Carnets sur sol

samedi 13 août 2005

Votre R, comment l'entendez-vous ?

Pour le chant, partisans du r apical (roulé) ou du r uvulaire (celui du français standard actuel) ?

Je repensais récemment aux propos de Pierre Jourdan, directeur du Théâtre Impérial de Compiègne, sur le r roulé qui forçait selon lui la nasalisation malsaine. Je dois reconnaître que ses résultats sont très convaincants.
Pourtant, j'ai quatre réserves à ce propos, qui me font au total préférer le r apical :

- Par goût, je trouve plus esthétique et moins rugueux le r roulé.
- Les chanteurs de ce que l'on appelle l'Age d'Or du chant français roulaient abondamment les r, et l'on ne peut pas dire qu'ils en chantaient mal pour autant. Il est juste que le chant était plus nasal avant les années cinquante, mais cela n'est nullement gênant, et si c'est utile pour tenir plus facilement les tessitures, je ne vois pas où est le problème.
- Surtout, le r uvulaire est souvent inaudible, râclé en fond de gorge, et rend la compréhension par conséquent plus difficile.
- Le r apical permet de poursuivre une voyelle, ce qui facilite la continuité du chant. Essayez donc de prononcer 'drvo' avec un r uvulaire et on en reparle.

Evidemment, on peut préférer un r plus proche de notre pratique quotidienne, en tout cas pour les oeuvres plus récentes (XIXe-XXe). Ou encore se contenter d'articuler le r en avant lorsqu'il est plus faible dans le mot. Mais ces remarques me semblent très minimes par rapport aux gains que j'exposais plus haut.

Voilà pour moi, à vous !

David - rrrradical

4 roulades

Philippe[s] — 16 août 2005

On peut peut-être préférer une position de compromis telle que l'exposait Robert Massard l'autre matin sur Frrrance-Musique[s]?

DavidLeMarrec — 17 août 2005

Evidemment que le compromis est sans doute préférable, mais même dans le répertoire du vingtième, il peut être opportun de rouler très légèrement certains r implosifs pour les rendre plus audibles.

Que disait donc Robert Massard sur France-Musique[s] ?


David[s] - lettonparintérim

Philippe[s] — 21 août 2005

Rien de bien transcendant (les exemples de son chant était plus parlants): un peu une position de normand, quand même plutôt du côté du roulement de R (R apical !), mais avec modération.

DavidLeMarrec — 22 août 2005

Merci !

Si j'en crois son chant, le r est régulièrement roulé - sauf dans les ouvrages du vingtième siècle, tout particulièrement les Claudel comme Christoph' Colomb (où en plus les e atones finals sont escamotés). Bref, une adéquation stylistique intelligente, mais qui est au coeur de la discussion pour le dix-neuvième siècle - où il roule abondamment, alors que l'homme de la rue les faisait uvulaires.


Il faudra d'ailleurs que je prenne deux instants pour mettre son Chorèbe et son Gunther sur la radio.

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