Carnets sur sol

vendredi 27 juillet 2018

[ambiance] – La playlist de la Lune de sang


Afin de vous accompagner ce soir, depuis le balcon de votre mansion ou au bord d'un lac désert (où je serai peut-être moi-même), pour cette lune rouge (rousse étant plus ambigu), quelques suggestions incontournables d'écoute.

Retrouvez aussi sur CSS les précédents épisodes de la série Atmosphères :
I. Paix mélancolique
II. Jubilation cosmique
III. « Positivité »
IV. Instants ineffables
V. Boucles

Oh, il y en a, de la musique sur la Lune, de Casta diva aux adaptations de Cyrano (Alfano, Tamberg, DiChiera…), en passant par toutes les fantaisies poétiques de Fantasio, aux mélodies (Vaga luna de Bellini) ou aux contes antipathiques d'Orff (Der Mond) – toutes œuvres commentées ou traduites dans ces pages, et que vous pourrez retrouver grâce à la fonction recherche de la colonne de droite…

Mais la lune rouge ?

Évidemment, comment passer à côté de Wozzeck, la lune de la nuit du crime, où le reflet de l'astre éclipsé ne se distingue plus du sang versé par le couteau… ?  Mais pas n'importe quel Wozzeck : plus avenant et tout aussi intense que celui de Berg, le Wozzeck de Manfred Gurlitt, écrit simultanément (et manifestement sans connaissance réciproque de leurs projets), qui culmine dans cette chaconne du couteau – car Gurlitt fait exactement la même chose, imposant à chaque tableau une forme musicale fixe.

À découvrir ici.

Bonne soirée, estimés lecteurs, et veillez, s'il vous plaît, sur vos poignards afin de ne pas polluer les lacs.

2 roulades

Diablotin — 3 août 2018

Das Wasser ruft...
J'aime beaucoup le Wozzeck de Gurlitt, mais il n'a pas tout-à-fait la même intensité que celui de Berg, dont la fin est à mon avis à la fois plus poignante et bien plus glaçante, et où la place de l'orchestre est sans doute mieux inscrite au service de la dramaturgie et de l'émotion -le merveilleux interlude orchestral à la fin de III.4, remplacé par une intervention du choeur chez Gurlitt-
Quoi qu'il en soit, les deux oeuvres sont absolument magnifiques...

DavidLeMarrec — 6 août 2018

Ce sont deux univers assez différents, oui : j'aime bien davantage Gurlitt, qui met davantage l'accent sur la prosodie, dans un langage tonal certes décadent, mais tout à fait sobre (les très belles trouvailles n'en sont comme plus saillantes, comme le hurlement d'orchestre au coup de couteau, ou le chœur a cappella qui crie « Mörder ! »). Pourtant celui de Berg est incontestablement plus riche, et beaucoup plus intense (trop, à mon gré, surtout en épongeant tous les affects les plus négatifs possibles : le voyage dans un simulateur de pathologies dissociatives n'est pas trop mon premier hobby). Les interludes sont effectivement tout à fait extraordinaires, de très grandes pages de musique symphonique qui se hissent à un niveau comparable à ceux de Parsifal ou de Pelléas.

Considérant leur accomplissement, leur divergence et leur simultanéité, on ne peut guère se passer d'écouter les deux en tout état de cause ! :)

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