#6 Folk et chanson à Cortot (Augusta, UssaR, chien noir)
Initialement publié sur le site alternatif Carnets sur sol (concerts), le 23 septembre 2024. Version d'origine.
Jeudi 19 septembre 2024. Salle Cortot.
Concert sur sol #6

Tenté par le concept du Paris Songwriter Festival, repéré grâce au relevé systématique des salles où j'ai mes habitudes, je choisis cette soirée au débotté pour remplir enfin un désir sans cesse contrarié : dégoter des artistes dont l'esthétique, à cheval entre le folk et l'art song (pour ne pas dire le lied), s'apparente à l'album Blue de Joni Mitchell. Trop folkement strophique à ses débuts, souffrant d'une voix très dégradée par la suite (et s'orientant très vite vers d'autres univers, passionnants d'ailleurs), Joni Mitchell elle-même ne soutient pas vraiment, avant ou après, la comparaison avec son album phare. Joan Baez étale un timbre merveilleux – rond et savoureux – dans ses deux premiers albums, mais au sein d'une forme parfaitement strophique, très typée chanson-en-boucle à partager au coin du feu. Les représentants plus proches de nous ont tendance à adjoindre un joli côté planant, des contrechants de violoncelle et autres effets gracieux, mais qui ne reproduisent pas non plus la même démarche de chansons de forme asymétrique, aux ornements mélismatiques, aux modulations étranges.

Or en allant écouter Augusta annoncée en ouverture de la dernière soirée du festival : c'était exactement ce que je cherchais. Les textes sont peut-être moins librement évocateurs, mais décrivent de jolies choses (le souvenir d'un frère qui crée chasse les scarabées dans le jardin du Sud-Ouest !), la voix (qui a le tintement clair de la jeunesse) est fermement timbrée, simplement voilée d'un petit souffle qui lui procure du caractère, du vécu, les accompagnements simples mais jamais sur les mêmes patrons font miroiter différentes atmosphères, les mélismes élégants et les petits refrains pimpants épiçant le tout.

L'enchantement est le même en salle. De surcroît, première écoute de folk en concert pour moi !

Couplage avec trois autres artistes, un petit jeune, Quesada, qui chante ses chansons avec une bande préenregistrée, chien noir, un groupe de trois, assez tradi dans les équilibres synthé / guitares / voix, avec la particularité frustrante, néanmoins, d'un chant totalement inintelligible (je comprenais, quoique bien placé et très attentif, deux mots par chanson, sans exagérer), sans doute la faute à une technique vocale peu développée, les fréquences de sa voix, même amplifiée, étaient totalement absorbées par l'accompagnement, et les consonnes pas assez définies, les consonnes assez projetées pour passer la rampe. Je ne savais pas que c'était possible à ce point, dans ma langue, pour un concert avec amplification !

J'ai davantage aimé l'univers plus personnel d'UssaR, un langage harmonique planant plus travaillé, avec des interludes lyriques au piano assez développés ; la voix n'est pas particulièrement belle, mais la pensée est assez plaisante, quoique très homogène (et lassante pour moi sur la durée du concert d'1h15).

Particularité de ce concert : début annoncé à 19h, mais la salle n'a pas été accessible avant 19h40, et le premier chanteur a commencé après 20h. Le record Gergiev (40 minutes à la Philharmonie le temps de descendre de l'avion et de décuver) a été pulvérisé. (Ils n'avaient pas anticipé, m'a-t-on dit, que c'était la salle de l'École Normale, utilisée la journée par les étudiants et professeurs, et les calibrages de la sono se sont donc faits pendant le temps prévu pour le concert.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnets sur sol (concerts)
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<p>Le grand Valery n'avait pas besoin de décuver… ;-)</p>
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