#50 Tippett & Turnage : Ritual Dances & Concerto pour guitare – Scofield, LSO, Rattle
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 15 janvier 2025. Version d'origine.
Première concert de l'année, mais peine à entrer dedans.
Difficile retour à la passivité de l'écoute après des semaines à essentiellement jouer le répertoire sur mon petit piano ?
Soirée non propice (autres pensées) ?
Ou peut-être, sans doute en partie, la qualité propre des œuvres.
En tout cas pas la qualité des interprètes, j'y retrouve à la fois le meilleur Simon Rattle (animé, matière aérienne) et le meilleur London Symphony (cordes tranchantes, cuivres mordants et légèrement acides, bois aux couleurs très distinctes, et surtout un investissement total). La suite de concert du Midsummer Marriage, ces « Danses rituelles » qui évoquent des scènes de prédations animale (lévrier sur le lièvre, faucon sur le passereau…), ne m'avait pas bouleversé au disque, mais joué de façon aussi incarnée, les qualités d'écriture y sont saillantes ; polyrythmies syncopées, motif récurrent, on profite des trouvailles de Michael Tippett et bien qu'il ne s'agisse pas de sa meilleure œuvre, il est rafraîchissant d'entendre ainsi de la « nouveauté » aussi bien jouée.

Le grand attrait de la soirée résidait (pour moi) dans le Concerto pour guitare de Mark-Anthony Turnage. J'avais trouvé son opéra Anna Nicole (vous savez, celui qui provoqua la fermeture du New York City Opera) marquant, dans une tonalité libre ; ou même son récent Concerto pour piano, plus consensuel dans le langage mais d'un bel élan lyrique.
Et donc, ce nouveau concerto.
Belle orchestration comme toujours chez Turnage, mais son tournant de plus en plus consonant est ici accentué par un paramètre que je n'avais pas anticipé : il s'agit d'un concerto pour guitare amplifiée, avec John Scofield – que je ne connaissais pas, mais qui a publié énormément de disques, certains avec Miles Davies ou Herbie Hancock .
D'abord, l'amplification se mêle mal à l'orchestre, comme déconnectée du reste du spectre sonore, en couvrant des parties, et concurrencée par d'autres parts. Ensuite et surtout, le langage de Scofield (une partie des solos sont improvisés) contraint beaucoup la composition, un jazz particulièrement peu rugueux, et malgré tout le savoir-faire orchestral de Turnage, on a un peu l'impression d'entendre une longue balade gentiment planante. Malgré les cinq mouvements qui promettaient du contraste et du déhanchement, j'ai fini par m'ennuyer devant cette douceur un peu univoque des dynamiques, des mélodies, des harmoniques. Particulièrement lisse.

Je ne dirai rien de la seconde partie vu que je n'y ai pas assisté : on a très souvent l'occasion d'entendre le Quatrième concerto de Beethoven et je souhaitais, stratégiquement, préserver mes capacités d'émerveillement pour les autres concerts qui risquent de s'accumuler cette semaine.
Par ailleurs je ne suis pas à l'aise avec les exigences délirantes de Krystian Zimerman – des pages de contraintes transmises aux salles pour accepter de venir jouer – vu le niveau d'exécution qui n'est plus du tout aussi propre que du temps de sa splendeur. J'ai toujours beaucoup aimé son jeu incisif et sa construction des œuvres du grand répertoire, mais il me semble qu'aujourd'hui il n'apporte plus beaucoup de singularité, et à un niveau technique désormais nettement en deçà de ce qui se fait de mieux.)
Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (concerts)
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<p>Le 4e de Beethoven étant le plus beau et le plus intéressant des 3 (vous connaissez cette fameuse devinette, "combien y a-t-il de concertos de Beethoven ? - "Trois : le 1er, le 3e et le 5e"), s'il est en effet souvent joué, c'est assez récent. Longtemps il fut laissé pour compte. Lupu à Pleyel donna le plus beau 2e mvmt jamais entendu. Donc Zim, tout de même, ça ne [devrait] se laisse[r] pas de côté.<br>Par ailleurs, pour l'avoir invité il y a 20 ans tout juste, à ma série de concerts, je peux te certifier que s'il est exigeant au départ, quand il arrive avec son piano, ça se passe le mieux de monde et très agréablement</p>
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