Carnets sur sol

vendredi 13 février 2026

Leitmotive de PELLÉAS – 46 – IV,3 : ils arrivent les petits moutons !

Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol

Ce quarante-sixième épisode parcourt l'intégralité de la seconde scène d'Yniold (la pierre & les moutons).

¶ Une scène assez singulière : très peu de motifs, pas même celui attaché à Yniold (l'espèce de chanson russe douce en III,4). On retrouve un peu le motif du Destin, déformé, et quelques trace du motif de l'espionnage (la montée diatonique des basses pendant les triolets furieux, en III,4), mais la scène consiste presque exclusivement en un ensemble de formules d'accompagnement, assez proches de ceux des jardins de la terrasse au navire (I,3), avec cependant beaucoup plus de mobilité harmonique : les accords évoluent de proche en proche de façon assez audacieuse, variant sans cesse les couleurs sur un canevas rythmique identique — en particulier à l'arrivée des moutons, avec un aspect « mousseux » qui m'évoque assez le début de Petrouchka.

¶ En cela, la scène paraît cousine de celle de la Grotte (II,3, la dernière composée par Debussy), essentiellement fondée sur de l'accompagnement expressif, pas du tout fondée sur une progression de récitatifs indépendants ou de motifs récurrents.

¶ Les moutons constituent une allégorie assez évidente (les amants que l'on mène à l'abattoir, au milieu d'un réseau symbolique assez dense en agnellité : à la scène précédente, Golaud mentionne expressivement les yeux de Mélisande comme « plus purs que les yeux d'un agneau ».
Ici, « ce n'est pas le chemin de l'étable » évoque l'abattoir — dans une phrase qui a été finalement coupée par Debussy, Golaud entend au sortir des souterrains les moutons qui « sentent déjà le couteau du boucher ». Les amants seront en effet contraints de dormir dehors après être enfermés à l'extérieur du château, puis frappés par la lame de Golaud.
Les moutons, qui précèdent directement la dernière scène des amants, évoquent ainsi non seulement leur innocence, leur vulnérabilité, mais aussi le destin prochain de leur chair.

¶ La scène se clôt par une phrase peu sensée d'enfant qui annonce peut-être une terrible dénonciation, comme s'il décidait de venger gratuitement la frustration qu'il ressent devant la méchante pierre qui retient sa belle, les moutons incompréhensibles et la nuit qui tombe : « Il fait trop noir ici. Je vais dire quelque chose à quelqu'un ! ».

Moment : tout IV-3 (Yniold, la pierre & les moutons).

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Série consacrée à la structure en leitmotive – ou pas ? – de Pelléas & Mélisande de Debussy.

La playlist leitmotive :
https://www.youtube.com/watch?v=6Y7cjhnU96g&list=PLLNKbb6ITxkMB_RGdSw4Jlg8678p7nXAZ&index=2&ab_channel=Carnetssursol

Les notules autour de l'œuvre – les dernières abordent précisément cette question des motifs récurrents : http://carnetsol.fr/css/index.php?Autour-de-pelleas-et-melisande .

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