Les pochettes de disque les plus dingues
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (disques), le 2 août 2025. Version d'origine.
Les pochettes, c'est important.
C'est pourquoi il faut en parler.

… mais non, pas celle-là, on n'est pas chez les exhibeurs de jarret ici !

Je parle bien sûr des façades de disques.
J'en ai déjà fait état sur plusieurs supports en plus de vingt ans d'existence du site, mais je n'ai pas l'impression que ce soit spécifiquement apparu sous forme de notule.
Mais pourquoi parler de ça maintenant, aujourd'hui, après tout ce que j'ai fait ?
L'impulsion vient de cette nouveauté toute fraîche. (J'ai des blagues à faire, apprises auprès de la jeune génération, à base de votre sœur, mais je doute que mon digne lectorat apprécierait.)
L'illustre Rachel Podger, superstar du violon baroque, ose proposer (comment personne n'y a-t-il pensé auparavant) un nouvel album entièrement consacré à Heinrich Biber, ce qui promet d'être passionnant, mais de se vendre fort peu… à moins de se distinguer par un titre frappant.
Coup de génie, vraiment.

Ça m'évoque, dans le même genre effronté qui me réjouit, le choix onomastique du festival de musique de la Pitié-Salpêtrière, un des plus vastes hôpitaux de Paris :

« Fièvres musicales », pendant que des patients doivent rendre leurs âmes par hyperthermie dans les bâtiments en face, je trouve ça d'une insolence presque problématique – mais, je dois l'avouer, particulièrement spirituelle. (Je n'ai toujours pas compris comment ça a pu passer.) ((Sans doute parce que ça a été validé par un comité à l'humour carabin qui ne comprenait pas de représentants des patients, vous me direz.)) (((Et que les patients qui pourraient s'en offusquer sont précisément occupés à crever le nez dans leur fièvre.)))
Pour autant, ce ne sont que des jeux de mots, et leur insolence me ravit à chaque fois que le mois de juin me rappelle l'existence de cette invention-là !
Mais nous parlons des pochettes… c'est le moment !
Certaines sont astucieuses, d'autres poétiques… et pour certaines, on se demande vraiment comment personne n'a tiré la sonnette d'alarme avant de lancer la production du produit physique !
La pochette, c'est le premier contact (parfois le seul…), avec un disque, donc un objet destiné à l'écoute représenté par un signal visuel. Un paradoxe puissant, et un vrai défi pour convaincre l'auditeur potentiel de franchir le pas dans la pléthore de l'offre discographique.
→ Encore plus vrai jusqu'au début des années 2000, lorsqu'il fallait demander au disquaire de décellophaner (ce que je n'ai jamais osé) si l'on voulait absolument jeter une oreille d'abord, debout devant tout le magasin… clairement, la pochette opérait un tri. Je me rappelle, adolescent, avoir hésité devant plusieurs versions du Carnaval des Animaux, dont je ne connaissais que des extraits et que je voulais découvrir dans son entièreté. Je n'ai finalement pas pris celle dont les interprètes m'intéressait le plus, à cause de son graphisme criard et enfantin, j'avais honte d'approuver cette chose en passant la caisse – en me disant que la caissière penserait que j'avais été séduit par la pochette et non par la promesse de Pahud & Meyer. J'ai donc emporté une autre version version dont les interprètes m'intéressaient, bien sûr, mais dont le l'aspect n'impliquait pas de rougeur aux joues. Une des rares fois dans ma vie – comme vous l'aurez remarqué – où je me suis soucié de ce que les gens pensaient de ce que j'écoute. (L'opera seria au collège m'a paradoxalement rendu populaire, mais c'est une autre histoire.)
→ Aujourd'hui, il est aisé d'écouter tout de suite les sorties, mais personne ne peut écouter quelques instants de chaque disque… la pochette demeure un filtre. Et bien sûr, pour les disques déjà parus, pour la plupart sur des œuvres multi-enregistrées (hélas), il faut se distinguer visuellement ne serait-ce que pour être remarqué dans les listes de résultats de recherche.


Par ailleurs, bien sûr, une belle pochette en accord avec son sujet peut être un plaisir d'esthète, d'autant plus important que le public du classique est plus sensible que d'autres aux beaux objets et à la possession du support physique (pas moi, certes).
Pour y voir plus clair, je vous propose un petit tour d'horizon classé par typologie.
J'ai éclusé de façon assez minutieuse les fonds des fantaisistes vinyles Westminster, et puis des séries photographiques Arte Nova des années 2000. Pour le reste, je me suis fondé sur ma précédente collection, notamment esquissée dans ce vieux fil Twitter et sur plusieurs fils du Forum Classik.
Au programme :
1. Les bizarreries artistiques
2. Les références décalées
3. Les actualisations
4. Les jeux de mots
5. Les abstractions
6. Les identités de collections
7. Les manques de respect
8. Les olé-olé
9. Les fantaisies d'artiste
10. Les compilations douteuses
11. Les maladresses expressives
12. Les malaises
13. Les rêves
14. Les faussaires
1. Les bizarreries artistiques
Avant de nous avancer vers les bas-fonds de l'invention humaine, un peu de douceur. Dans cette catégorie, j'ai inclus les pochettes qui attestent qu'il s'agit de musique, mais sans lien fort avec le contenu précis. Je ne vois pas toujours de lien fort avec le sujet, mais c'est joli ou agréablement fantaisiste. Westminster Gold est un excellent pourvoyeur de ce sujet, comme de bien d'autres, vous le verrez.

↑ Celle-ci est particulièrement belle. On voit certes des violons sur la pochette, mais le lien puissant entre les cordages et cette évocation de l'Espagne… ?

↑ De même, certes deux paires de mains se font face ; et puis, le lien spécifique avec Kaba' ?

↑ Pas mieux. Un violoncelle pour des œuvres avec violoncelle, soit. Mais dans son appartement neuf et blanc, il est assez élégant et évocateur.
↓ La musique peut aussi être invoquée par les partitions :


↑ L'intégrale LULLY de Rousset a hélas beaucoup changé d'identité visuelle au fil du temps, et les suivantes, quoique sobres et réussies pour certaines (le Paon d'Isis), ont tourné le dos à cette esthétique. Dans Armide, on voit même la chanteuse de dos, alors que le choix avait toujours été d'évoquer plutôt l'œuvre jusqu'ici. Mais pour ces premiers volumes du déplacement chez Aparté de la série (après des débuts chez Ambroisie), la vue des partitions d'époque a beaucoup de charme.

↑ Ici aussi, on nous annonce du violon. Pour le reste, c'est arbitraire – et assez beau.

↑ Tchaïkovski = neige, mais encore ?
↓ « Quand le Ruisseau est tiré, il faut le boire. »

↑ Encore plus spectaculaire : on précise qui l'on va jouer, le lien entre le contenu sonore et le dispositif visuel m'échappe tout à fait, mais l'illustration surréaliste reste particulièrement divertissante.
2. Les références décalées
Ici, des pochettes dont la pochette est en lien avec le contenu, mais de façon souvent très partielle ou drolatique.
Je commence par les plus évidentes, quelques-unes qui au contraire pourraient être qualifiées de « références claires et légitimes ».
↓ Aparté en a commis d'assez réussies : la clef du cabinet interdit de Barbe-Bleue, le paon d'Argus qui surveille Isis, le moucharabieh du harem où est détenue l'épouse de Tarare…



↓ Quelques-unes apportent même un peu de complexité : un visage sculpté détruit ; symbole du passage de la sculpture vers l'animation ? Témoignage de l'iconoclasme nécessaire pour se protéger de la malédiction de Pygmalion ? En tout cas quelque chose d'un peu plus mêlé et complexe qu'une statue pleine et entière – et qui met en scène, déjà, des tensions comparables à celles du mythe.

↓ Celle-ci est sans hésiter ma pochette préférée du label. Par le détour d'un jeu connu de tous, évocation très élégante de l'intrigue, où la Reine meurt pour sauver le Roi. (J'aurais personnellement plutôt mis la reine en noir, puisque c'est elle qui descend aux royaumes sombres, mais c'est un détail.) Le résultat visuel est à la fois beau, dramatique, et parfaitement représentatif du sujet – alors qu'aucun personnage ou objet concret de l'intrigue n'y figure.

