Printemps 2019 – Les concerts franciliens que le Guoanbu ne veut pas que vous voyiez
Afin de dégager du temps pour d'autres sujets plus exaltants, le planning est publié dans ce PDF . Les commentaires des spectacles seront placés en commentaires, sauf entrée spécifique, et ceux de janvier-février se trouvent sous cette notule (ou bien sur le compte Twitter de CSS).
♦ En violet, les événéments qui me
paraissent considérables, immanquables (en général œuvre rare et très
intéressante, avec exécution prometteuse).
♦ En bleu, ceux qui me paraissent importants, à tenter vraiment de voir.
♦ En vert, diverses propositions séduisantes (tubes par des interprètes stimulants, œuvres rares qui ont potentiellement moins ma faveur…).
♦ En bleu, ceux qui me paraissent importants, à tenter vraiment de voir.
♦ En vert, diverses propositions séduisantes (tubes par des interprètes stimulants, œuvres rares qui ont potentiellement moins ma faveur…).
Mais à peu près tout ce qui est relevé ici est attirant.
J'insiste sur quelques événements.
¶ Hervé, Le Retour d'Ulysse (version comique). À partir du 13 mars, relecture offenbachien du mythe.
¶ La Finta Pazza de Sacrati (16-17 mars), par Alarcón, qui revient chargée de critiques enthousiastes, une œuvre fondatrice dans l'histoire de la diffusion de l'opéra en France.
¶ Le Quatuor vocal à un par partie Bonelli (15 & 17 mars), constitué de chanteurs époustouflants individuellement et collectivement, dans des programmes originaux et jubilatoires.
¶ Symphonie n°10 Chostakovitch par l'ONDIF et Kaszpczyk… un très grand chef (meilleurs Szymanowski de tous les temps) et l'orchestre le plus engagé qu'on puisse trouver… dans la meilleure symphonie de Chostakovitch, ce devrait être très impressionnant. (Mais on a aussi le droit d'aimer roupiller sur les tapis moelleux des R. Strauss du Concertgebouworkest.). 22 mars.
¶ Symphonie n°2 de Howard Hanson, et à l'orgue encore, par Cameron Carpenter (23 mars).
¶ Programme Donna par l'ensemble Il Festino. Excellent programme, mais prévoyez d'investir dans les tout premiers rangs de la première catégorie, si vous voulez entendre quelque chose dans la Cathédrale des Invalides. (28 mars).
¶ L'Orestie d'Eschyle à la BNF. (30 mars) Je n'ai pas vérifié sous quel format la chose était donnée.
¶ Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók, joué et chanté par des Hongrois – ce qui advient fort rarement.
¶ Refonte XVIIIe d'Armide de LULLY (1er avril).
¶ Tchaïkovski, Symphonie n°6 par l'Orchestre Ut Cinquième. Amateurs de très (très) haut niveau… Sibelius 2 comme je ne l'avais jamais entendue, même au disque… et excellents dans Cavalleria Rusticana, La Bohème, etc. Ce devrait être une grande lecture. (4,6,7 avril)
¶ Ravel, L'Enfant et les Sortilèges dans une version de chambre (de Nemoto, qui avait joliment instrumenté le Voyage d'hiver il y a quelques années), avec une distribution épatante : Masset, Poupard, Boisvert, Sargsyan. À Herblay le 9 avril.
¶ Legrenzi, La Divisione del mondo, Rousset (13-14 avril). Le meilleur compositeur italien du XVIIe siècle, l'une de ses figures les plus inventives également, dans cet opéra inédit.
¶ Récital d'Andrea Pichanik avec guitare baroque / théorbe. Premier XVIIe italien (15 avril). Voix extraordinairement généreuse et véritable diseuse, avec le luthiste spécialiste Egüez (partenaire de Bárbara Kusa au sein de La Chimera, explorations semi-populaires hispanohablantes, notamment).
¶ Le Quatuor Quiroga (ce fruité un brin acide, inimitable, très grands musiciens d'une saveur rare) dans Ginastera 1, Turina, Chosta 8. Le 15 avril.
¶ Leçons de Ténèbres de Gesualdo par les spécialistes de Graindelavoix. Pas aussi aventureux que ses madrigaux, mais plutôt rare (18 avril).
¶ Leçons de Ténèbres de Lambert par Marc Mauillon (20 avril), mais hors de prix en ce qui me concerne, 90€¬ minimum pour moins d'une heure de musique, si j'ai bien lu les tarifs en début de saison.
¶ Ibsen, Un ennemi du peuple. Pièce très peu donnée d'Ibsen, mise en scène Sivadier à l'Odéon, pendant le mois de mai.
¶ Un opéra (contemporain) de Barry d'après The Importance to Be Earnest, pas si fréquent d'oser des textes un peu légers désormais. À partir du 16 mai.
