Leitmotive de PELLÉAS — 51 — V : juxtapositions de l'interrogatoire
Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol
Ce cinquante-et-unième épisode achève l'interrogatoire de Mélisande — tandis que le cinquante-deuxième achèvera Mélisande.
(Une partie des événements du début de l'épisode ont été décrits dans le commentaire de la vidéo précédente, je n'étais plus sûr des contours de l'épisode : https://youtu.be/DiuPDqNlRbw .)
¶ Golaud est menaçant comme dans la scène de l'anneau (II,2), lié au thème des octaves ascendants de la colère, récurrent dans cet acte. On entend aussi souvent le pas sec, furtif et bondissant des servantes (motif ? formule ?).
¶ Dès la demande de Golaud (« Voulez-vous vous éloigner un instant »), on retrouve les rythmes du motif Golaud-errance, puis le thème ascendant de sa colère (« un instant seulement) ».
Plus loin (« Si je pouvais le dire »), autre thème de basse conjointe qui sous les triolets proches de la scène d'Yniold, évoque soit le motif de l'espionnage, soit « Je suis plus près de toi dans l'obscurité ».
¶ Les deux thèmes de Pelléas (Pelléas et Pelléas-fontaine) se superposent à celui de Mélisande pendant sa réponse.
¶ Le motif de l'obscurité en triolets revient « Maintenant, quelqu'un va mourir », et on a des valeurs longues par-dessus, comme celui de la « forêt lointaine » du début de l'opéra. Et on débouche sur les accords terrifiants dont j'ai parlé dans la précédente description.
¶ La volute liée à l'aveu et l'amour des amants en IV,4 revient sur la question « d'un amour défendu » (j'étais en train d'enregistrer la série sur les Leitmotive de /Tosca/ et j'ai été frappé de la parenté avec le thème conclusif de l'œuvre) , puis la descente qui accompagnait « je suis plus près de toi dans l'obscurité ». Le thème de Pelléas réapparaît sur « nous n'avons pas été coupables », est-ce une confirmation de la sincérité de Mélisande, une contradiction soulignée par l'orchestre, ou simplement la convocation du souvenir de feu Pelléas ?
En tout cas, le motif de Pelléas continue de pépier dans l'aigu pour la réponse « Pourquoi n'ai-je pas dit la vérité ? ». (Fripponne !)
¶ On peut aussi entendre une parenté sur les accords montants accompagnant « Mélisande, dis-moi la vérité », qui évoquent assez ceux qui soutenaient Pelléas pour « il faut que je lui dise tout ce que je n'ai pas dit ». Double détente de révélation, donc : celle de l'aveu de Pelléas et celle de la question (à tous les sens possibles) de Golaud.
¶ Retour du motif calme du pardon sur « Qui est-ce qui va mourir ? Est-ce moi ? ». Sens manifestement plus large que le pardon, donc, état de calme (inquiétant ?) de Mélisande, plutôt ?
¶ Le motif de Mélisande, en particulier celui altéré du début de l'acte ('Mélisande mourante', disons – cf. début de l'épisode précédent) revient dans & par-dessus les trémolos de l'insistance inquiétante de Golaud. À la basse simultanément, le thème de la colère de Golaud qui monte, comme dans les Souterrains. Tout cela aboutit, sur « Dis-moi tout », au motif (stylisé) du thème d'amour ardent de la fin de l'acte IV.
→ Assez impressionnante combinaison, pour une œuvre qui, comme le dit notre Père Boulez, se limite à quelques occurrences de motifs ne concernant que les personnages… Je suis vraiment frappé de ce que cet aspect soit si peu évoqué, considérant à quel point il est structurant dans certaines scènes – pas toutes, il est vrai. Pour la Grotte ou les Moutons, oui, il n'y à peu près rien en termes de motifs transversaux à plusieurs scènes, mais dans les actes I et V, notamment, c'est un festival assez vertigineux quelquefois.
¶ Sur « Tu le sais maintenant », l'accompagnement consiste en une sorte de motif de Mélisande en version abrégée, habillé de façon très différente de l'habitude (en accord, déjà, alors que d'ordinaire il apparaît uniquement sous forme mélodique), sur ces basses chromatiques furieuses.
¶ Ce n'est pas un motif à proprement parler, mais les formules d'accompagnement (triolets défectifs, avec un silence pour la première note de la triade) pendant « La vérité ! La vérité » est conforme à d'autres colères de Golaud : lorsqu'il envoie Mélisande chercher l'anneau (II,2 https://melisandeonly.1fr1.net/ ) et lorsqu'il violente Yniold pour l'obliger à espionner.
¶ Motifs maritimes (fenêtre ouverte ?) comparables à la sortie des souterrains, qui se mélangent avec mélisande malade, puis devient l'accompagnement triolets, formule très présente depuis I,3 (accomapgnement de Geneviève au début de la scène de la terrasse).
¶ Autres motifs maritimes, jamais entendus auparavant, pendant qu'Arkel propose l'enfant à Mélisande.
¶ On peut se demander si l'on entend un thème à ce moment-là : quelque chose qui qui semble issu de la seconde partie du motif de Mélisande. Mais il est réutilisé plus loin sans lien évident, simplement comme matière musicale.
¶ Le pas des servantes est écrit octaves de cordes sèches, sur le modele de l'approche de Golaud, et avec la même progression menaçante.
(Suite de la présentation en commentaire.)
Écrit par DavidLeMarrec , dans Les vidéos de Carnets sur sol