Carnets sur sol

dimanche 29 septembre 2024

#9 Quatre mains dans le Provinois (Bannost)

Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 29 septembre 2024. Version d'origine.

Concert sur sol n°9.

Samedi 29 septembre 2024.

Encore une fois, le festival Inventio (qui touche à sa fin, dernière date salle Colonne à Paris dans une semaine !) a sélectionné l'un des plus beaux lieux, reculé et ordinairement fermé, du Provinois pour ce concert !

Aux confins orientaux de la Brie, très légèrement vallonné, les alentours de Bannost ménagent quelques belles découvertes en patrimoine religieux, et des lavoirs monumentaux, à regards en tourelles et doubles bassins.

La visite guidée initialement prévue ne pouvant avoir lieu à cause de la liquéfaction avancée des chemins, j'ai improvisé mon propre parcours du côté de Boisdon, à travers champs en dévers (plutôt secs) et routes bitumées absolument désertes.

Beau moment pour dire bonjour à l'automne : les noyers jaunissent, les trembles s'échevèlent déjà. Le soleil est encore chaud mais l'ombre est déjà très fraîche.

Et tout cela pendant l'heure dorée qui prélude au concert...

L'église de Bannost est elle-même un petit bijou : après une nef basse (avec couverture en bois en plein cintre) du XVIIe siècle - manifestement refaite à neuf avec des techniques de notre temps -,

on se tient dans un vaste transept du XIVe siècle, dont les piliers sont ornés de figures archaïsantes fréquentes dans l'art roman,

tandis que le choeur et les chapelles latérales sont recouverts de grands panneaux lambrissés représentant la Nativité, le Bon Samaritain et, plus étonnamment,

la Manne.

Belle mise en lumière - je ne sais si elle est le fait de la mairie ou du festival, mais c'est très réussi.

Au programme, des oeuvres pour piano à quatre mains par Pierre-Marie Gasnier et Virgile Roche, aussi bien des standards (Fantaisie en fa mineur de Schubert, Epigraphes antiques de Debussy, "Jardin féerique" de Ma mère l'Oye de Ravel) que des pièces importantes, mais plus inhabituelles en concert, comme Four Hands de Morton Feldman (une seule page de musique qui joue sur la longueur de résonance, les pianistes n'étant contraints de respecter aucun rythme, jusqu'à extinction de leur son). Et la version piano de La Péri de Dukas, partition foisonnante où le geste dansé reste toujours palpable par le rebond souterrain des doubles pointés.

Comme seul le transept était prévu pour le concert, l'acoustique restait très convenable (pas du tout pour la parole, mais étrangement respectueuse pour le piano !) pour de la musique de chambre. Les organisateurs connaissent leur région ! 

Et toujours cette ambiance assez extraordinaire, où mélomanes, habitants, musiciens, édiles, organisateurs, tout le monde dialogue sans façon avec beaucoup de facilité. Si vous êtes timide, vous vous sentirez bien à Inventio ! 

(Et si vous n'êtes pas timide, vous finirez sans doute dans le salon du maire ou du député.)

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