↓ On verra plus loin qu'Arte Nova, dans ses éditions et rééditions des années 2000, a eu tendance à explorer la pure photo d'art gratuite, sans lien avec son sujet… mais on trouve tout de même quelques pochettes très explicitement en lien avec leur sujet.

↑ Ici, deux amants dans l'horloge de la Gare d'Orsay pour le Quatuor pour la fin du Temps, jolie allégorie très évidente mais particulièrement bien réalisée.
↓ Dans les années soixante (et plus ponctuellement suivantes), les grands labels osaient volontiers des illustrations originales, un peu cliché, mais d'une identité visuelle forte (et compatible avec un public enfant).



↑ J'avais dit un peu cliché.
(UCJ, propriété d'Universal.)
↓ Quelquefois avec un brin plus d'abstraction.

↓ Quelques pochettes singent aussi le cinéma.

↓ Et puis il y a carrément les illustrations méta – impossible de trouver le nom des interprètes, d'ailleurs, de ce disque General Electric (!).

↓ Plus irrévérencieuse, la musique sacrée de Puccini figurée par les étals de marchands de produits dérivés catholiques. Ce n'est que notre début de chemin parmi des fantaisies de plus en plus étranges.


↑ Certes, Water Music est une musique d'eau, et prévue pour la Cour, mais le robinet doré dénote un petit manque de respect. (Il y aura une catégorie spécifique pour ces positionnements. Mais celui-ci reste encore du côté de l'amusement léger.)
↓ À présent que vous vous êtes échauffés, nous allons pouvoir entrer dans le cœur des allusions un peu plus distendues.

↑ En fait de « musique d'eau », je vois surtout des rochers… certes marqués par l'érosion. Soit elle n'est pas très visible sur la pochette, soit j'imagine qu'il faut déduire l'eau de son empreinte, de son négatif. Sophistiqué.
↓ Plus épuré encore, la Cinquième de Beethoven par Karajan, réduite à son minimum.

↑ Je ne trouve pas la réalisation très belle, avec sa sculpture réalisée en DAO et son ciel bleu trop étalonné ; toutefois la simplicité du concept – qui remet bien l'œuvre, particulièrement emblématique, au cœur du sujet – me plaît.

↑ Biber (beaver en anglais), c'est le castor. (Je ne sais pas s'il l'utilisait lui-même comme symbole – mes recherches en ce sens n'ont rien donné – ou si le graphiste est un germaniste facétieux.) L'illustration provient en tout cas d'un ouvrage de naturaliste écossais publié en 1836.

↑ Tous les éléments du titre y sont !

↑ Les belles au bois dormant sont deux, pioncent dans la neige et font la taille d'un double Gulliver. (Trouvaille de Jérôme Bastianelli.)
↓ Chez Arte Nova, pour les compositeurs qui ont connu la guerre, on trouve des rues un peu désolées dans des ambiances années trente-quarante.


↓ Pareil pour les Soviétiques, des immeubles (pas en style soviétique, d'ailleurs), décatis sous la neige.

↓ Pour Chostakovitch, c'est un peu plus évocateur (et insolent), avec ce caddie (Aldi…) qui contient des pavés, comme une évocation du bagne où il a tant craint de se retrouver – et où finit sa Katerina Ismaïlova.

↓ J'aime assez cette foule de messieurs attentifs, comme s'ils assistaient au concert de concertos pour piano avant-gardistes – vu les regards tendus et curieux, plutôt au numéro de charme de Mimi-Jean Bonzalère, à mon avis.

D'autres se réfèrent encore plus précisément à la nature de la musique.

↑ Métaphore, osée, de la combinatoire musicale.

↑ Idem, mais pour un synthé (comme pour beaucoup d'auditeurs de musique classique), les fils se croisent…
↓ La complexité contrapuntique peut aussi se suggérer avec des motifs végétaux :



↑ (Tous les volumes Dutilleux orchestral sont comme cela.)
↓ Les fameuses marches harmoniques des strettes de Mendelssohn. Je ne sais pas si c'est délibéré, mais ça me ravit.


↑ Assez jolie évocation de l'idée des métamorphoses, avec ce brouillard d'où émergent des caisses partielles de violon. Ce n'est pas forcément beau à regarder, mais l'idée est séduisante.

↑ Tout simplement un « tremblement », un type d'ornement (sorte de trille court), ou plus exactement d'agrément, fréquent dans la musique baroque, pour symboliser ces sonates de Telemann. Je trouve l'idée belle, même si pas totalement pertinente pour ces œuvres-ci où les agréments ne sont pas à ce point centraux – ce n'est pas orné comme du Couperin, tout de même.

↑ Bon, ça a une forme de violon, ça compte ?
(Rendez-vous plus bas pour les gaillardes de toutes sortes.)

↑ J'ai mis des années à comprendre qu'il y avait le mot Ayres dans le titre ! (Et quatre ventilos.)
Coup de génie, j'adore.

↑ J'imagine que c'est sensiblement la même idée ici.

↑ C'est un autre vent qui souffle.
↓ Ce peut aussi être en rapport avec le sujet des œuvres.

↑ Assez sage, la bougie symbolise l'écoulement des nuits.

↑ Celui-ci est plus amusant, avec son artefact réduit en poudre – comme le Walhalla.

↑ Plus cohérente, et même un peu trop directe, avec un côté horreur série B.

↑ Ça finit mal pour le Loup.
↓ Les pochettes de Beauty Farm, (excellent) ensemble spécialiste des œuvres vocales sacrées de la Renaissance, sont conçues avec des mannequins, en général de façon assez abstraite , mais celles-ci évoquent des postures de bénédicité (1), de port-de-croix (2,3), de saint Sébastien (4), fréquentes dans l'iconographie.




↓ À votre avis, que se passe-t-il la nuit (chez Boult) ?

↓ D'autres se contentent d'opérer un point de connexion avec la nationalité des compositeurs :



↑ Marteau et faucille (à cordes) pour un titre qui mentionne Russie plutôt qu'Union Soviétique, et qui contient notamment L'Oiseau de feu de Stravinski – qui a passé l'essentiel de sa vie à l'Ouest… Référence facile mais pas très claire.
↓ Et si vous aviez cru que c'était la plus simpliste figuration de la Russie, attendez un peu :

↓ … référence nationale, certes, et sans qu'on en comprenne toujours bien le détail :

↓ Quelquefois, c'est simplement le chiffre qui compte. Et les possibilités sont alors infinies…

↑ Certes, ils sont trois, et Beethoven était grognon.

↑ Version mignarde du précédent.

↑ Ce geste un peu désinvolte, quatre chaises-longues pour quatre cordistes, juste posées là, m'amuse assez. Effet assez poétique, même – évocation-absence.
↓ Quelquefois, il faut se contenter d'un rapport (encore) moins précis.

↑ Ici, le bout d'un décor de feuilles de chêne XIXe, probablement un relief d'église, pour un Requiem du premier XVIIIe siècle.

↑ Autre évocation partielle : certes, c'est vraisemblablement l'hiver… mais la solitude, les villages, les chemins de terre ?

↑ Ici, c'est plus minimal encore : Chostakovitch vs. la mort.

↑ En lien avec son lied Die Lotosblume, qui ne figure même pas sur le disque?

↑ Je termine avec ma pochette préférée – d'un disque qui figure par ailleurs parmi les meilleurs publiés dans l'univers du lied. J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait d'une abstraction dont Arte Nova est coutumière – vous le verrez dans le chapitre qui est consacré à cette approche –, mais à présent j'y perçois une possible allégorie du lied : les fleurs fanées posées dans leur vase comme les sentiments ranimés par le chant ; l'oiseau empaillé comme ces mélodies transmises depuis les générations passées, ou depuis la sphère populaire vers la sphère savante avec la mise en partition.
Je ne suis pas persuadé du tout que ce soit le projet, considérant que la plupart des pochettes de cette collection sont assez arbitraires, mais cela ajoute à la poésie que j'y sens.
3. Les actualisations
Quelquefois, en détournant ou en conservant le sujet, les graphistes font le choix de rapprocher les sujets du temps présent.

