Putti GO
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (boueux), le 11 février 2025. Version d'origine.
Ce que les initiés savent, c'est qu'alors que la peinture m'a longtemps résisté, ma porte d'entrée y fut les putti drolatiques de Zampieri, Van Dyck, Boucher ou Lagrenée. L'esprit facétieux de ces petites créatures – souvent plutôt des amours que des putti, en raison de leurs ailes (mais l'énergie en est sensiblement identique) – n'a pas seulement constitué un agréable divertissement pour un œil que la peinture ennuyait. Ce fut surtout un accès à la compréhension de la logique de la composition : les scènes de putti servent de miroirs kaléidoscopiques où l'idée principale du tableau est dupliquée, déformée, explorée sous divers aspects, souvent plaisants et en tout cas contrastés. Les amours des diverses représentation de Renaud & Armide en constituent l'emblème éclatant : on y rencontrent ceux qui miment l'amour, ceux qui jouent effrontément avec les armes délaissées par le héros vaincu, ceux qui semblent intrigués par la perspective d'une vie héroïque... Bien sûr, leur disposition participe à la composition visuelle de la scène, souvent en écho ou en réseau secondaire des lignes de force principales.
Leur fréquentation a constitué pour moi une petite révélation et même une douce épiphanie, qui m'a ensuite permis d'apprécier d'autres dimensions picturales – souvent marginales, ce qui n'étonnera personne, mais tout de même sensiblement plus vastes que ce seul aspect.
Je conserve à ces putti une tendresse toute particulière, et leur seule apparition sur un dessus-de-porte, dans un coin de fresque ou de groupe sculpté, suffit à me mettre instantanément en joie.
Je les collectionne – dans l'indifférence et la perplexité à peu près générale, je crois ; un peu comme un mélomane qui aurait une dilection spécifique pour les menuets, qui fait ça ? – et c'est pourquoi je me propose, sur cette page, d'alimenter votre curiosité en jolis spécimens d'horizons divers. Les nouveautés apparaîtront en haut de la page flux.
Le choix du 11 février 2025

Le Dominiquin, détail de Renaud & Armide (1617-21). Tandis que les amours jouent avec leurs attributs – est-ce le flambeau de l'amour, ou de la gloire, que ce joufflu tient endormi ? –, deux petits impertinents s'embrassent à pleine bouche, doubles grotesques et plaisants, sur une ligne parallèle au hiératique couple principal – dont les teintes marmoréennes ne sont pas semblablement empourprées.
Facile à voir, pour les Franciliens, dans la Grande Galerie du Louvre.

Possiblement la première photo (2006) de ma collection de putti itinérants, ce dessus de porte de la salle à manger du palais impérial de Compiègne. À mi-chemin avec les angelots, puisque l'un d'entre eux semble planer dans les airs. À gauche, deux impertinents tente de chevaucher une rétive Amalthée. À droite, un putto besogneux semble parodier la Terre Promise de L'Automne de Poussin.

Le sommet de toute collection de putti se trouve à Palerme, où Serpotta règne en maître pendant l'Âge d'Or espagnol de la Sicile. Ses joufflus en stuc saturent l'espace de nombre d'églises bâties à neuf pour les nombreuses congrégations, dont l'Immacolata Concezione ou, comme ici, l'Oratoire San Lorenzo, dont je tire ces deux exemples exubérants de coups de pied sautés (ctrl + shift + joufflu).
Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (boueux)