes n’est pas totalement exaltant.
Les deux compères déploient une force d’imagination et de suggestion hors du commun. Et jamais dans la facilité. A l’inverse de Fischer-Dieskau, qui articule différemment chaque syllabe (jusqu’à l’orgie d’intentions plus ou moins abouties, dans les années 70), ici ce sont les atmosphères qui sont savamment travaillées. On peut ne pas aimer ce chant grimaçant, mais il y a là une personnalité artistique très affirmée et un travail en profondeur sur les oeuvres, dans le but de leur rendre justice. Dans Im Frühling, Über Wildemann, Der Zwerg ou encore Totengräbers Heimweh, je marche totalement.
Oui, c’est parfois chichiteux, la voix apparaît et disparaît (pas très sonore, on l’imagine), oui, on peut détester ces faces déformées qu’on imagine à l’écoute. Mais c’est tellement construit, tellement éloquent, et m’apprend tellement sur chaque lied que j’écoute en leur compagnie que j’y suis très attaché.
Je m’abstiendrai de faire le récapitulatif de tous les répertoires qu’il a abordé. Mais Orfeo, Aeneas, les Evangelistes, Belmonte et à l’autre bout les songs de Britten et The Tempest d’Ades, c’est très impressionnant. Je l’aime partout, avec cette voix multiforme, qui semble successivement passer par tous les conduits possibles, avec au besoin aussi bien des bruits de gorge que de l’émission mixte...
Ajout du mardi 3 juillet 2007 : on peut entendre Ian Bostridge et Julius Drake dans une radiodiffusion archivée par la radio lettonne : article correspondant.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Disques et représentations, Portraits
bonjour (je crois que c'est la première fois que je poste ici)
Je n'avais pas vu que vous étiez amateur de Bostridge, pour information aux parisiens qui passent par ici, il passe le 23 janvier au châtelet avec Drake dans un programme de lieder de Schubert (ce n'est pas précisé lesquels)
La description ici faite est attirante, mais quand vous dites "chichiteux", ça veut dire plutôt subtil ou plutôt lourdingue et affecté ? bah je verrai bien et de toutes façons à vous lire Brendel aussi est chichiteux (pauvre Alfred tiens, qui jouerait Beethoven le petit doigt en l'air, s'il savait) et je croyais que c'était rédhibitoire sur ce blog. Il y a donc des bons chichiteux (les chichiteux qui se sont achetés une conduite) et les mauvais chichiteux (les infââââââmes).
Bon je vous dirai ce que j'en ai pensé, et on fera avancer la science de la chichitologie.