↑ La Valse des Patineurs de Waldteufel, avec un design assez peu XIXe.

↑ Le clair de lune revu par les instruments de la photographie cinématographique.

↑ Corrélation forte.
(Paganini vs. Les Tarterêts en 1-to-1.)

↑ À en croire ma montre, je suis très en retard.

↑ Planètes habitables.
The Planets, relu à la mode du space opera – pochette de 1970, donc plutôt influencé par l'ambiance exotique Star Trek TOS (66-69) que par Star Wars (1977).
(En m'interrogeant sur l'influence égyptienne antique des parements, je remarque à l'instant seulement, après toutes ces années, que la pose de la jeune femme expose massivement ses sous-vêtements. À ce point, j'en suis interloqué, ce n'est plus une simple conséquence négligeable ou même un clin d'œil grivois, c'est de l'exposition d'étendard pour un Te Deum à Saint-Louis des Invalides.)
Mais je ne vais pas le déporter pour autant dans la rubrique olé-olé, il y a déjà beaucoup de locataires – encore plus effrontés, vous verrez – là-bas.

↑ « On va nous faire travailler jusqu'à la mort. »
(Graphiste de gauche.)
4. Les jeux de mots
Ces pochettes ne constituent pas seulement des références, mais se fondent sur des jeux de mots plus ou moins implicites.
↓ Je commence par une nouveauté toute fraîche de cette semaine, qui croise habilement les langues et les références littéraires :

↓ Et à présent lançons-nous dans l'exploration des jeux de mots en pochette !

↑ Le calembour explicite.
(To handle étant « manipuler », quelquefois dans le sens de soulever / déplacer.)
[Remerciements à Jérôme Bastianelli qui me l'a transmise.]

↑ Le calembour implicite, avec le violon de Samuel Barbier.

↑ La paronomase.
À prononcer à l'allemande. C'est pas très subtil, mais ça m'amuse beaucoup.

↑ La métaphore.
La viole, donnant accès à l'amour, n'est-elle pas semblable à un corps de femme, une fois qu'on a durement travaillé ?

↑ La syllepse.
Le Contes des bois viennois est symbolisé par un meuble… en bois.

↑ La paronomase.
Visuellement très belle au demeurant, la pochette joue sur la proximité du patronyme « Geminiani » avec l'italien pour « jumeaux », se matérialisant par une démultiplication de violons.
On commence à arriver dans les parties amusantes.
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5. Les abstractions
Contre toute attente, ce sont les pochettes qui me touchent le plus : elles ont une identité visuelle propre, puisqu'elles ne sont pas contraintes par le contenu du disque. Et elles ne font même pas référence à de la musique (pour cela, voir section n°1). Elles soutiennent la rêverie sans avoir de lien direct avec le sujet, si bien qu'elles ne peuvent pas abîmer la perception comme une référence ratée.

↑ Quel est la différence entre un pélican, une feuille de charme, un escargot sur une ligne de fuite et le concerto pour violon de Brahms ?
(J'ai pas encore trouvé la solution à ma blague.)

↑ L'orgue, c'est bien beau, mais la foi est-elle une impasse ?
J'aime assez l'image de la porte qui semble une fenêtre murée, mais qui est en réalité simplement vermoulue et semble donner dans le vide.
Et surtout, j'adore l'idée que de toutes les façades à frontons qu'on aurait pu mettre, le graphiste en a précisément choisie une sans connotation sacrée. Aucun lien avec le sujet, même en cherchant très fort.
Je n'ai pas retrouvé la trace de ce bâtiment, mais on est dans le goût des grandes bâtisses en bois des années 1890 au Nord des États-Unis.

↑ Bream ne figure pas sur le cliché, et ils ne sont même pas deux à jouer sur cet album ! Par ailleurs tous les témoignages confirment que Bach ne jouait pas au tennis et méprisait la pelote basque.

↑ Beethoven, le roi du jeu de construction ?
Proche des abstractions prosaïques d'Arte Nova (que vous apercevrez à la fin de cette catégorie).
(Et on ne soulignera jamais assez la contribution de la dynastie Vanderling à la musique, jolie coquille.)
↓ Autre choix, d'un disque tout récent (version superlative qui ravive véritablement ces quintettes !), un visuel gratuit et étrange, mais qui peut-être fait écho au nonsense du nom d'ensemble – tiré de la correspondance de Mozart (au cousinage) alors à Paris, « À propos, as-tu toujours le spunicunifait ? ».
(pochette signalée par Laurent Amourette)

↓ On a a peine effleuré les fantaisies des éditions et rééditions de Westminster Gold dans les références décalées et abstractions sans rapport, mais ce n'est pas le seul label qui a ainsi créé une identité visuelle forte, indépendante de la musique. Naïve a, dans les années 2000 et 2010, pour sa grande collection Vivaldi, abondamment fourni le marché en pochettes où des mannequins en poses peu naturelles et tenues sophistiquées constituaient de purs produits de mode, sans aucune référence aux opéras et concertos contenus dans les disques.
À la fois apprécié par une partie du public jeune (en particulier chez les amateurs d'opera seria, j'ai l'impression) et vite tourné en ridicule pour son caractère emprunté ou caricaturalement mode.
(Pour ma part, je ne trouve pas ça très beau, mais c'est toujours mieux que la tête de l'artiste en gros plan.)



↑ Ossia Roland au bain.




↑ Sources probables de l'inspiration de Dame Melania.
↓ Et toute fraîche de cette semaine, plus de vingt ans de constance iconographique, c'est rare !

↓ Ici, l'influence de la statuaire italienne du XVIIIe siècle paraît patente – ci-après, la Pudeur de Corradini pour comparer.


↓ Chez Beauty Farm également, une fois écarté les références décalées à l'iconographie sacrée (cf. chapitre 2), on retrouve sur les pochettes des professionnels de la pose, souvent avec des physiques assez queer et des attitudes peu académiques.


↓ Ou, quelquefois, des références… mais sans lien avec le sujet. (Ici, une pose de tireur d'épine qui, faute de couronne – qui est-ce qui vous a donné une couronne ? –, peine à se relier à l'idée de la Messe.)

↓ D'autres labels aiment les poses étudiées, parfois nues, qui évoquent les Académiques fin XIXe.
(Toute la série Messiaen par Martin Zehn d'Arte Nova emploie des nus féminins.)


↓ Nous nous approchons doucement, dans les profondeurs de cette sélection d'illustrations qui n'ont rien à voir, du côté de celles qui recueillent mon assentiment. C'est parti pour une vaste série tirée des publications nouvelles & rééditions d'Arte Nova, dans les années 2000. Ce que l'on a fait de plus émouvant, à mon gré, en matière de pochette de disque.

↑ Un prêtre ? Une femme à cheveux courts ? … qui marche dans des marais salants, fameuse spécialité brandebourgeoise.

↑ Beau portrait d'artisan – manifestement pas affairé à façonner un violon.
↓ Quelques paysages magnifiés par le noir & blanc. Et surtout beaucoup d'arbres, sous tous leurs aspects ; la série Prokofiev est homogène de ce côté-là.





↓ Racines, branches, rameaux, pousses, bourgeons, fleurs, troncs… ces fragments végétaux sont généreusement représentés, sans que leur aspect semble se relier à la nature du compositeur ou au caractère de sa musique.


↑ Les ramifications de Janáček, pourquoi pas, mais j'y entends davantage chatoyances que frimas. Très belle pochette au demeurant, ça me va très bien !

↑ Bruckner très roots, ça fonctionne plutôt bien.



↓ Il m'a semblé remarquer, également, une dilection pour les motifs en étoile.



↑ (Ne discriminons pas pour autant les ammonites.)
↓ Une certaine dilection également pour les lignes droites, naturelles ou non.




Une partie de la collection magnifie l'architecture traditionnelle :



↑ (Pour ceux qui ne situent pas, ici, façade de Saint-Michel de Lucques, début XIIe, alors que Josquin est un français du XVe, pour ne rien dire de Cabezón, pas davantage italien et encore plus tardif…)


↑ (J'avoue ressentir Bach assez comme cela, particulièrement sombre, sévère et tourmenté.)


