Leitmotive de PELLÉAS – 48 – IV,4 : volutes d'amour et de mort
Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol
Ce quarante-huitième épisode clôt le grand duo d'amour et l'acte IV.
¶ On retrouve énormément le motif de Golaud et un peu de Mélisande, plus guère Pelléas ici dans les lectures que j'ai faites, mais il faudrait le vérifier à la relecture – et je me fonde sur la particelle (préparation au piano de Debussy), pas sur la partition d'orchestre où figurent d'autres motifs.
¶ Retour du motif cheveux-tour ? Pas sûr, vu que cette partie a été écrite avant l'acte III. (Pour les questions de chronologies, aussi bien interne à l'histoire que propre à la composition elle-même, voir cette notule : http://carnetsol.fr/css/index.php?2025/09/08/3385-chronologies-de-pelleas )
C'est de toute façon un palpitement assez simple, je ne suis même pas sûr qu'il ne s'agisse pas, même dans la scène de la Tour, d'une simple « brique » de l'accompagnement, de la même façon que chez n'importe quel compositeur tout à fait traditionnel, chaque numéro a son accompagnement propre — cela vaut même chez les belcantistes romantiques, c'est dire ! Par ailleurs Debussy fait beaucoup ça dans Pelléas, réutiliser des fragments ou des tournures sans leur donner nécessairement le sens lié au motif, ou sans qu'elles aient jamais de sens particulier. (J'en parle ici : http://carnetsol.fr/css/index.php?2025/07/27/3368-les-leitmotive-elusifs-les-formules-purement-musicales-de-pelleas .)
¶ Motif du destin (sinuosité, souvent présent lorsque Arkel ou Pelléas parlent de l'avenir) et motif de l'obscurité (les triolets qui rappellent les secondes majeures infatigables de la scène de Pimène dans Boris Godounov) pour accompagner la fermeture des portes. Le motif de l'obscurité réapparaît furtivement pour "là, au bout de nos ombres" (ce qui tend à conforter mon identification).
¶ Le motif aveu-chaînes devient l'abandon final et s'inverse pendant l'arrivée de Golaud. Voir cette notule pour le procédé avec extraits de partitions : http://carnetsol.fr/css/index.php?2025/07/28/3369-pelleas-melisande-les-cellules-musicales-de-l-amour-pour-exprimer-l-horreur .
¶ De même pour le motif de l'amour, toujours différent mélodiquement. Debussy altère volontiers ses motifs sur tous les paramètres : rythmes, harmonie, orchestration, et même mélodies. D'ailleurs on le retrouve même en gamme par tons pour « il a vu que nous nous embrassions ».
La volute qui termine l'acte est peut-être issue du motif de Golaud et de celui de l'amour, créant un motif de la menace ?
¶ (Pure anecdote. Dans le même temps je travaillais sur les motifs de Tosca, et j'ai été frappé par la parenté avec le motif de la fin de Tosca (mutation du motif de l'amour en motif du désespoir, qui termine l'opéra de façon tonitruante), une volute similaire.)
¶ Dans cette scène, on assiste surtout à la transformation de son matériau propre (comme en III,1, par exemple), les motifs transversaux apparaissent très ponctuellement (sauf Golaud qui est partout).
¶ Tout cela nous mène à la grande question – à laquelle je n'ai pas trouvé de réponse dans mes lectures – car, hélas, il existe en réalité assez peu de monographies sur Pelléas, à ma grande surprise. Quand Debussy a-t-il décidé de ses motifs et de leur attribution ? Pour un non-wagnérien revendiqué, rétif au systématisme des leitmotive, on décèle tout de même une certain méthode pour qu'ils apparaissent dès cette première scène composée (Golaud, Mélisande, l'eau calme, le destin, peut-être l'obscurité, les cheveux…).
En revanche, la volute de l'amour comme celle de la menace n'ont pas été réutilisées ailleurs, et contribuent sans doute à l'atmosphère un peu spécifique de cette scène.
¶ Après cet acmé dramatique, je craignais qu'il ne soit difficile de passer à l'acte V, où il ne se passe rien, et dont la couleur est en outre très différente du reste de l'œuvre… mais où l'on trouve davantage de motifs récurrents, très francs et signifiants, à documenter.
Et je sais qu'une partie de mon auditorat m'arracherait la pulpe des doigts avec un sécateur rouillé si je ne couvrais pas le dernier acte, aussi je m'exécuterai (dans le sens que j'obéirai, hein, pas de panique), dès la semaine prochaine.
Moment : IV,4, depuis « On dirait que ta voix a passé sur la mer au printemps » jusqu'à la fin de l'acte — à tous les sens du terme.
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Série consacrée à la structure en leitmotive – ou pas ? – de Pelléas & Mélisande de Debussy.
La playlist leitmotive :
https://www.youtube.com/watch?v=6Y7cjhnU96g&list=PLLNKbb6ITxkMB_RGdSw4Jlg8678p7nXAZ&index=2&ab_channel=Carnetssursol
Écrit par DavidLeMarrec , dans Les vidéos de Carnets sur sol