L'an 1899 — 07 — L'Angélus, de Casimir BAILLE : ce que me content les cloches
Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol
Dans cette vidéo, je fais d'abord le point sur ce qu'est l'angélus et sur la place des cloches à la fin du XIXe siècle, sur leur place fantasmée chez le public de la troisième Salle Favart.
Extraits sonores :
¶ Prélude de _L'Angélus_ de Casimir BAILLE ;
¶ Chansons populaires dans _L'Étranger_ de Vincent D'INDY ;
¶ _Cloches du soir_ de César FRANCK (poème de Marceline Desbordes- Valmore) ;
¶ Final parsifalien du _Chant de la Cloche_ de Vincent D'INDY.
Les cloches sont fréquemment convoquées dans l'imaginaire des compositeurs romantiques. Aux échos fantastiques (_La Symphonie Fantastique_) ou de pure couleur locale (les cloches du couvent de l'acte II du _Trouvère_, ou la minuit de _Rigoletto_), la fin du XIXe siècle français préfère souvent des approches édifiantes, dans la veine qu'on décrit parfois comme 'sulpicienne'.
Parmi les opéras importants de la période qui le portent jusque dans leur titre, _Le Chant de la Cloche_ de Vincent d'Indy et plus tard _Quand la cloche sonnera_ d'Alfred Bachelet. Franck a aussi commis une mélodie chant-piano édifiante nommée l'Angélus.
L'Angélus est angulaire dans une société rurale, *sans horloges* à proximité à part la grande comtoise de la maison.
Je crois comprendre que l'origine en est une demande d'Urbain II pour que la Vierge favorise la première croisade, mais que cela n'a pas tout de suite d'implantation durable.
C'est Jean XXII d'Avignon qui le recommande par bulle. Plus tard, à nouveau recommandée pour la guerre contre les Turcs.
La sonnerie a lieu *trois fois dans la journée*, à six heures, midi et dix-huit heures, ce qui correspond aux prières de *laudes, sexte, et complies*, avec bien sûr des variantes locales.
En France (quand ?), plutôt sept heures et dix-neuf heures pour les angélus de laudes et complies.
L'Angélus est très spécifique, souvent *une cloche* lui est dédiée. Il sonne par *trois groupes* de trois tintements, suivis d'une volée. Il n'est pas simplement une ponctuation : il signale un moment de pause où *une prière est récitée* (en lien avec l'Annonce faite à Marie).
Le nom de la cloche provient d'ailleurs du premier mot de la prière (l'Ange) : _Angelus Domini nuntiavit Mariæ_.
En cette fin de XIXe siècle, il est toujours observé dans les campagnes, et les livrets ont souvent à coeur de magnifier son rôle structurant dans la société, comme un idéal fantasmé par le public urbain de l'Opéra-Comique.
(cf. considérations sur notre temps de Jacquinet 1905 + Le monde illustré 1er janvier 1898)
_L'Angélus_ de Baille s'inscrit complètement dans cette veine ; c'est ce qui fait que l'opéra a été oublié et ne sera, je pense, jamais remonté.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Les vidéos de Carnets sur sol