↑ De l'architecture néoclassique pour des compositions de l'époque Guerre Froide. Le lien paraît toujours aussi arbitraire – d'autant que la musique de Katzer, certes de ton assez sérieux, ne favorise pas le sentiment de plénitude immobile ni de symétrie.
↓ J'aime énormément la série autour des concertos de Mozart avec le Symphonique de Bamberg dirigé par Beermann (je ne connais pas le pianiste et n'ai pas particulièrement l'intention d'écouter ces disques), chaque volume étant illustré par une porte modeste mais de caractère.
Aucun lien assurément – mais c'est beau.
Je n'ai retenu que quelques-unes des plus touchantes.







↓ Une partie de la série exalte aussi l'architecture du XXe siècle, pas forcément en lien avec la période ou le caractère des œuvres.







↓ Quelques repose-séant.


↓ Toute la série Enescu met en scène des barques !


↓ Objets insolites en nombre.




↑ (Il y aurait pourtant eu des œuvres évoquant la politique, la guerre, la mort, les mathématiques ou simplement les canassons, pour justifier la symbolique de l'échiquier. Mais les concertos de Haydn… ?)

↑ (Petite pensée pour Vitelozzo Tamare qui roule allègrement l'illustration à l'acte III des Gezeichneten.) Mais ne vous emballez pas (ça c'est Carlotta), aucun lien ici, ce sont simplement des lieder.

↑ Subtile désapprobation de l'omniprésence de la Toccata finale de la Cinquième Symphonie.
↓ Quelques consommables çà et là :


↑ (je dis consommable au sens large ; si c'est du blanc de céruse, ne mettez pas ça dans votre corps !)
↓ Et leurs accessoires.


↓ Finissons d'effleurer la surface du fonds Arte Nova avec une belle collection tuyautière :

↓ Et tout particulièrement pour la série « classiques de la modernité » ou « futurisme russe », dont les illustrations sont particulièrement avisées et savoureuses.


↓ Prolongées par quelques autres convergences visuelles autour des cylindres creux.



À bientôt pour la suite !
6. Autres identités de collections
Suite à des envois de compères et à un peu d'esprit d'escalier de ma part, je complète cette longue partie consacrée aux abstractions par quelques autres identités visuelles de collections assez distinctives.
Erato s'est distingué en la matière, avant son rachat-dissolution-réaffectation par Warner.
↓ Goût pour les polyèdres dans la collection Scarlatti par Scott Ross. (C'est pas beau, mais cohérent.)




↓ Sobriété un peu cheap pour la Erato Collection, des coffrets cartonnés qui s'ouvraient comme un livre, avec une très courte présentation très claire (souvent d'Alain Cochard, de mémoire) sur le carton de gauche. En général avec des représentations assez abstraites, mais pas sans lien (l'arbre à feuillage caduc pour le dernier Schubert, des détails de lieux ou objets du culte pour la musique sacrée…). Elle n'était prévue que pour les marchés francophones.
Jaune d'or pour le XVIIe siècle : passementerie sacerdotale, enfilades versaillaises, gilets de chasseurs prussiens…↓



↓ Bleu roi pour le XVIIIe s. – j'aime assez l'évocation de la galerie illuminée pour la sérénade-nocturne de Mozart. Pas subversif, mais très beau, comme ce portail d'hôtel particulier qui nous laisse voir le ciel (de Jupiter ?).


↓ Les romantiques étaient incarnés par un vert malachite (plutôt vert gazon à la vérité, mais ne me retirez pas mes velléités poétiques s'il vous plaît). La mer pour les 5 & 6 de Beethoven n'est pas exactement une évidence, dans le langage si droit et cassant de la 5 – et l'évocation explicite de la terre ferme dans la 6. L'ambiance hivernale du dernier Schubert paraît davantage une évidence ; j'aime beaucoup les fragments d'une (torride ?) loge d'opéra pour Carmen et les volutes d'un accrochage pour les Tableaux de Moussorgski.





↓ Moins largement diffusée, j'ai l'impression, les classiques du XXe siècle étaient d'un rouge presque menaçant. On sent, en parcourant cette collection, l'amour pour le baroque, un « trésor », le côté côté rassurant des traditions classiques et romantiques, et la circonspection vaguement effrayée face aux langages post-1900 !
Un Zarathoustra




↓ Et bien sûr la glorieuse collection Bonsaï, dont le graphisme évolue progressivement : photos plus soignées, changement de logo, puis tout de bon inversion du code couleur. Je la trouve non seulement aussi parfaitement amusante que tout à fait arbitraire, mais sa version sur fond vert a aussi quelque chose d'élégant qui – conforte certes à peu près tous les stéréotypes sur la classe sociale et l'attitude des amateurs de classique, mais qui – permet la rêverie, la concentration sur les œuvres sans contraindre l'imaginaire. (Et surtout, MERCI de nous épargner la trombine des artistes.)
Vivaldi ou Chopin, Claudio Scimone ou Marie-Claire Alain, tout le monde est logé à la même enseigne arbustive.






↓ L'intégrale des cantates de J.-S. Bach de John Cassius Gardiner, dans les années 2000, a paru avec un habillage visuel singulier. C'était le coup d'envoi de son label Soli Deo Gloria (« Gloire à Dieu seul »), et en effet l'identité esthétique des pochettes (qui s'est beaucoup lissée par la suite) avait quelque chose d'assez radical : , sur le côté, sur fond noir uni, sans signe de label, titres de cantates ni noms d'interprètes, simplement « Cantates de Bach » et le nom du chef (il y a certains aspects du culte de la personnalité sur lesquels on ne peut manifestement rogner, quel que soit le projet). L'essentiel de la pochette est occupée par une photo d'un visage de femme, d'homme, d'enfant de peuples du monde entier.
Démarche un peu mystique, qui met en valeur ces visages de tous les continents (dont beaucoup ne sont vraisemblablement pas ceux de chrétiens, considérant leur région d'origine), dans le but de célébrer, sinon l'unicité de la Foi, du moins l'universalité et l'humanité qui transparaissent de la musique de Bach — là non plus, je ne sais pas si ces gens aiment passionnément les fugues en gammes de sept sons.
L'idée du projet est plutôt bien vue, même si le choix des photographies laisse percevoir la dureté de ces vies — et active les parties empathiques de mon cerveau, voire la culpabilité de ma vie facile d'européen, plutôt que l'émerveillement devant la puissance et l'ubiquité de Dieu. Cela reste tout de même assez original et plaisant ; et je trouve par-dessus tout divertissant que Gardiner, qui si d'aventure il existe un Ciel trouvera assurément un beau fauteuil capitonné en Enfer, désire mettre en valeur ce type de Charité.







↑ Dans cette dernière, on perçoit la double référence à un pastiche de Sharbat Gula telle que photographiée (et retouchée…) par Steve McCurry, et bien sûr à une Vierge aux attributs XIXe – voile bleu, visage clair assez similaire à un physique caucasien. (Je ne suis pas sûr que cette combinaison, ou même ces références séparées, me mettent tout à fait à l'aise.)
↓ Je ne puis conclure sans évoquer mon label fétiche, dont l'identité graphique a évolué, abandonnant ses cadres gris ou blancs, très impersonnels et limitants, au profit d'un simple filigrane blanc qui n'interrompt pas le tableau. (Je remarque aussi des choix picturaux de plus en plus figuratifs, moins de XXe abstrait, davantage de scènes champêtres ou de genre.)


↓ Naxos a connu la même évolution, avec un peu plus de complexité. Les pochettes ont toujours été centrées ou coupées en deux, avec à chaque fois une adaptation de l'évolution graphique aux deux formats.
Au départ, le cadre blanc est immense, assorti d'informations secondaires comme le numéro de catalogue, le type d'enregistrement ou la date. Assez vite, la bichromie compositeur / œuvre offre un peu de relief, dans un goût artisanal qui n'est pas complètement élégant mais gagne en lisibilité. C'était alors un label économique, où les interprètes, peu connus et pas toujours bien captés, étaient tout à fait secondaires dans la démarche : mise à disposition des standards à un prix raisonnable, puis exploration plus large du répertoire incluant des inédits.