¶ Perrault par d'Estalenx et Aboulker, pour chœur d'enfants. (28 mai et 11 juin)
¶ Roussel, Le Testament de tante Caroline (à partir du 6 juin), un Roussel léger !
¶ Hervé, Mam'zelle Nitouche (à partir du 7 juin). Servi par les Frivolités Parisiennes, même si la musique en est vraisemblablement peu dense, ce sera un régal (quel entrain scénique ! quels chanteurs ! et surtout quel orchestre !).
¶ Berlioz, cantates (dont l'immortelle aux Chemins de fer) et Symphonie Funèbre & Triomphale, par un très gros effectif (24 juin).
¶ Stockhausen, Samstag aus Licht (28 et 29 juin). Moins marquant que Donnerstag donné par l'Opéra-Comique à l'automne, mais toujours assez étonnant, pas exactement un opéra (beaucoup de parties purement instrumentales qui tournent sur elles-mêmes sans que leur dimension dramatique soit tout à fait évidente), mais une très belle expérience, de la musique bien faite et étonnamment polarisée et accessible.
Bien sûr, en s'approchant des échéances, quantité de petits concerts très originaux surgissent… Je les posterai en commentaires, ainsi que mes éventuelles impressions sur les spectacles que j'aurai moi-même tentés.
Bon printemps à vous !
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Écrit par DavidLeMarrec , dans Intendance, Saison 2018-2019







#ConcertSurSol #102 (1er mars)
John Williams, The Return of the Jedi.
Orchestre National d'ÃŽle-de-France, Ernst van Tiel.
Suite de la série de ciné-concerts. Hélas cette fois-ci, bruitages à fond, bruit de fond permanent (comme un roulement de grosse caisse – est-ce le cas ? était-ce déjà un bruit synthétique ?) qui, en plus de faire mal aux oreilles et crisper inutilement, masque toute une partie du spectre de l'orchestre (petite harmonie notamment ; quant aux contrebasses, elles ont joué pour rien dans toutes les scènes d'action, impossible de les entendre…). Quand même un non-sens d'aller à un ciné-concert pour n'entendre l'orchestre que par l'amplification et encore, partiellement !
La partition m'a aussi parue un peu inférieure aux deux précédents volets, mais peut-être était-ce aussi dû aux détails moins audibles. La Marche des Ewoks singe un peu trop ouvertement celle des Trois Oranges (en mieux, certes !), les aplats homorythmiques de cordes (façon « il est vrai que ce château est très vieux et très sombre » dans Pelléas) chez l'Empereur sont très beaux, mais repris à l'identique à chaque séquence en sa présence… il est vrai qu'il y manquait le chœur ! (Je suppose qu'ajouter un chœur faisait un surcroît, même amateur, vu les répétitions supplémentaires pour synchronisation alors que l'orchestre a une discipline d'ensemble plus sûre.)
On y trouve tout de même quelques pépites : la superposition des flûtes-follets qui annoncent quelquefois le thème de la Force et des basses du thème de l'Empereur ; ou bien la harpe qui fait le thème de Vader pour annoncer la remise de son âme à Dieu – évident hommage à la mort de Tristan. Mais le plus beau moment se trouve, étrangement à un endroit de transition tout à fait mineur dans l'intrigue : dans la navette impériale volée Tyridium, les héros s'apprêtent à atterrir sur la lune forestière d'Endor et échangent fiévreusement un code pour obtenir leur passage. Comme Luke sent à ce moment la présence de Vader qui le perçoit à son tour, Williams mêle les basses du thème de l'Empereur et des traits de cordes aigus (que je n'ai pas identifiés comme motifs, mais qui restent dans le schéma harmonique de l'Empereur), puis les thèmes de Vader et de la Force, se disloquant en s'entre-pénétrant, comme les deux consciences tourmentées du père et du fils. Très beau prétexte au plus beau segment musical de la partition.
Un peu déçu par les tubas un peu pouêt-pouêteux et les trombones pas très gracieux (alors que le tubiste solo avait été miraculeux dans la Suite de Doctor Atomic d'Adams, il y a un an environ), il est vrai qu'il faut faire appel à des supplémentaires et que ces partitions sont inhabituellement et redoutablement exigeantes pour les sections de cuivres ; là encore, je crois que c'est largement l'affaire de l'amplification (en plus pas de qualité exceptionnelle, ai-je trouvé, petites saturations).
Je suis en tout cas très impressionné par l'orchestre qui livre une prestation immanquablement engagée et très exacte (pas de pains, même dans les solos ultra-exposés, pas un seul), dans des œuvres très longues, au tempo très contraint, très difficiles, et quatre fois (pour deux partitions différentes) jouées intégralement à quelques heures d'intervalle… C'est un tour de force qui, même en connaissant le niveau requis pour entrer dans ces formations, laisse très admiratif. D'autant que le résultat ne pâlit pas face aux gravures historiques du LSO avec Williams, malgré de niveau théorique (et de recrutement) entre les deux orchestres.