Leitmotive de TOSCA — 18 — La nuit luisait d'étoiles
Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol
Ce dix-huitième épisode inaugure le dernier acte de *Tosca*, sur lequel il y aura, en matière de motifs, sensiblement moins à dire – excepté certains moments saillants comme "E lucevan le stelle" ou la fin.
**BRUITS DE ROME**
. Débute sur une section très peu motivique. Le thème entendu au début aux cors seuls sera aussi celui du duo d'amour dans sa partie *a cappella*.
. Puis arrive le pâtre hors scène, entendu depuis le Fort, en dialecte du latium.
.. Accords en quintes directes : archaïsmes authentiques ? Relâchement de la musique populaire ? Mais quand même des frottements et des accords de 4 sons, peu en accord avec l'esthétique populaire, même si demeure pas très dense globalement (alternance des mêmes accords).
. Effets de cloches obstinées à l'orchestre, et plusieurs hauteurs et timbres de cloches mandatés.
. Seul motif qui apparaît, Scarpia dans sa tonalité initiale, de plus en plus rapide, pour rappeler d'où l'on vient — et la menace qui pèse sur cet acte qui commence à trois heures du matin, avec l'écho des campagnes environnantes depuis le lieu (véritable) du Château Saint-Ange. (J'imagine qu'il était en effet possible au XIXe siècle d'apercevoir des champs à proximité de l'agglomération, le Fort étant déjà légèrement excentré.)
. Le livret d'origine prévoit deux niveaux, avec une plate-forme au-dessus de l'endroit où Cavaradossi écrit et où se tient le registre du sergent.
. Le thème lyrique simple aux cordes, façon intermezzo de *Cavalleria rusticana* de Mascagni, et en effet très parent du langage des véristes musicaux, débute comme le thème de *Tosca*, mais ce n'est pas le même et il ne revient pas ailleurs. Mélange de rythmes et de hauteurs de cloches.
. Puis arrive le thème tout nu (unissons / octaves de cordes) d' "E lucevan le stelle".
. Aux violoncelles, le thème de Tosca en version longue lorsque Cavaradossi évoque son souvenir "io lascio al monde una personna cara".
**LA GEÔLE**
. Rythmes similaires au motif de la détresse, mais pas tout à fait la même chose. Étrange d'ailleurs que Cavaradossi fasse mine d'être pauvre, puisqu'il n'a pris un travail à Rome que pour vivre auprès de Floria, qu'il a son pied à terre à Paris et sa villa dans le Latium... (Confiscation possible sous Marie-Caroline ? Pas évident. Fait partie de ces gestes dramatiques très efficaces, mais qui ne sont pas cohérents dans un univers authentiquement réaliste. On en reparle à l'épisode suivant.)
. Lorsque le geôlier accepte, le motif joyeux de la maison reparaît.
. L'interlude dont on a déjà parlé à l'épisode 1 : violoncelles seuls qui chantent de façon très lyrique, avec ces accords de 4 sons typiques. thème de tosca dans sa version longue (7 mesures complètes, l'élan pris deux fois, les gammes ascendantes). Débouche sur le motif de la douleur de Tosca (lui-même issu du motif de l'amour), et descente chromatique. On a déjà parlé de son usage pour opérer une transition entre deux tonalités, mais la descente chromatique est aussi liée, d'abord à la jalousie de Tosca, ensuite et surtout aux manipulations de Scarpia.
**E LUCEVAN LE STELLE**
. Le thème d'E lucevan le stelle, à la clarinette solo, fait lui aussi une volute de notes conjointes (qui se suivent), parent du motif de la douleur de Tosca, pour cet adieu à la vie de Cavaradossi.
. L'air est à nouveau accompagné tout en syncopes. Très simple et efficace, Cavaradossi déclame des notes répétées pour évoquer la présence de Tosca, pendant que la clarinette chante, puis la partie lyrique de son air advient pour la partie plus réflexive, doublée par les cordes. Puccini avait décliné l'idée d'un air plus développé, où Cavaradossi développait sa vision de la vie de façon plus philosophique et livresque, justifiant son statut de voltairien relevé par Scarpia. Mais Puccini souhaitait du sentiment, pas de la glose.
. La fin de l'air est directement enchaînée à la suite, dans une modulation en majeur. Mais souvent, à la scène, les chefs ménagent une fin pour permettre au ténor de se faire applaudir.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Les vidéos de Carnets sur sol