↓ Plus de 35 ans plus tard, le cadre a été réduit et la police rendue plus pure, moins personnelle et moins « écrite » — nettement moins d'empattement, moins Times New Roman et davantage Arial, disons. Moins tassé, un peu plus froid, un peu plus « numérique ». Pour autant, l'esprit et la structure en restent proches.



↓ Depuis assez longtemps, avec la série American Classics, puis d'autres collections thématiques (Brazil, parodie de l'emblème national dans lequel se fond le nom du label), jusqu'au récent romantic piano — des raretés, mais marquetées comme de la musique d'atmosphère, tout en singeant les couleurs et la disposition du logo de feu Decca (délibérément ?). Et toute ladite collection se décline sur des images florales de plein air, toujours dans les tons rosés.






↓ Cette homogénéité n'a pas empêché le label d'opérer quantité d'essais (notamment dans la sous-collection de découvertes Marco Polo) pour changer son aspect, avec quelques expérimentations très loin de son identité habituelle — témoin cette énigmatique pochette Pierre Rode, au sein d'une intégrale de ses concertos dont tous les autres volumes adoptent la charte visuelle habituelle.

↓ Quoi qu'il en soit, on note ces dernières années un réel assouplissement, avec l'abandon de plus en plus régulier, sur les parutions, du cadre blanc, des tableaux ou photos de paysages, au profit d'images ad hoc en pleine page, d'où n'émerge plus que le logo bleu.

↑ (Joli.)

↑ (Pas joli.)
↓ Ces derniers mois, je constate avec horreur l'apparition de la tête des interprètes, vraiment accessoires à l'origine du label (ils embauchaient beaucoup d'homonymes d'interprètes célèbres, je me suis toujours demandé si c'était délibéré), sur de plus en plus de pochettes, que ce soit dans leur titraille habituelle, ou carrément sur l'intégralité de l'espace disponible. (Vraiment, Naxos, ne faites pas ça. Merci.)


↑ (Si jamais vous doutiez, Bogdanović, c'est lui.)

↑ (Titraille dégoûtante en plus, totalement aseptisée comme un sachet de riz.)
Voilà pour cette évocation des identités visuelles de collections.
Dans le prochain épisode, on approchera un de mes chapitres préférés : les manques de respect.
6. Les manques de respect
Dans cette section, on parcourt ensemble les pochettes qui, en rapport ou non avec leur sujet, ne manifestent pas grande déférence, ou la ratent de façon assez spectaculaire.
↓ On peut ainsi insulter son public, en traitant ses clients musiciens, des amateurs peut-être tout à fait sérieux (pas évident de tenir les ambitus d'airs d'opéra sans un peu d'entraînement !) de chanteurs de douche. J'aurais pas aimé.

Mais y compris les artistes – et en particulier les compositeurs – peuvent souffrir de ce manque de tact.
↓ Bien qu'en rapport direct avec le sujet (la cantate Les Apôtres de Wagner), le regard terrifié – et vaguement ahuri – avec lequel les saints de la Pentecôte lèvent les yeux vers les noms de Boulez et Wagner joue un peu, volontairement ou non, avec la perception du public.


↑ Les fameuses congas runiques.

↑ Le terrible monstre qui sort des eaux face à la désobéissance d'Idoménée. L'inspiration des artifices du cinéma muet et la proportion de l'image sur la pochette rendent particulièrement dérisoire l'évocation de ce théâtre à machines, inspiré en ligne directe de la tragédie en musique écrite par Antoine Danchet (musique de Campra) et de l'esthétique du théâtre musical français – où, précisément, les machines de Vigarani et Bérain rendaient les représentations particulièrement impressionnantes physiquement pour les spectateurs.
Le choix semble ainsi se moquer de la substance même de l'œuvre, ou du moins de son sujet et de son projet.

Le maigre rapport avec son sujet (les vents qui jouent l'arrangement, le feu de l'Enfer qui clôt l'œuvre) se teinte de ridicule, convoquant des flammèches de barbecue supposément évocatrices des plus grands tourments de l'Au-delà.

↑ Celui-là m'a cueilli à froid. C'est raide, quand même.
(Surtout pour du Mozart, qui n'est pas aussi concrètement lié au corps meurtri que du Ligeti.)

↑ Maître Schubert, votre Symphonie est comme un crayon presque usé qu'on a la flemme de tailler jusqu'au bout. Pas la peine de se bercer des jolies fictions de Mario Venzago, cette comparaison a trouvé la clef de l'Inachevée !

↑ Essentialisation violente.
↓ Mais ne croyez pas que ce soient les Français qui se fassent le moins respecter.

↑ « Hé, arrête d'écouter tes opéras de Barillo Spaghetti et viens dîner. »
(En plus, ces pattes un peu collantes, cette sauce lisse comme les bocaux industriels, cette louche premier prix et cette table nue… ça sent davantage les fins de mois difficiles que la grande tradition de la nation qui a gouverné et inspiré le monde.)

↑ Amusantes, les touches cyrilliques pour des concertos pour piano soviétiques. Mais clairement pas respectueuses – Lev Vinocour est-il présenté comme un petit dactylographiste ?

↑ Les visages sont déjà assez atypiques : la grande barbe broussailleuse un peu grasse, les lunettes de soleil et le tour-de-cou plutôt cocktail que concert ; les chaises aussi, l'une de salle d'attente, l'autre de salle à manger.
Mais avez-vous bien lu le titre ? [Au passage, le basson est à l'envers, pour pouvoir en jouer le clétage se trouve vers le joueur et le bocal passe par sa droite…] Je crois que, dans le registre absurde et dans l'insolence, on tient le pompon.
À moins que cette notule ait une suite…

↑ L'orgue implicitement comparé aux colonnes d'un radiateur pourvu d'une pompe. Ça pique.
(Mais c'est très amusant, et même très beau visuellement.)

↑ Pour Virgil Fox – l'organiste américain dont les tournées Heavy Organ ont parcouru les USA dans les années 70, jouant exclusivement du Bach, parfois dans des salles de proximité sur des orgues électroniques, avec des tempi vifs, des registrations inhabituelles et des sons & lumières ! – le label prend encore moins de gants et compare l'instrument à un aspirateur à pavillon !
↓ Et à présent, la pochette qui m'a, je crois, le plus choqué de toutes, pour les mâles Brahms de Steinberg & Pittsburgh :

↑ Les « trois B » ne sont plus « Bach, Beethoven, Brahms », mais plutôt « Brahms, Bacon, Breach of respect ».
8. Les olé-olé
Il fallait bien en arriver là.
Certains labels vendent leur musique avec trois autres B : « Behold the Bitch with Boobs ».
Couchez les enfants et sortez le pop-corn, ça va déménager.
Je commence par du très doux pour ne pas vous effrayer. (Ça finit mal.)

↑ Un petit baiser voluté. (Là encore, Westminster Gold au top dans ses parutions et rééditions des années 70 !)
↓ Première catégorie, les corps dénudés. On en a déjà vu auparavant, mais ici ils semblent moins artistiques et davantage offerts à la concupiscences.

↑ Certes, les Filles du Rhin sont attristées d'avoir perdu l'Or qui leur était confié, mais l'expression de honte qui se dégagent de ces filles trempées (et pas nécessairement habillées) dégage le malaise, comme si elles avaient une terrible mésaventure à confesser. Comme elles ne sont pas environnées d'attributs de la déité, l'impression humaine qui s'en dégage pousse l'esprit à imaginer la perte d'un autre trésor.

↑ Ici, au moins, on ne fait pas semblant de vendre autre chose qu'un corps – on notera avisément (ou lubriquement, selon les tempéraments de chacun) la braguette qui bâille.
(Le détail n'est même pas mentionné d'ailleurs sur le site de la vierge guerrière qui déteste Achille et payer ses impôts, il faut fouiner pour obtenir le nom des compositeurs.)
J'ose espérer que personne n'a été outé pour les besoins de cette compilation – parmi les compositeurs célèbres y figurant, Ned Rorem et David Del Tredici.
Dans l'ensemble, les corps masculins sont moins sexualisés sur les pochettes, davantage représentés comme des attributs de puissance pour symboliser les héros du sujet ou simplement la force de la musique.
↓ La plupart du temps, ce sont les femmes qui sont à l'honneur, présentées à la découpe (chaque sous-jambon parfaitement exalté ici), accompagné de quelques ustensiles de cuisine (afin qu'elle puisse passer le temps dans le garage où elle réside visiblement) et quelques bouteilles de vin (pour nous mettre en condition une fois en sa compagnie).

