#43 Soprano, chœur & orchestre : Mendelssohn, Brahms, Bruch
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 18 décembre 2024. Version d'origine.

Nouvelle aventure commune entre les deux ensembles amateurs de (très) haut niveau Ondes Plurielles et Calligrammes.
Je suis frappé par la saveur des bois et par la beauté exceptionnelle des violons chez Ondes Plurielles – une douceur de patine, une sorte de nuage translucide (mais très précis dans les traits) que je n'avais entendu jusqu'ici que chez... Philadelphie ! Je ne sais pas où ces gens sont recrutés, mais ce ne sont clairement pas des dilettantes ramassés au hasard...

Plaisir toujours renouvelé d'entendre les (semi-)tubes de la soirée (multi-enregistrés, nettement moins donnés en concert, en France du moins : les jubilatoires Variations Haydn de Brahms, le Psaume 42 de Mendelssohn, d'une douceur métaphysique peu commune (ce génie des appoggiatures... ! Quantité d'accords se résolvent après leur première énonciation déformée, ce qui bâtit toute la tension et la poésie du discours), et le Schicksalslied de Brahms, dans une approche dramatique, qui met en valeur le contraste entre les atmosphères à un point qui ne m'avait pas frappé jusqu'ici, même en concert.
Mais ce ne serait pas un concert de Calligrammes sans réelles pépites méconnues.

D'abord Mendelssohn de nature très différente. D'abord l'épure de l'op.69 a cappella, qui met en valeur les qualités de timbre et d'articulation du chœur (en particulier les pupitres féminins, vraiment splendides pour cette session 2024), avisément réuni, toutes lumières baissées, en cercle autour de l'autel.

Ensuite l'étonnante Hör mein Bitten, une hymne sur un des Psaumes évoquant la guerre et l'oppression (n°55, « Exaudi, Deus, orationem meam »), qui explore des couleurs dramatiques très variées, dans une veine musicale particulièrement généreuse en mélodies, en jolies tensions harmoniques et en climats contrastrées. La soprano et le chœur prennent tour à tour la vedette dans une forme très concentrée et très riche, comme un oratorio miniature.

Enfin le véritable incunable de la soirée, le quatrième numéro de l'opéra Die Lorelei de Max Bruch, un Ave Maria hors scène qui seconde les émotions de la soprane. Un opéra dont il existe un enregistrement très réussi chez CPO (avec Michaela Kaune), l'un des disques que j'ai le plus écoutés cette année, je pense !

Estelle Béréau brille toujours par son exceptionnelle beauté de timbre, son aisance dans les aigus ronds et mordants, son enthousiasme expressif.
Assez convaincu par les choix – dont certains originaux, que je n'avais pas entendus dans les (très nombreuses) versions discographiques écoutées – de Guilhem Terrail, à la direction du chœur et, pour cette fois, de l'orchestre !
Ces deux ensembles sont vraiment à suivre, pour des soirées dont la finition s'approche du niveau professionnel et dont l'enthousiasme s'apparente aux meilleures soirées de salles de concerts – sans même parler de l'originalité des propositions !

Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (concerts)
Et tu n'as rien à dire sur les admirables variations Haydn que ce lapidaire "jubilatoires" ? 😮