Carnets sur sol

dimanche 19 mai 2024

[nouveauté] Robert de VISÉE, par Jakob Lindberg

[récupération du crash de 2025]




Les Suites pour théorbe de Robert de Visée constituent le corpus le plus célèbre de musique pour théorbe française ; en outre, ses Suites les plus célèbres occupent idéalement la durée d'un disque. On dispose donc d'une très vaste collection de cycles de qualité, incluant quelques superstars comme Hopkinson Smith ou Pascal Monteilhet, quelques figures très en vue comme José Miguel Moreno ou Eduardo Egüez, et beaucoup de théorbistes dont le nom ne m'est pas familier.
Pour ma part, tout en écoutant régulièrement d'autres versions, je suis longtemps revenu à Fred Jacobs, ma version de découverte, au fondu un peu sombre, très élégant et méditatif – sans forcément avoir le sentiment d'épuiser le sujet.

Cette nouvelle version de l'excellent Jakob Lindberg ravive d'une façon extraordinaire ces pièces auxquelles je croyais m'être un peu trop habitué : outre la beauté de son timbre (clair et toujours timbré, jamais de notes moins fortes ou vacillantes), la clarté de son jeu, la fermeté de sa polyphonie (qui ne semble jamais contrainte par les contingences de placements de doigts, de simultanéité des lignes, de résonance de l'instrument), je suis surtout séduit par la force de son beat. Car, pour des raisons techniques (placer toutes les notes) et esthétiques, le répertoire de luth rend souvent la mesure peu lisible, les accords se distendent, la pulsation disparaît, avec pour résultat une forme de ton contemplatif un peu uniforme, que je trouve souvent frustrant dans les danses.

Dans ce disque – de surcroît capté avec un naturel et une ampleur exceptionnelles par Matthias Spitzbarth, merci BIS, vous êtes vraiment les meilleurs sur ce chapitre –, Jakob Lindberg veille au contraire à conserver, sans raideur et de façon très phrasée, la régularité du temps ; à laisser toujours sensible l'appui de la mesure et des danses ; avec un résultat absolument irrésistible, qui réussit l'association impossible entre la mélancolie de ton de Visée et la jubilation dansante des chaconnes et gavottes !

Écouté sept fois en deux jours avec la même exaltation, alors même que je croyais m'être éloigné de ce corpus. Dois-je préciser que je vous recommande ce disque ?

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