↓ Souvent également, elles apparaissent offertes, prêtes à consommer – pour celle du Catalogue d'oiseaux, Arte Nova a même pris le soin de retirer préalablement l'emballage.

↓ Cependant, comme une femme ne serait rien sans les hommages d'un homme, beaucoup de pochettes offrent la vue d'un couple, ou suggèrent le but de l'existence de toute femme.
Ici, un pseudo-Delon surpris dans les draps communs, manifestement abîmé en lui-même tandis que sa Juliette remplit son rôle fondamental en le flattant et l'admirant. (On remarquera qu'elle le regarde et le touche, tandis que lui regarde son genou et se touche…)

↑ Les pochettes Arte Nova précédentes avaient un aspect artistique – j'aime beaucoup le jambon dans le garage, composition un peu loufoque, qui laisse par ailleurs percevoir les irrégularités de la peau et du corps ; certes un morceau de viande, mais aussi artistiquement déposé qu'un bout de Brahms entre deux œufs au fond d'une poêle.
Mais ici, illustration particulièrement plate de deux (vieux) amants de Vérone au pieu. On sent qu'on ne peut pas tout montrer, mais qu'on suggère autant qu'on peut, à la fois vulgaire et pudibond.

↑ À tout prendre, le visage occulté, la crinière dénouée, la trace anachronique du bronzage, les loufoques chaussettes hautes (et, au moins, la communication des regards suggérée) paraît plus travaillé dans ce Roméo & Juliette-là. Ce n'est pas une évocation très fine, mais se rapproche un peu mieux de l'intensité d'amours adolescentes, avec une réalisation assez simple qui ne se soucie pas de candélabres judicieusement disposés ni d'oreillers brodés.
↓ Nous arrivons dans la zone rose rouge. Corpus nus, certes, mais les postures deviennent de plus en plus évocatrices.
De façon parfois elliptique (Arte Nova tient son rang).

↓ Et puis chez d'autres, en jouant avec les interdits supposés.
(Très manifestement, Urania ne vise ni la subtilité, ni le public uraniste.)

↑ La légende raconte qu'au dos de leurs disques Schumann, on peut contempler les chutes du Rhin.
↓ Après le jeu avec les interdits visuels supposés, le jeu avec les codes de la photo érotique, voire de la pornographie.

↑ En réalité, moins que par la posture inconfortable (accroupie sur la pointe des pieds, force à toi sœurette) ou que le casque de Darth Vader (?), je suis assez perturbé par le regard. Je suppose que le photographe a demandé un regard par en-dessous assez intense, mais on voit tellement le blanc des yeux que l'impression donnée se rapproche davantage des yeux révulsés d'une gamine en overdose. Une jeune femme en train d'uriner dans un casque, prête à culbuter ridiculement, tandis que son regard annonce qu'elle va mourir de choc toxique… n'est pas le genre d'image qui suscite violemment mon imagination concupiscente – mais chacun ses goûts, je suppose.
↓ À présent, voyons les couples en train de faire ce que doivent.

↑ Contrairement aux apparences, ce n'est pas la pochette d'une adaptation lyrique des Trois mousses queutards d'Alexandre Dumas.
Dans ce qui semble une parodie des photos d'adieux ou de retrouvailles de la Seconde guerre mondiale, un homme portant un béret de marin étreint une femme avec abandon : scène d'émotion ou impulsion sauvage ? L'attitude la femme n'est guère claire non plus, tétanisée ou accueillante.
La saveur de la chose réside dans l'effet hublot qui met en scène le regard du spectateur, dans l'angle de la banquette arrière d'une voiture. On ne sait trop s'il s'agit d'un joli partage d'émotions tout habillés ou d'un rapide coup de rein avec ceintures dénouées.
Adieux peut-être, mais si c'est le cas, comme le précise le camarade Stendhal, les adieux furent tendres.

↑ On continue de monter d'un cran. Ici enlacés et nus. On devine la lanière d'un pagne, guère davantage. Certes, pour une fois, le lien avec avec l'intrigue existe, puisque le Wälsung et sa tante, tous deux fils de Wolfe-Wotan, vont pour la première fois voir le loup.

↑ Ça devient plus sérieux. Certes, comme souvent chez Arte Nova, l'image est artistique, mais c'est le rapt se double d'une noyade ici. (Il a trop cru sa go c'est une loutre de mer.)

↑ Je conviens tout à fait que Tchaïkovski, c'est l'extase, mais Arte Nova n'était pas obligé de le souligner à coup de crâne chauve et de suçons sur la laitière. Une des rares pochettes peu élégantes de toute la série N&B du label.

↑ À la machine à café du Walhall, dans le local de pause aux murs recouverts de pin-ups en armure, Donner et Loge discutent : « j'avoue, Brünnhilde elle a de trop belles jantes ».
Ce serait un peu gras et irrespectueux s'il n'y avait d'une part le parallèle avec l'armure (détruite par Siegfried dans la journée suivante), d'autre part le coup de génie des initiales Volkswagen. Je la trouve assez drôle en fin de compte, à défaut de raffinement.

↑ Elle cache littéralement (ou en tout cas étymologiquement) sa nudité derrière deux testicules. Là aussi, pas très subtil, mais tellement loufoque qu'on l'accueille avec le sourire.
On peut comparer avec la réédition de 1976 chez le même label, considérablement plus consensuelle (l'autre avait-elle fait scandale ? freiné les ventes ?). (Oui, le logo Melodiya a été apposé par erreur sur un disque Westminster Gold, je n'ai jamais compris comment.)


↑ C'est peut-être le trop-plein de Westminster qui m'a retourné le cerveau, mais… je vois ce que je vois.

↑ Et là ? C'est moi qui imagine peut-être ?
(Mais c'est un assez bon résumé de l'histoire de Carmen.)
9. Les fantaisies d'artistes
Vous pensiez que le plus dur était passé ? (Oui, certes, cf. pochette précédente, le plus dur c'est Don José.) Ne soyez pas si définitifs.
Évidemment, à ce jeu, qui peut rivaliser avec Max Emmanuel Cenčić, dont chaque nouvel album constitue un évènement esthétique en soi ?

↑ En costume de ville inspiré de l'Ancien Régime.

↑ En aristocrate décadent de la Régence.

↑ En fauconnier antique.

↑ En Alexandre Le Grand de comics.

↑ En empereur égyptien à fourrure qui élève des loups domestiques.

↑ En barockeur.

↑ En boy next door.

↑ En pyjama.

↑ En pyjama vénitien.

↑ En jeune marié kidnappé par des rinceaux maléfiques.

↑ En, heu… Dresseur de magots ?
↓ Il n'est bien sûr pas le seul à creuser le sillon d'un baroque fantasmé et relu de façon fantaisiste à l'aune du Caravage, des chippendales et de Sofia Coppola… Les propositions sont légion dans le créneau du seria, avec un goût volontiers queer.

↓ Bartoli ajoute le jeu de mots, sa tête posée sur une statue masculine, Sacrificium pour des musiques écrites pour castrats – il manque en effet des bouts de statue !

Comme on n'aime pas trop mettre des têtes de gens vieux et morts, on se focalise souvent sur les têtes d'interprètes – ce qui constitue toujours une erreur. Sur ces pochettes-là, chaque artiste a l'occasion de présenter ce qu'il est, ou du moins tel qu'il se voit.
↓ Certains, tout en prenant certes la pose devant l'objectif, cherchent d'abord à rendre hommage aux compositeurs et aux œuvres – ici, un joli écho de l'architecture française 1900 (escalier du Petit Palais) aux œuvres pour violon & piano de Ravel.

