Carnets sur sol

mardi 23 avril 2024

[nouveauté] Józef Kozłowski – Requiem – révélation (et catastrophe)

[récupération du crash de 2025]


Superbe découverte que cette Missa pro defunctis (1798) de Józef Kozłowski – compositeur russe d'ascendance polonaise, mieux connu sous son nom russe (j'imagine que la géopolitique a pu influer sur la graphie retenue pour commercialiser le disque !), Osip Kozlovsky – enfin, Ossip Kozlovki en transcription française, mais je doute que vous ayez jamais affaire à un disque de Kozlo' à diffusion essentiellement francophone.

De très belles idées musicales, on pense vraiment aux élans et trouvailles du ''Requiem'' de Mozart – preuve supplémentaire, ajoutée à l'emprunt à l'Introït de celui de Michael Haydn, que ce chef-d'œuvre ne sortait pas de nulle part, mais appartenait à une tendance esthétique assez répandue. Je suis donc très reconnaissant à Hans Graf et PentaTone de se lancer dans ce disque peu susceptible de se vendre, mais qui me fait découvrir des mondes !

Néanmoins. Ou plutôt : NÉANMOINS.

J'ai grandi avec Hans Graf comme directeur musical de l'orchestre de ma ville. Hors quelques moments de grâce (souvenir de très belles Tchaïkovski 5 et Mahler 2), j'ai surtout conservé le souvenir, dès cet âge tendre, d'exécutions assez lisses et molles. Le temps a passé, il est parti diriger ailleurs, a eu peu d'écho discographique et critique – et j'ai fini par me dire que j'étais sans doute alors jeune et intolérant, biberonné à des disques d'exception qu'un orchestre français de province, dans le début des années 2000, ne pouvait, structurellement, pas approcher. Peut-être aussi étais-je aveuglé par des présupposé esthétiques arbitraires, voulais-je entendre du joli, ou du gros son – après tout, il avait été le directeur musical du Mozarteum de Salzbourg ! En somme, le temps a passé, et je me suis dit que Hans Graf n'était sans doute pas le phénix des hôtes de ces bois, mais tout de même un solide kapellmeister, pas le plus ardent, mais industrieux et non dénué de qualités profondes, auxquelles je n'étais peut-être pas sensible à l'époque.

Et puis arrive ce disque. Je suis passionné par l'œuvre que j'entends, merci maestro Graf !
Mais l'interprétation. Mon Dieu. Comment est-il possible de jouer de la musique de la fin du XVIIIe siècle, avec tout ce que l'on a appris et pratiqué, aussi plat, aussi lisse, aussi blanc, sans tension, sans articulation, sans couleur… une sorte de Marriner, mais délavé, et joué par des musiciens médiocres (ce que ne sont pas les musiciens du Symphonique de Singapour !). Une catastrophe industrielle. Comment personne ne s'est-il rendu compte qu'on ne pouvait pas présenter ça – cela sonne aussi vide que les versions d'ensembles amateurs de pas très bon niveau, qui ânonnent une musique trop difficile, comme si aucune intention, aucune conviction non plus, n'était à la manœuvre. Le chef, admettons (il n'est plus tout jeune, pour commencer) ; mais le label ? Les conseillers artistiques divers ?

Il faut sans doute y voir un effet insolite de la construction hiérarchique très rigide chez les musiciens : on obéit au chef de pupitre, qui obéit au chef d'orchestre. Et personne dans la production n'a son mot à dire sur les choix artistiques. C'est un principe qui conduit à des résultats délirants en matière de mise en scène, mais ici aussi, aboutir à produire une version aussi pâle d'une œuvre aussi rare (et donc aussi peu susceptible de se vendre), c'est vertigineux.

(J'ai de toute façon une notule presque achevée sur la place exorbitante des interprètes dans certaines parties de la chaîne de décision artistique, qui explorera le problème sous un autre angle.)

Je suis pour autant très reconnaissant à Hans Graf, à PentaTone, aux (très bons !) musiciens de Singapour d'avoir attiré mon attention sur cette œuvre remarquable, et il existe une version pas du tout musicologique, mais combien plus ardente (et quels cuivres !), chez Melodiya sur laquelle vous pouvez vous précipiter – avec l'Orchestre du Ministère de la Culture de l'URSS dirigé par Yesipov.

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