Mais pour la plupart, il s'agit avant tout de démontrer de quel bois (coucou Don José) ils sont faits.
↓ Mario Del Monaco, coy-bow disco la nuit, fleuriste sublime le jour. Et stylé à chaque instant.

↓ Nigel Kennedy en sauvage du Nouveau Monde qui ne respecte pas toujours les usages musicaux britanniques.

↓ Xavier Sabata en… heu… nageur ? tennisman très fatigué ? mâle alpha sauce grindr ?
(pochette signalée par Laurent Amourette)

Avant que l'hypertrophie des services marketing ne lisse tout de peur de déplaire au moindre sous-segment de clientèle, ou bien pour les labels très artisanaux qui rééditent des artistes morts qui ne peuvent pas trop se plaindre, certains interprètes semblaient un peu surpris au milieu de leurs occupations par un photographe intrusif, et feraient presque pitié avec leurs vêtements d'un beige passé, aux cols déformés par un usage récurrent pendant les siestes.
Je ne les ai pas tous retrouvés, mais j'en tiens quelques-uns à votre diposition.

↑ Charles Munch fatigué entre deux prises, posé là comme un paquet de linge usagé. (D'autant plus frappant pour un disque célébrant ses derniers enregistrements.)

↑ Sélectionner la photo où l'artiste est prête à bâiller après une leçon de piano donnée à des terreurs de cinq ans, et le traitement graphique qui fait émerger la tête du brouillard bleuté comme une créature surnaturelle et menaçante… On pouvait sans doute mettre davantage en valeur France Clidat sans dénaturer son caractère ni cacher son âge.

↑ Trois messieurs endimanchés, on sent le costume d'entrée de gamme sorti de l'armoire pour une séance de photographies dans le jardin de l'ami qui leur a prêté la grange pour répéter.
(Au demeurant un super trio qui, dans les prises de son sèches et proches de Centaur, constituent souvent une référence de toute première farine. Leurs Mendelssohn sont particulièrement persuasifs, parmi les toutes meilleures propositions au disque !)

↑ « Sarah, regarde intensément l'objectif. »

↑ Scott Ross surpris dans le presbytère à l'heure de la sieste.

↑ Outre que la séance de cache-cache paraît assez incongrue, surtout endimanchée en robe simili-XIXe, pourquoi avoir choisi ce cliché précisément, immortalisant ce sourire crispé et joueur, presque menaçant.
Doremi a fait mieux avec Gloria Saarinen (la pianiste canado-néo-zélandaise ci-dessus) sur d'autres pochettes plus équilibrées.
↓ Elle n'est cependant pas la seule à rencontrer des problèmes de sourire, surtout lorsque le physique est atypique, la tête penchée et… la pose démultipliée !

↓ D'autres entendent montrer vraiment qui ils sont (de vieux prétentieux matérialistes nazis).

↑ Mes bécanes.

↑ Mon chalet.
(Comprendre « je suis le nouveau Gustav Mahler, la judéité en moins et le confort en plus ».)

↑ Mes voitures de course. (Je l'écris dessus pour qu'on sache bien que ce n'est pas une Coccinelle.)

↑ Mon jet. Comme moi, il dépasse allègrement le mur du çon.
↓ D'autres artistes ont la mégalomanie plus discrète.


↑ Where is Sigiswaldo ?
(Surveillez bien les reflets !)
Au demeurant, pour le reste, ce sont de véritables natures mortes néerlandaise du XVIIe siècle (Clara Peeters).
↓ On rencontre aussi le risque, en plaçant la tête des artistes en pleine pochette, de sosies embarrassants et autres kakemphatons visuels.

↑ Jack Lang présente : l'Orchestre Bruckner de Linz.
↓ Quelquefois les artistes n'ont pas toujours conscience de l'image qu'ils renvoient réellement.

↑ Cette pochette m'a toujours laissé profondément perplexe.
Mal à l'aise d'abord : la pose manque vraiment de discrétion et d'élégance dans ce qu'elle entend montrer, et tout, jusqu'à la titraille, oriente le regard lubrique…
Mais surtout perplexe : Barbara Bonney a mené carrière essentiellement du côté de Mozart et du lied, donc pas du tout un profil de Tosca ou de Salomé, où ce genre de pochette pourrait prendre son sens. Et dans ce disque, on ne trouvera que des mélodies anglophones du XXe siècle, pas vraiment dans le genre exubérant de cette robe-coquillage qui fait d'elle une sorte de moule omnisciente.
↓ Mais ne croyez pas que ce soit ce que l'on trouve de pire comme fruit de mer. Pour certains autres coques du littoral, l'ambiance est ouvertement humide.

↑ Les températures suggérées par le ciel et le relief proposent une sorte de recréation septentrionale (et upper class) des concours de Miss t-shirt mouillé.
Là aussi, le lien avec le sujet paraît plutôt ténu avec le programme plus austère.
(Au demeurant, il s'agit d'une très belle version, très animée, qu'il est tout à fait licite d'écouter une fois la pochette cachée dans un sac papier pour la soustraire aux regards dans l'espace public.)
Je m'étais dit qu'il s'agissait peut-être d'une simple mécompréhension, elle avait demandé « épique », tandis que le graphiste venait de terminer le visionnage de tous les génériques de Baywatch. Et puis j'ai découvert son disque des concertos.

↑ Comme on dit chez les Hébreux samsoniens, manifestement le souffle de l'Esprit a passé dans son âme.
↓ Ce genre de fantaisie court-vêtue existe aussi au rayon homme, même si moins expansif en général :

10. Les compilations douteuses

↑ Arrangements pour guitare électrique de tubes du classique.

↑ T'es un vrai mec et tu veux quand même écouter du classique ?

↑ Ambiance paralysie du sommeil : Beethoven, seul éveillé, vient te regarder pendant que tu dors.

↑ Wölfchen le plombier autrichien.
« Mozart répare tout. »
Est-ce l'idée, fondée sur des études scientifiques mal faites et mal comprises, que la musique de Mozart aurait un pouvoir apaisant ou structurant ? Ou bien un disque destiné à accompagner vos menus travaux domestiques ?
La réponse au dos avec ces témoignages de clients satisfaits :

↓ Impossible de passer à côté des lestes compilations de musique en chambre. Cette série-ci, avec ses couvertures (et notices) dessinées, multiplie les allitérations expressives d'album en album.

↑ À l'intérieur, simplement les tubes habituels. Voici ce qu'en dit le service de métadonnées TiVo.
« While Mozart, whose death in 1791 coincided with the end of the Rococo age, which was swept away by the murderous fury of the French Revolution, believed in love, much of his music celebrates the spirit of pure eroticism. For example, the enigmatic opera Così fan tutte, represented in this interesting album of Mozartian eroticism by an instrumental arrangement of a tender aria, describes what modern parlance would call partner swapping. While the Così fan tutte goes beyond eroticism to explore the more serious subjects of love and faithfulness, this album's best selections capture the spirit of a pastoral, untroubled, and gentle eroticism beautifully illustrated by the exquisite paintings of Watteau. For example, the Andantino from the Concerto for flute and harp suggests the golden languor of an afternoon in Arcadia, with the flute, an erotic instrument par excellence, singing a melody of vague amorous yearning. As this afternoon turns into evening, night -- with its promises of mystery and erotic adventure -- finds its herald in the delightful "Eine kleine Nachtmusik" represented in this selection by the atmospheric Andante. Listening to this movement, the intoxicating enchantment of a summer's night wafts in as a time when nocturnal spirits reveal a world of charm, unexpected encounters, and secret pleasures. »
Bref, des généralités sur comment on pourrait éventuellement imaginer que la musique de Mozart soit érotique.
D'autant plus amusant lorsqu'on regarde le nom des musiciens retenus dans l'immense fonds RCA, comme Eugene Ormandy ou Colin Davis, pas exactement les plus excités ni les plus lascifs des interprètes de la musique de Mozart.
La mention « explicit content » est liée, apparemment, aux quelques graphismes vaguement suggestifs et à la mention d'une sélection constituée pour « maximiser chaque étape de vos plaisirs romantiques ».
(J'ai lu bien plus salé que ça dans des romans pour la jeunesse approuvés par les médiathèques municipales et les bibliothèques scolaires… mais j'imagine que RCA, qui publie ces compilations, prend garde à son public américain.)

↑ On prend note que Beethoven est davantage indiqué pour une relation avec une domina.
Il faut dire que les interprètes retenus ne sont pas exactement les sex symbols les plus souriants du circuit : Gerhard Oppitz, Jörg Demus, Sviatoslav Richter, Vladimir Horowitz et… Fritz Reiner.
Comme le précédent, il s'agit en réalité d'une sélection tout à fait paresseuse de hits de Beethoven ; pas nécessairement des plus clairement suggestifs (le pointé acharné de la Quatrième Symphonie, ou les motifs inlassables et tendres des mouvements lents de quatuor Op.59 n°1 et 2). Juste une façon d'écouler son fond de catalogue de façon tout à fait prévisible et sans décevoir personne. On achète Beethoven, on a le best of Beethoven des trucs vus à la télé.
J'aime beaucoup le commentaire fourni par TiVo, qui souligne l'inconfort d'entendre des thèmes aussi familiers et innocents être recyclés dans un contexte où les associations d'idées pourraient au contraire ruiner l'ambiance.
« Pourrait requérir un peu d'imagination pour les associer à une soirée d'étreintes, vu à quel point ces extraits sont familiers et associés à des films, des publicités et diverses autres expériences quotidiennes. N'avons-nous pas tous été forcés à jouer la Lettre à Élise quand nous avions dix ans, au lieu de jouer à Call of ? »
(C'est ma traduction libre de l'original que voici.)
« It might take some imagination for most people to think of them as appropriate to a romantic evening because they are so familiar from movies, commercials, or from other experiences. Didn't everyone play Für Elise when they were ten, being forced to practice piano when they really wanted to be watching TV? »

↑ Même principe ici : les riants Peter Serkin, John Browning, Abbey Simon et Vladimir Horowitz, qui jouent notamment « la » Marche funèbre et autres tubes sans grand lien ni avec la thématique de l'incarnation, ni simplement propres à un mimétisme de mouvement.
On peut élargir encore l'étendue des personnes concernées.

↑ (À l'écoute, je me suis rendu compte que c'était en réalité du jazz, alors que le principe est de se limiter au classique ici. Je le laisse pour sa fantaisie.)
↓ Évidemment, parmi les compilations gaudriolifères, tout n'est pas toujours de d'un goût parfait (ni réalisé par des professionnels).

↓ Outre que la couverture me paraît plus triste qu'affriolante, la liste des pistes supposément érotiques me laisse rêveur : la fin du Requiem de Fauré, un motet de Tallis, et même les Chants d'Auvergne de Canteloube !

↓ Je vous ai conservé le meilleur pour la fin, d'un trash parfois érotisant : des arrangements (plutôt gentils) pour violon et metal band de tubes du répertoire. Les couvertures extraverties de The Great Kat et les titres prometteurs font l'essentiel du travail – plutôt mieux que le contenu, à la vérité.




11. Les maladresses expressives
Dans cette section, on regarde du côté de tentatives pas toujours malvenues, mais dont la réalisation ne met pas totalement à l'aise.

↑ C'est amusant, les instruments qui poussent… mais l'étalonnage des couleurs, bon sang ! D'autant plus étonnant chez Tudor dont la charte graphique est en général plutôt élégante et austère (cadre, tableaux…).

↑ Les nouvelles aventures de Widor en ballon.


↑ Le manifeste attendrissant de l'étalonnage fautif, sorte de technicolor hypertrophié, qui produit tout de même une sorte de bain attachant dans la couleur (putative) des yeux de Marilyn. Comme le récital a connu un grand succès (à juste titre) dans les sphères glottophilisées, la pochette fait désormais partie de l'imaginaire collectif des amateurs d'opéra romantique à coloratures virtuose. Et, en fin de compte, la pochette paraît quasiment culte – et plus véritablement vilaine.
11. Les malaises
Ici, les véritables ratages. Ceux qui ont clairement raté leur objectif, ou dont la réalisation technique est insoutenable.

↑ Supposé glorifier la beauté du son d'une belle voix de ténor, je ne peux qu'y voir une pube pour la mauvaise haleise.

↑ « L'aube dore Schnabel et l'offre à l'Éternel. » (source)
Quelle forme de validation symbolique est-ce là ? Pourquoi pas Jésus qui vient le prendre dans ses bras, tant qu'on y est ? Et surtout : POURQUOI.

↑ Le brouillage des couleurs déforme complètement les visages (la pianiste, la pauvrette).
↓ Après, est-ce forcément pire que lorsqu'un wannabe Warhol vous transforme en serpillère jaune :

↓ … ou que le stagiaire chargé de vous mincir le visage oublie de vous en rendre un bout. (Comment cela a-t-il pu passer les différentes étapes de validation, bon sang ? Chez Decca quoi.)

↑ Nikolaï Gogol vient de publier une nouvelle œuvre ! Après Le Nez (de Kovaliov), découvrez La Joue (de Kaufmann). À votre avis, la retrouvera-t-on dans un potage, ou sur la figure du Président ?
↓ Et puis il y a les assimilations visuelles voulues, mais qu'on aurait carrément pu éviter. Elles sont nombreuses, mais celle-ci détient la palme du logiciel de morphing des années 2000 mal maîtrisé.

↑ Le vide entre le visage et la perruque, le front démesuré, tout fait peur.
↓ Mais ne vous plaignez pas trop, Sharon Isbin a carrément rétréci au montage.

12. Les rêves
Certains amateurs de pochettes ont laissé aller leur créativité et ont proposé de les remettre en contexte, avec de beaux effets de surprise.
Je tire ceux-ci des mirifiques contributions de Borbetomagus au Forum Classik. Pour ceux qui n'ont pas de compte, elles peuvent se voir, avec bien d'autres, disséminées dans ces pages.
Très souvent pleines d'esprit, comme vous verrez ! Beaucoup d'entre elles étaient initialement animées, n'hésitez pas à aller visiter les originales.





↑ J'aime beaucoup l'idée que Currentzis est un vendeur de cosmétiques.

↑ Je me demande si la présentation ne faisait pas délibérément référence aux jeux de plateau.


↑ Le cygne dans la machine me tue.

↓ Jeux sur les lieux :

↑ Notez bien la provenance du violoncelle.



↓ La série thématique cabanes de chantier :



↓ Particulièrement fort lorsqu'il s'agit de combiner plusieurs pochettes :





↑ Notez bien la formule au tableau.
↓ Un certain nombre jouent plutôt avec le prolongement des artistes




↓ … ou jouent sur leur posture :

↑ Insolence.


↓ Évidemment, Karajan, avec le culte de la personnalité et le charisme du dos, peut apparaître dans une grande variété d'activités, qui paraissent très congruentes avec ses postures :






↑ John Cassius Gardiner avant son combat du soir.




↑ (La pochette d'origine était déjà étrange.)
↓ Et quelquefois, cela remet à leur place les artistes qui veulent se donner un style :




↓ Quelquefois plus gentiment.

↑ Lezhneva a toujours eu un visage très singulier, avec un côté nourrisson. La transformer en putto fonctionne particulièrement bien !


↓ Comment ça se passe en concert ?


↓ Le concert est fini, il est temps de tout ranger, instruments…

↓ … et décor.

↓ Mais rassurez-vous, à la fin tout finit bien.

13. Les faussaires
Pour finir, quelques pochettes inventées.
↓ Une du même Borbetomagus :

↓ Vu passer sur Classik, et depuis repris sur Instagram (je n'en connais pas l'auteur), ce beau rêve.

↓ Le grand spécialiste de la discipline, toujours sur le forum Classik, est bien sûr Benedictus, dont les pochettes du premier avril sont légendaires. (Et font frémir.)


J'espère que ce voyage autour des typologies (déviantes) de pochettes vous aura diverti autant que moi.
Je suis assez curieux, de l'avoue, de lire vos réactions – quelles sont les plus folles de cette sélection ?
N'hésitez pas à proposer les vôtres, admirées, détestées…
Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (disques)